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À la découverte de Werner Herzog: Fata Morgana, Pays du silence et de l’obscurité, La grande extase du sculpteur sur bois Steiner

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Après deux premiers longs-métrages remarqués, Werner Herzog décide de faire une pause dans la fiction et de se tourner vers le documentaire avec trois projets, tous au style différent mais révélateurs des obsessions du cinéaste. Que ce soit avec Fata Morgana, Pays du silence et de l’obscurité ou La grande extase du sculpteur sur bois Steiner, le cinéaste Allemand rajoute un à un des galons à son style.

Fata Morgana (1971)

Pour Fata Morgana, le réalisateur inaugure ses voyages aux quatre coins du globe et tourne en Afrique pendant presque quatre ans afin de filmer des mirages ; un concept alléchant mais tout de même singulier car par définition impossible à capturer. Pourtant, Herzog arrive à nous livrer un beau voyage spirituel d’1h15 sur du Léonard Cohen.

Dès les premières minutes nous ne savons pas où le réalisateur veut nous emmener. Et pour cause, une boucle d’atterrissages d’avion sème le trouble jusqu’à l’arrivée dans le désert avec un total dépaysement. Herzog travaille avec brio sur l’horizon, imperceptible et infini, grâce à aux cadres bicolores, aux teintes ocres du sable et du ciel bleu azur. Outre la beauté de ces plans, le film ne tombe jamais dans la vulgaire carte postale, au contraire. Il nous invite plutôt à vouloir découvrir le hors-champ, le lointain, comme bon nombre de ses personnages. Il est d’ailleurs très intéressant d’observer la position du réalisateur quant à la présence humaine au sein de ces dunes.

En effet, les pipelines et autres tours enflammées se situent sans cesse en fond de cadre, perdues sous les vapeurs de chaleur, recréant ainsi une sensation de mirage. Cette distanciation critique s’opère pour toutes activités humaines modernes qui pollueraient le cadre naturel du désert et ses habitants. À contrario, lorsque les autochtones sont filmés, la caméra ose s’approcher pour nous montrer des visages atypiques, vrais, simples. Il en est de même pour les vestiges d’une exploitation passée et rattrapée par la nature comme des carcasses d’avion, de voiture, des ruines d’un ancien hangar, ou de pauvres charognes d’animaux. Dans le désert, le temps fait son œuvre et l’homme n’est rien face à cette immensité inestimable.

Mais en dehors du travail sur cette ligne d’horizon, la caméra nous offre quelques fois de sublimes travelling latéraux sur une musique envoutante de Léonard Cohen. Une sorte de lâcher-prise où nous découvrons des paysages abandonnés où la vie semble s’être arrêtée, et pourtant si beaux… Rajoutons à cela une sublime voix-off faisant l’état de la création et de la mort de l’homme et on obtient du grand art. On voit rarement de telles images, paraissant si simples mais évoquant énormément de choses que chacun interprétera à sa manière.

Sans être le film le plus populaire dans la filmographie de Herzog, il faut reconnaître qu’il en est une pierre angulaire et déterminante. Il est assez impressionnant de voir comment les choix de ses sujets documentaires sont étroitement liés à ses fictions. Ici la figure du mirage, chimère éternelle d’environnements hostiles, apporte une poésie folle et évoque par la même occasion les quêtes illusoires de bon nombre de ses personnages. Des images de nature qui invitent le spectateur à réfléchir, à la manière du Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio ou du diptyque Baraka/Samsara de Ron Fricke, même si l’absence totale de paroles de ces derniers leur apporte encore plus de mysticisme.

Pays du silence et de l’obscurité (1971)

En rentrant de son long voyage en Afrique, notre ami teuton décide de réaliser un autre documentaire dans un style totalement différent : Pays du silence et de l’obscurité. Pour ce quatrième film, Herzog décide de s’intéresser au destin peu commun de Fini Straubinger, une vieille dame rendue sourde et aveugle suite par un accident, qui développe de nouvelles techniques afin de mieux appréhender ce nouveau monde silencieux et invisible…

Si Fata Morgana et ses images de nature était planant, voire envoûtant, ce film là est plutôt d’une immense sensibilité. Nous suivons la vie de cette dame qui demeure forte et s’adapte malgré tout. Pour s’en sortir et communiquer avec ses semblables, elle a développé un nouveau mode de communication absolument bluffant. Celui-ci consiste à dessiner du bout de ses doigts des signes dans le creux de sa main.

Herzog est souvent décrié pour son approche du documentaire parfois biaisée par la mise en scène. Il n’empêche que cela sert son récit et n’entache en rien l’aura de ses films. Dans celui-ci par exemple on trouve une anecdote inventée par le réalisateur et racontée par Mme Straubinger, une certaine compétition de ski à laquelle elle aurait participé en étant aveugle et sourde. C’est faux mais tellement poétique et prémonitoire de ses prochaines expériences…

Sur cette image notamment, nous assistons à un baptême de l’air du personnage pour le moins singulier. Alors sourde et aveugle, dans un pays silencieux et obscur, Fini Straubinger vole dans une expérience sensorielle hors du commun, n’étant guidée que par ses sensations physiques. Le rapport à la main et au toucher est d’ailleurs extrêmement développé grâce à sa technique de communication, mais également à ses aventures. Dans une séquence très émouvante, elle effleure des cactus dont on ressent le léger picotement à travers le cadre.

Ce témoignage composé de plans qui durent installe une ambiance et installe les personnages dans le cadre afin de le dévorer de tendresse. C’est une démarche semblable à celle de Raymond Depardon, sans la fameuse distanciation quasi fantomatique du français. Car s’il y avait un léger reproche à faire à Pays du silence et de l’obscurité, ce serait la présence parfois inopportune de son réalisateur qui rajoute une voix off souvent dispensable. Le documentaire aurait gagné à dépeindre des personnages qui se suffisent à eux-mêmes, mais Herzog adore imprégner son œuvre par sa voix ou sa présence physique…

Avec son deuxième documentaire, le réalisateur allemand nous fait découvrir un destin hors du commun dans un de ses films les plus simples et tendres. Véritable voyage pédagogique, le spectateur apprend à redécouvrir le langage et le rapport au corps à travers les mains de Fini Straubinger dont la joie de vivre et la persévérance à toute épreuve servent d’exemple. Le documentaire qui suit amorcera la soif d’aventure et la recherche de l’impossible du réalisateur, qui a su trouver son alter ego sportif en la personne de Walter Steiner.

La grande extase du sculpteur sur bois Steiner (1973)

À mi chemin entre Pays du silence et de l’obscurité et Aguirre, la colère de Dieu, Werner Herzog s’intéresse à un sportif des plus intéressants de l’histoire : le sculpteur sur bois suisse Walter Steiner. Egalement skieur spécialisé dans le saut à ski, nous allons suivre ses performances durant une compétition et découvrir son rapport au sport et à son activité d’ébéniste. Film le plus court jusque là dans la filmographie de l’auteur bavarois, il reste une œuvre fascinante sur l’obsession de la performance.

Dans le court prologue où nous apercevons la précision de ses sculptures et une certaine délicatesse dans l’acte, Steiner apparaît comme un artiste raffiné et surtout perfectionniste. Ceci va se confirmer par la suite avec ses entraînements et sauts compétitifs où la performance prime sur sa sécurité physique. Souvent considéré comme le cinéaste de l’impossible, une réputation obtenu par des tournages compliqués et dangereux, Herzog trouve ici son jumeau obsessionnel. Ce dernier est obnubilé par le lointain, la suspension dans les airs, une volonté certaine de voler pendant de courts instants, tel un Icare des temps modernes.

Cette recherche constante de l’exploit est immortalisée via de très beaux ralentis en contre-plongées magnifiant l’acte et l’athlète, dilatant le temps comme pour le rendre immortel. Steiner fend alors le cadre de part en part dans une volonté extraordinaire de rejoindre le hors-champ et les cimes enivrantes de la nature et de son esprit. Il est désormais seul au monde et surplombe le commun des mortels, dans un acte quasi divin et une extase certaine!

À maintes reprises ses tentatives effleurent l’inconscience, mettant sa vie en danger dans une recherche du plus haut, du plus loin… Et pourtant, malgré des blessures et quelques accidents visibles à l’écran, Steiner continue dans son obsession, rejoignant alors la folie créatrice de Werner Herzog que rien n’arrête. Les deux individus se confondent et se complètent dans le film pour ne faire qu’un.

Là encore nous retrouvons la présence intradiégétique du réalisateur mais, contrairement au précédent documentaire, elle est ici toute justifiée. Le cinéaste se transforme en commentateur sportif afin de contempler cette démarche étroitement liée à sa propre démarche créatrice. Steiner est bel et bien conscient du danger que cela implique mais continue tout de même pour l’amour du sport et de cette extase qu’il éprouve en plein vol. Il en est de même pour Herzog dont les tournages sont de réelles odyssées qui magnifient les films finis.

Malgré sa courte durée, La grande extase du sculpteur sur bois Steiner demeure un excellent documentaire sportif, prenant le parti de rejoindre le cinéaste et l’athlète dans une quête commune. Sa beauté formelle accompagnée d’une poésie notable fait de ce moyen-métrage une arche importante dans la filmographie de son auteur. Cette recherche du sublime, de la beauté de l’acte et surtout d’éléments chimériques jalonnent la carrière de Werner Herzog dont le prochain film marquera un véritable tournant…


Cinéphilo : Neon Genesis Evangelion, dépression futuriste

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Dans le précédent Cinéphilo, il était déjà question d’un animé japonais : Your Lie In April ; une œuvre aux multiples facettes qui va bien au-delà de son aspect enfantin de base. Neon Genesis Evangelion fait également partie de cette catégorie et s’est donc retrouvé naturellement dans la liste des sujets à aborder. Lorsque l’on découvre pour la première fois son générique d’introduction, une mélodie entraînante semble suggérer un monde d’aventure dont le héros est un jeune garçon ordinaire. L’exacte définition de ce que l’on appelle un shonen. Ce terme japonais renvoie à une multitude de mangas et animés d’aventure destinés à un jeune public plutôt masculin. Parmi eux on compte les illustres Dragon Ball, Naruto, One Piece, My Hero Academia

Le genre est caractérisé par son rythme, par les combats et la parcours initiatique du héros principal, de jeune insouciant à grand guerrier aux valeurs immuables. On y suit le plus souvent une histoire teintée de bienveillance et d’optimisme qui permettent à notre héros de toujours se tirer de ses mauvaises passes. Neon Genesis Evangelion (souvent abrégé Evangelion) se place à l’exact opposé de cet univers.

L’histoire se déroule en 2015, dans un futur (la série date de 1995) où la technologie s’est développée à vitesse grand V. L’histoire commence 15 ans après qu’une immense explosion en Antarctique ait changé la face du monde. Depuis ce mystérieux événement, d’étranges et immenses créatures appelées Anges apparaissent régulièrement et détruisent tout sur leur passage. Dans ce chaos constant les gouvernements se sont organisés pour riposter et survivre. La NERV, une organisation scientifique, a réussi à produire d’immenses armes, mi-monstre mi-machine, les Eva. Ils ne peuvent être pilotées que par des enfants, minutieusement sélectionnés, dont le taux de synchronisation avec la machine est suffisant. Au Japon, plus précisément à Néo-Tokyo, se trouve le QG de la NERV. C’est ici que nos héros devront faire face à l’apocalypse. Shinji Ikari, fils du chef des opérations de la NERV, se retrouve propulsé au rang de pilote d’Eva sans qu’on lui demande son avis. Dans sa sombre épopée, Shinji fera de nombreuses rencontres : Rey Ayanami (la première pilote), Misato Katsuragi (stratège de la NERV et figure maternelle de substitution), Ritsuko Akagi (cerveau scientifique de la NERV) ou encore Asuka Langley Soryu (la troisième pilote) ; quatre personnages féminins forts qui accompagneront Shinji, pour le meilleur et pour le pire.

Ce résumé ressemble encore à un shonen des plus classiques. D’ailleurs on peut même parler ici de Mecha, sous-genre du manga et de l’animation japonaise qui regroupe les récits où d’immenses robots affrontent de tout aussi immenses monstres. Mais de la même manière que Your Lie In April utilisait la musique classique comme prétexte pour parler de sujets profondément humains, Neon Genesis Evangelion utilise ses Eva et ses Anges pour évoquer des thématiques très intéressantes.

Entre Père et Mère

Une des problématiques centrales d’Evangelion est le parcours de Shinji et son rapport complexe avec ses parents. Orphelin de sa mère, Shinji entretient des rapports froids avec son père, Gendo. Celui-ci incarne la figure du père distant, dépourvu d’affection mais exerçant son autorité avec rigueur. C’est une situation terriblement anxiogène pour lui, qui se retrouve seul et sans repères. Tout au long de l’histoire, Shinji va chercher des figures parentales de substitution. Il trouve la première en la personne de Misato. Ceci nous amène au thème central de la parentalité dans l’oeuvre, qui montre comment une personne se construit par rapport à ses géniteurs. Après tout, qu’est-ce qu’un pilote dans une Eva, si ce n’est une métaphore du fœtus qui se développe ? Dans le cas de Shinji, c’est l’absence de modèles et de repères qui créent ce déni de caractère, son incapacité à prendre en main son destin. En effet, Shinji n’aime pas se battre et utiliser son Eva, même pour sauver la Terre. Evangelion pointe du doigt un sujet souvent ignoré dans les shonen : et si le héros ne voulait pas être un héros ?

Si la plupart des animés d’aventure partent du principe que le jeune protagoniste a soif d’aventure et d’héroïsme, il n’en est rien pour Shinji qui est complètement paralysé par les attentes qui pèsent sur lui. La pression vient surtout de son père qui, en tant que chef des opérations de la NERV, se retrouve dans un rapport d’autorité vraiment hiérarchique avec son fils. Evangelion, c’est le combat de Shinji qui porte le poids du monde sur ses épaules, tout en cherchant l’approbation de son entourage. La fin de la série apporte d’ailleurs son lot de scènes énigmatiques sur la psyché de Shinji, ses complexes et ses espoirs.

La question de la parentalité ne se limite pas à l’arc de Shinji. Elle relie la quasi-totalité des personnages principaux dans une véritable fresque freudienne. Misato déteste son père, disparu pendant le premier impact, et semble pourtant condamnée à tomber amoureuse d’un homme lui ressemblant : Ryoji Kaji. Ritsuko, de son côté, doit composer avec la disparition de sa mère, ancienne scientifique de la NERV. Un personnage encore une fois écrasé par les attentes et qui suit les traces de sa mère. Rey lutte également avec un bon nombre de problématiques parentales, puisque la jeune fille, elle aussi orpheline, est la protégée de Gendo Ikari, ce qui complique encore la situation de Shinji. Enfin Asuka a probablement le passif familial le plus lourd de la série, mais cette révélation est à découvrir au visionnage.

Evangelion dépeint en fait un monde rempli d’orphelins, d’individus en quête de repères et de sens. Sur une planète Terre où l’univers semble se retourner contre les humains, chacun tente tant bien que mal de survivre, et le regard finit invariablement par se tourner vers les cieux.

Anges et Démons

On remarque également assez vite que la série regorge de termes bibliques. Déjà son titre, Neon Genesis Evangelion, qu’on pourrait traduire par la Nouvelle Genèse de évangile, ne laisse planer aucun doute sur les parallèles religieux choisis par la série. Les Anges, les Eva, Adam (le premier ange), Lilith… De l’aveu des auteurs de la série, ces références n’auraient été inclues que parce qu’elles sont cool. Il faut dire qu’Evangelion est une œuvre spécialiste de la rétention d’information, aimant poser beaucoup de questions mais laissant le spectateur trouver les réponses… ou pas. Certaines références bibliques peuvent sembler gratuites, pourtant il est difficile de croire que tant d’éléments aient été laissés au hasard dans une œuvre à l’univers aussi détaillé et profond.

La venue des Anges sur Terre ne rappelle-t-elle pas la vision biblique de l’apocalypse, où les humains seront jugés pour leurs actes ? Et les Eva, créatures artificielles crées par l’homme, ne sont-elles pas conçues depuis la côte d’Adam ? Et que dire de la fin de l’animé, rappelant encore la description de l’apocalypse ? Et qu’est-ce que reconstruire le monde finalement, si ce n’est une nouvelle genèse ?Lorsque les dirigeants de la NERV tirent les ficelles en coulisse, ne sont-ils pas en train d’écrire un nouvel évangile ? Neon Genesis Evangelion, littéralement. Alors, est-ce que cette métaphore biblique parait toujours aussi vaine et gratuite ? Certainement pas.

Evangelion n’est pas une œuvre qui prend la main de son spectateur et le guide à travers ses niveaux de lecture. Bien au contraire, elle vous rendra la tâche difficile, alternant les styles (un épisode de pur combat, suivi d’un épisode expérimental, lui-même suivi d’un épisode sur le quotidien de Shinji) et les propos. Mais alors, rien de plus gratifiant que de réussir à saisir les idées et thématiques de la série au fur et à mesure de son visionnage, jouant le rôle d’un enquêteur en quête de vérité. Car si Evangelion dispose de nombreuses informations cachées, de théories et de concepts expérimentaux, on peut tout à fait l’apprécier pour chacune de ses qualités intrinsèques. En effet son animation absolument révolutionnaire pour son époque met à l’amende de nombreux animés plus récents et plus coûteux. Son univers riche et fouillé permet au spectateur de plonger entièrement dans son récit et ressentir chaque élément de Néo-Tokyo. Ses personnages profonds, nuancés et humains permettent un investissement émotionnel total.

Bien que sa conclusion soit à l’origine de nombreuses polémiques, si bien qu’une autre fin a dû être conçue pour corriger les faiblesses techniques de la première (The End of Evangelion), Neon Genesis Evangelion est une des œuvres majeures de l’animation japonaise, marquant un véritable tournant dans l’industrie et dans l’éventail des possibles en termes de narration. C’est un indispensable qui imprimera sa marque sur vous, fascinant autant qu’il désorientera !


À la découverte de Werner Herzog : Signes de vie, Les nains aussi ont commencé petits

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Découvrir une nouvelle filmographie n’est jamais facile. Par où commencer : faut-il privilégier les œuvres les plus connues ? Doit-on plutôt l’entamer dans l’ordre chronologique, afin de voir la progression du metteur en scène et la naissance de ses thèmes de prédilection ?

La seconde option permet réellement de découvrir un réalisateur et relever son évolution, voire sa régression, ses aspirations changeantes ou persistantes… Cependant, tout dépend de l’auteur que nous voulons découvrir. Si ce dernier n’est pas forcément facile d’accès, il est bien entendu préférable de commencer par ses films les plus « abordables » puis, une fois apprivoisé, étayer sa curiosité en creusant plus en profondeur son œuvre. C’est dans cet élan de découverte que nous nous attaquons, films après films, à Werner Herzog !

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs cinémas nationaux européens se sont ré-inventés sous l’impulsion de jeunes réalisateurs. C’est la naissance du Néoréalisme, de la Nouvelle Vague et du Nouveau cinéma Allemand. L’objectif était de se détacher des studios, de tourner dans des décors naturels et réels et de créer un cinéma d’auteur social. Les représentants les plus connus de ce cinéma sont Wim Wenders, Rainer Werner Fassbinder et Wernez Herzog, qui nous intéresse aujourd’hui.

Formé en études littéraires à l’université Louis-et-Maximilien de Munich, il crée sa propre société de production, la Werner Herzog Produktion, à tout juste 21 ans. Après avoir réalisé plusieurs courts-métrages il se lance dans le grand bain avec Signes de vie en 1968. Il décide alors, contrairement à ses amis Wenders et Fassbinder, de parler de la Seconde Guerre mondiale plutôt que de la scission RDA/RFA et de ses conséquences sur le peuple Allemand. Signes de vie relate le quotidien de trois soldats de la Wehrmacht en mission sur une petite île de Grèce, qui doivent surveiller un stock de munitions au sein d’un ancien fort désaffecté.

Signes de vie (1968)

Il est assez incroyable de voir Herzog poser les bases de son cinéma dès son premier long-métrage, pour ensuite monter en puissance années après années. Nous pouvons discerner la dualité entre nature et humains, dans une sorte d’oppression environnementale, faisant perdre pied aux protagonistes. De par ses cadrages, Herzog nous dépeint une nature aride, abrupte, faite de pierres, de terre et de collines imposantes. Elle va prendre le dessus sur des soldats aux prises avec le doute et l’ennui. Les plans durent et laissent percevoir une mission militaire lassante, sans artifices ni ennemis, si ce n’est le mental de ces trois hommes qui finit par flancher.

Comme le montre le plan du film ci-dessous, l’homme est écrasé par la nature, et surtout l’histoire. En effet, le choix d’Herzog de situer son récit dans un ancien fort Grec soumet ses personnages au poids des années. La vie d’un homme n’est qu’une microseconde dans la grande horloge du monde. Dans le cas de Stroszek (le soldat devenant fou), c’est cet environnement chaud et pierreux, quasiment ancestral, qui lui inflige cet ennui se transformant peu à peu en démence. Mais la vacuité de ses actes est exposée à merveille par la voix off : « Stroszek, qui voulait incendier le soleil, n’a finalement tué qu’un âne et brûlé une chaise. »

L’autre force de Signes de vie est son usage de la barrière de la langue et de l’incompréhension entre les personnages. Dans deux très belles scènes, les soldats Allemands sont confrontés à la population locale et tentent en vain d’entrer en contact avec elle. Le Grec se mêle à l’Allemand et donne lieu à des échanges insolites où chacun fait mine de comprendre l’autre. Ces échanges regorgent de qualités dont trois sautent aux yeux.

La première est la retranscription à la limite de l’absurde des difficultés de communication que connait l’espèce humaine. La deuxième : l’intelligence de donner aux habitants de l’île un caractère curieux et attentionné à l’encontre des soldats Allemands. Trop de films ont tendance à réduire ceux-ci à l’ennemi ultime que l’on ne doit pas montrer, avec qui il est impossible d’échanger, alors que c’était pour beaucoup des hommes ordinaires. Enfin, la frontière très fine entre fiction et documentaire très chère à Werner Herzog. Beaucoup de scène ont une apparence véridique et sur le vif, montrant alors les balbutiements des folles expéditions du réalisateur.

Sans être un grand film, Signes de vie pose les bases du cinéma de Herzog et les thématiques qui jalonneront son œuvre. Un rythme certes assez lent mais justifié et nécessaire pour ce récit traitant de l’ennui aliénant. La célébration nihiliste finale ne laisse généralement pas indifférents. Et puis les déambulations désarticulées du personnage principal ne sont pas sans rappeler les collaborations avec Klaus Kinski…

Les nains aussi ont commencé petits (1970)

Fort du succès de son premier long-métrage qui lui a rapporté le grand prix du jury à la Berlinale de 1968, Herzog décide d’aller plus loin dans la fiction et réalise une farce où des nains mènent une rébellion contre le directeur du centre dans lequel ils se trouvent. Avec son titre grinçant, Les nains aussi ont commencé petits est un grand film.

Limiter ce film à une faute de goût serait extrêmement réducteur tant son message et son ampleur sont énormes. Dès ses premières minutes, on retrouve une mise en parallèle entre deux poules et les pensionnaires de ce mystérieux centre. Curieux ? Pas tellement. Herzog avait déjà brillé dans le montage d’attraction sur son premier court-métrage Herakles. Il y mettait en parallèle des culturistes en plein travail et les déviances de l’homme comme « travaux herculéens ». Il créait une opposition entre le rapport au corps dans son aspect le plus ancestrale et « pur », quasiment mythologique, et les catastrophes causées par l’homme moderne. Dans le cas des Nains aussi ont commencé petits, la comparaison va encore plus loin dans le nihilisme !

En effet, ces nains que tout semble oppresser, à commencer par la caméra en plongée constante lors de l’exposition, ou les murs blancs de leur « asile » rejoints par un ciel surexposé créant des barreaux infiniment hauts, décident de se rebeller. Leurs premières exactions semblent dérisoires, enfantines, et pourraient même être assimilées à de simples divertissements. Cependant, le chaos va peu à peu s’installer et la situation dégénère… Alors que les visages enfantins de ces pensionnaires leur donnent une certaine innocence, Herzog nous prend de court à leur faire commettre des actes innommables. Au delà de l’amusement, cette rébellion se transforme en maltraitance des plus faibles d’une déchirante cruauté, en destruction d’une machine à écrire, mise à mort gratuite d’animaux…

On trouve même une procession hallucinée à la limite du surréalisme, en avance sur La Montagne Sacrée de Jodorowsky, durant laquelle nos pensionnaires brandissent fièrement un pauvre singe crucifié. C’est à cet instant que le film bascule dans une folie des plus intenses. Un chaos dans le cadre, un plan qui dure où les éléments se déchaînent à toutes les échelles (voiture qui tourne au fond, feu au premier plan, procession au milieu), une grosse claque !

Mais la scène la plus puissante du film reste la fin, à plusieurs titres. D’abord la résignation du responsable qui va finir par tenir tête à un tronc d’arbre refusant de « baisser le bras ». Enfin le fou rire final de Hombré qui finit par être seul face à la vacuité de sa rébellion. Cette mise en parallèle ainsi que sa puissance symbolique élève le final aux firmaments du 7ème art et renforce ce long-métrage.

Dès son deuxième film Werner Herzog frappe fort et propose une vision singulière de la politique et des coups d’état. En plein dans les années de plomb en Europe, avec de violentes contestations politiques, Les nains aussi ont commencés petits affirme que toute révolte, si elle est infondée et anarchique, n’apporte rien d’autre que le chaos et la folie. Ici, à vouloir réduire toute civilité et persécuter les plus faibles, ils ne valent pas mieux que deux poules se battant pour une souris morte… Même si ce sont des nains, ils ne bénéficient d’aucune excuse par leur handicap. Ainsi, Herzog rappelle que l’humain peut être vil quelque soit son physique, son âge, ou son origine. C’est une farce irrévérencieuse et grotesque, impossible à réaliser de nos jours, qui sera contrebalancée par la douceur du film suivant : Au pays du silence et de l’obscurité.


Indés-scriptibles : Joel Edgerton, le converti

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Les exemples d’acteurs reconnus se convertissant en scénaristes et en réalisateurs sont légions. On pense tout de suite à Clint Eastwood par exemple, qui a joué pendant 15 ans avant de réaliser son premier film, Un Frisson dans la Nuit, ou à Robert Redford qui réalise Des Gens Comme Les Autres après 20 ans de carrière d’acteur. Ou plus récemment à Argo, le tonitruant premier film de Ben Affleck, et à son Oscar du meilleur film. C’est à une conversion de ce type qu’on s’intéresse aujourd’hui, plus discrète et indépendante, évidemment, mais toute aussi passionnante. Un grand acteur australien, éternel second rôle en Amérique, qui devient un scénariste incontournable et un très bon réalisateur : Joel Edgerton

Joel Edgerton est né à Sidney en 1974. Il est un acteur réputé, souvent second rôle dans des grosses productions. Il apparaît brièvement dans Star Wars II et III, livre probablement sa plus fameuse performance dans le formidable Animal Kingdom de David Michod, et joue plusieurs fois pour Jeff Nichols. C’est un acteur de caractère au faciès reconnaissable et ses performances sont généralement remarquables. Il a réalisé deux longs métrages, The Gift (2015) et Boy Erased (2019). Il a également récemment fait parler de lui en étant derrière le scénario de The King de David Michod, qu’on ne saurait cependant qualifier de film indépendant. Il semblerait que sa percée sur la scène grand public en tant que scénariste soit déjà bien avérée. Ici, ce sont cependant ses réalisations qui nous intéressent.

Cadeau venimeux

Ses débuts en tant que réalisateur se font, comme souvent, sur des courts métrages : The List et Monkeys. Les deux montrent une bonne maîtrise du scénario, avec d’angoissantes montées en tension, ainsi qu’une excellente direction d’acteurs. La réalisation y est tout de même tâtonnante. La caméra vibrante et instable sur The List est presque insupportable. Enfin il faut être un anglophone aguerri pour les aborder en raison des forts (mais authentiques) accents australiens qui les traversent. Sans être des chefs-d’oeuvre, ce sont des courts classiques et efficaces avec lesquels il s’est familiarisé à la réalisation, en vue de projets plus conséquents. 

Son premier long métrage s’intitule The Gift. C’est un thriller psychologique racontant l’étrange invasion de la vie d’un jeune couple (Jason Bateman et Rebeca Hall) par une vieille connaissance au comportement étrange et aux intentions ambiguës. Il y incarne Gordo, une figure du passée qui se retrouve à hanter, envahir et progressivement empoisonner la vie de couple de Simon et Robyn Callen. Pour autant que c’est une production Blumhouse, un société de production plutôt réputée pour ses films d’horreur faciles et grossiers, The Gift se démarque clairement par sa subtilité. Déjà, Joel Edgerton brille plus par son scénario que par sa réalisation, très classique voire académique. C’est un film lent et insidieux, laissant planer les doutes jusqu’au tout dernier moment, faisant monter une étouffante paranoïa par ses dialogues subtiles.

Comme dans son second film, Edgerton se donne un rôle central mais pas principal. De plus son personnage est d’une certaine manière un voyeur, et apparaît comme un manipulateur, poussant l’intrigue et jouant avec les autres personnages. On peut y voir un parallèle intéressant avec le rôle du réalisateur et scénariste. Le réalisateur est un voyeur et le scénariste est un perturbateur autant devant et derrière la caméra. Enfin The Gift culmine dans un dénouement extrême, choquant et violent qui en fait peut être trop et détonne avec la subtilité et l’insidiosité du reste du film. En somme le film est intelligemment écrit mais révèle l’inexpérience du réalisateur. Sans choix esthétiques marquants, il manque de rythme et traîne énormément au milieu avant de complètement changer de ton vers la fin. Il révèle déjà du talent scénaristique du réalisateur novice, d’un niveau décent de réalisation et se fait l’annonciateur d’une filmographie intéressante. 

The Gift a reçu un bon accueil par la critique et a été un succès commercial conséquent. La formule Blumhouse c’est de produire des films à assez petit budget et de dépenser gros sur la campagne publicitaire. The Gift partait donc avec un budget de 5 millions de dollars et en a rapporté 59 au box office. En France, il est distribué par Netflix. Sans avoir produit un chef d’oeuvre, Joel a montré qu’il pouvait être un réalisateur efficace et donner lui-même vie à ses scripts. 

Jeunesse (dé)saturée

Boy Erased est son deuxième long-métrage et déjà son premier chef-d’oeuvre. Il s’agit de l’adaptation des mémoires de Garrard Conley, un jeune homme homosexuel fils de pasteur envoyé en thérapie de reconversion, censée le rendre hétérosexuel. Il y souffrira beaucoup et assistera à la lutte des autres. Il s’engagera ensuite contre ces institutions et pour leur interdiction. Lucas Hedge, un acteur à suivre également, interprète Garrard. Après Lady Bird c’est d’ailleurs la deuxième fois qu’il joue un jeune homosexuel confus par sa sexualité… Ses parents sont interprétés par Nicole Kidman et Russel Crowe, deux stars extrêmement fameuses, tandis que Joel Edgerton lui même interprète le principal « thérapeute » du centre de conversion. Boy Erased déstabilise très vite par son image. La réalisation est d’une grande sobriété, épurée au possible, manifestant une grande retenue. Mais c’est surtout le traitement de l’image, l’étalonnage, qui intrigue. L’image est terne, complètement dé-saturée. La perception y est souvent difficile, la lumière aveuglante et une implacable morosité se dégage de l’oeuvre. C’est définitivement le choix artistique le plus remarquable dans le film et il est formidablement exécuté.

Cependant, c’est encore une fois le scénario et la direction d’acteurs qui excellent le plus. L’histoire est traversée de personnages à fleur de peau, de difficultés de communications et de figures d’autorité branlantes. Au sein du film il y a les conflits entre l’humanité et l’autorité, les convictions et les émotions. Le conflit entre le père et le fils est central au film et donne lieu à de poignantes confrontations aux différents âges de la vie, toutes saisissantes de réalité. Avec le temps qui passe, leur relation et leur rapport de force changent subtilement. Le « thérapeute » joué par Edgerton est aussi un personnage fascinant. Une véritable brute, utilisant la culture chrétienne pour faire des affaires et torturer des jeunes, il semble puissant, charismatique et sûr de lui. Pourtant on devine à plusieurs moment sa faiblesse, son insécurité et la fragilité de son pouvoir. C’est un personnage terrible mais véritablement nuancé qui se trouve finalement tragiquement ironique. Enfin le conflit interne de Garrard est parfaitement représenté ; attaqué dans sa foi, dans tout ce que sa rigide éducation a imposé comme vision du monde, c’est l’histoire de sa découverte de lui même, de sa liberté et de l’amour même. Tout cela dans un parcours loin d’être rose, avec son lot de tristesse et de brutalité. Boy Erased est un magnifique film. Dur, douloureux, nuancé et terriblement réel. Un véritable tour de force pour Joel Edgerton devant et derrière la caméra. 

Sans aucun doute le nom de Joel Edgerton sera incontournable à Hollywood dans les décennies à venir, au delà de son statut d’acteur de second rôle. Si on peut qualifier ses films d’indépendants, ils n’en demeurent pas moins d’assez grosses productions avec des acteurs de renoms, ce n’est pas vraiment le cinéma alternatif et son ambition semble être de persévérer dans les grosses productions. Difficile d’imaginer son avenir en tant que réalisateur. Il s’est montré compétent mais n’a pas exposé un style très clair ou récolté un succès massif. Il peut aussi bien continuer à réaliser que se concentrer sur ce qui est son réel point fort : le scénario. Tous les films d’Edgerton se démarquent plus par leur brillante écriture que par la réalisation et ses collaborations avec David Michôd comme le très remarqué Le Roi sur Netflix ou The Rover (distribué par A24) peuvent parfaitement catapulter sa carrière vers les sommets. Seul l’avenir nous le dira mais il est clair qu’il nous donnera, quoi qu’il en soit, de bons films bien écrits.


Cinéphilo : Your Lie In April, l’émotion au service de l’art

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Dans Cinéphilo, nous avons parlé à plusieurs reprises de la carrière de réalisateurs en cherchant à déceler la sève de leurs œuvres. Nous avons également analysé Into The Wild, en expliquant ses influences et ses références. Mais nous n’avons jamais parlé de séries, quelle erreur ! Quel format audiovisuel permet le développement d’un propos sur le long-terme mieux que la série ?

Aujourd’hui, il est temps de parler de Your Lie In April, ou Shigatsu wa Kimi no Uso dans sa version originale. Adaptée du manga éponyme créé par Naoshi Arakawa, une série animée japonaise d’une seule et unique saison, contenant 22 épisodes au format classique de 25 minutes chacun.

Your Lie In April est une œuvre extrêmement appréciée, avec la réputation de faire pleurer quiconque la regarde. Une réputation à double tranchant donc. Autant peut-elle intriguer et donner envie de mettre à l’épreuve sa sensibilité, autant cela peut aussi fermer à l’émotion, de peur de tomber sur une énième œuvre basant tout son récit sur une fin qui sort les violons. Mais pas d’inquiétude, Your Lie In April est à la hauteur des attentes et sa qualité va bien au-delà de l’émotion qu’elle procure.

Arima Kosei est un véritable prodige du piano : enfant, il dominait tous ses rivaux en compétition et s’était déjà fait un nom dans le domaine musical. Mais, après la mort de sa mère, il sombre dans une forte dépression qui l’amène à être dégoûté de son propre instrument. Deux ans après le drame, continuant de considérer sa vie comme insipide, Arima se contente de vivre sa vie sans réel but… jusqu’à ce qu’il rencontre Miyazono Kaori, une jeune violoniste extravertie qui, elle aussi, semble exceller dans son art…

Musicien ou interprète ?

Au premier abord, Your Lie In April peut en rebuter plus d’un : une esthétique très colorée, des personnages enfantins, une pluie de bons sentiments, l’omniprésence de la musique classique… Mais ce serait une terrible erreur de juger un livre par sa couverture, car si la série nous plonge dans un monde d’enfants avec toute l’esthétique que cela implique, ses problématiques sont loin d’être simplistes ou immatures, bien au contraire. La série aborde le deuil, la création, l’amitié, la compétition et la passion.

Cela pourra en surprendre plus d’un, mais Your Lie In April pose une question semblable à celles d’Amadeus de Milos Forman. Qu’est-ce qu’un bon musicien ? Est-ce celui qui, dans une rigueur implacable, restitue parfaitement la partition devant ses yeux, comme Arima ? Ou est-ce celle qui, mettant son cœur dans le morceau, le réinvente pour y apposer sa patte personnelle, comme Kaori ? Le parallèle entre Arima et Salieri ou Kaori et Mozart prend alors bien plus de sens.

L’ensemble de l’animé est rythmé par des concours de musique classique, dont le jeune Arima est la bête de compétition. Suivant la partition au doigt et à l’œil, il en a même gagné le surnom de « métronome humain ». Un surnom qui n’a en réalité rien de flatteur, réduisant Arima a un statut de bras robotiques reproduisant une mélodie dépourvue d’âme. C’est pourtant comme cela que le jeune prodige a trouvé son petit succès, ravissant les jurys conservateurs.

De l’autre côté, Kaori incarne bien plus la notion d’interprète. Sans peur de briser les codes, de jouer avec le rythme ou les indications de la partition, la jeune violoniste irrite les jurys mais gagne systématiquement le cœur du public. Elle initie, dans le même temps, une réflexion sur la notion de talent. Ces deux opposés symbolisent deux visions de la musique : l’une comme une discipline à suivre, un ensemble de signes et de notes à respecter ; l’autre comme une invitation à la création, à l’éternelle réinterprétation. Your Lie In April nous montre avec beaucoup de justesse comment chaque « camp » envie l’autre. Comment Arima rêve de pouvoir se laisser aller à travers la musique ou comment ses rivaux rêvent d’être capables de suivre la partition avec autant de précision.

On comprend dès les premiers épisodes que la partition devant les yeux d’Arima n’est que le reflet de ses blocages internes, de ses démons avec lesquels il n’a pas su faire la paix.

L’enfer c’est les notes

Mais si Arima a cette discipline de fer face aux morceaux qu’il joue, ce n’est pas par pur plaisir, bien au contraire. Cette rigueur étouffante qui l’empêche d’entendre les sons de son piano, c’est celle qui lui a été imposée dès son plus jeune âge par sa mère. Une mère elle-même pianiste, dont les aspirations de grandeur et de succès infructueuses ont été reportées sur son fils. Un fils tétanisé par ses attentes, en constant besoin de reconnaissance par la seule figure parentale de sa vie. Il subit l’autorité écrasante de sa mère lors de leurs répétitions, puis donne tout son investissement lors des concours. Tant que sa mère est présente dans les gradins, Arima a une vraie raison de jouer du piano : c’est ce qui la rend heureuse, et le fait exister aux yeux des autres.

S’il peut alors nous sembler exagéré que le jeune garçon ne puisse plus entendre les notes de son piano lorsqu’il joue, la plongée dans son esprit que nous offre la série nous fait comprendre la toxicité de sa relation avec sa mère, comme dans le poignant passage sur le chat. La réaction d’Arima n’a alors plus rien de démesuré, mais bien quelque chose de fondamentalement humain.

Enfin Your Lie In April est un très bon récit sur la dépression et la guérison. Notre héros ne fait que se référer aux autres. Il idéalise leurs situations pour mieux se rabaisser. Là où il est incapable de jouer, Kaori éblouit son auditoire. Là où il n’arrive pas à s’exprimer, Watari l’impressionne par son franc-parler et son extraversion. Là où il ne sait pas transmettre son affection, Tsubaki fait preuve d’attentions envers ceux qu’elle aime. Arima souffre d’un terrible complexe d’infériorité mais ce que la série montre avec beaucoup de justesse ce sont les travers de tous ces gens dont il s’inspire. Leur humanité n’est jamais aussi réelle que dans leurs failles. Et alors qu’on pensait qu’Arima n’était qu’une ombre dans la vie des gens, on se rend compte avec lui qu’il est lui-même une inspiration pour beaucoup, un modèle de persévérance et de rigueur. Arima, au départ écrasé par la musique, enfermé par ce qu’elle lui rappelle, va finalement apprendre à s’ouvrir grâce à elle, changeant son point de vue et retrouvant sa passion.

Your Lie In April, c’est une année. 12 mois dans la vie d’un jeune garçon et de ses amis à travers lesquels on suit les épreuves et la guérison d’Arima Kosei. Les cours, les marches sur le retour de l’école avec Tsubaki, les discussions près du terrain de foot avec Watari, les concours et la musique, Kaori et son violon, les premières fleurs du printemps… Cet animé vous fera vivre cette année comme si vous y étiez. Et malgré la spécificité de son sujet, l’émotion est belle et bien universelle.

Alors en cette période où chacun est chez soi, où le temps passe comme au ralenti, où pianos et guitares se trouvent peut-être dépoussiérés, pourquoi ne pas donner une chance à Your Lie In April ? Sa musique, ses personnages, son histoire ne laissent pas indifférent, c’est certain ; et peut-être même qu’à l’issue de votre visionnage, quelques morceaux de Chopin se verront ajoutés à votre playlist…

Your Lie In April est disponible dans son intégralité dans le catalogue français de Netflix.


Critique de Jojo Rabbit, spring time for Hitler

Avec Vampires en toute intimité, il a sondé les heurts de la vie en communauté et les difficultés du coming out. Dans Boy, il nous a accompagné hors de l’enfance à travers les désillusions relatives au père, au monde et à la société. Avec A la poursuite de Ricky Baker il a observé avec excentricité la rébellion adolescente et les conflits générationnels. Et avec Thor : Ragnarok il a déconstruit une figure mythologique viriliste pour en faire un héros comique. Taika Waititi est un héros du cinéma contemporain, enchaînant les fables touchantes, drôles et infiniment humaines. Mais s’opposer à la haine, au fascisme et au suprématisme avec l’humour et le regard des enfants est sans doute le défi le plus insurmontable auquel il eut fait face.

En Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, Johannes « Jojo » Betzler, âgé de 10 ans, est maltraité par ses camarades alors qu’il participe à un camp des jeunesses hitlériennes. Incapable de tuer un lapin, il est traité de lâche et surnommé Jojo Rabbit. Il se console avec son ami imaginaire, Adolf Hitler. Amoureux de la « nation » et grand partisan du Führer, il voit sa vie remise en cause lorsqu’il découvre que sa mère, Rosie, cache une jeune fille juive dans le grenier nommée Elsa.

Jojo s’en va-t-en guerre

Jojo Rabbit est un succès absolu. Une fable tendre et charmante malgré le sujet extrêmement délicat qu’elle aborde. Excentrique sans mauvais goût, critique mais jamais cynique, c’est un exploit qui donne vie à un pitch fou. Un numéro d’équilibriste sur le fil de l’acceptable, poussant l’audace jusqu’à constamment bondir entre les émotions. Taika Waititi semble ne connaître aucune limite, poussant la comédie dans ses derniers retranchements absurdes avec des tableaux à la limite du surréalisme, puis enchaînant sur du drame d’une violence extrême, en rupture totale avec le ton enfantin. Comme dans l’enfance finalement, rien ne semble avoir d’importance, tout n’est que jeu et mascarade, jusqu’à ce que la réalité vienne s’imposer. Chez Waititi, quand la réalité entre, elle prend par surprise, détruit tout, et entraîne de terribles conséquences et désillusions. La guerre, la violence, la mort, la haine pénètrent l’univers de l’enfance comme une bande de barbouzes de la Gestapo, saccagent tout et ne laissent aux personnages et aux spectateurs qu’un monde à reconstruire, un silence à combler avec des rires et de beaux dialogues à cœur ouvert. 

Cependant Jojo Rabbit conserve toujours une certaine chaleur, une légèreté enfantine malgré la violence du cadre du récit. En fin de compte ce qui ressort le plus c’est le charme du film. Mais d’où vient ce charme si séduisant ? Il vient d’abord de l’ambiance visuelle. Les décors sont colorés et la photographie est souvent lumineuse et ensoleillée. Les costumes sont également bigarrés. On ne tombe pas dans le cliché de l’Allemagne Nazie toute en gris et cuir noir, cliché d’ailleurs ouvertement moqué par le film. Jojo Rabbit a une teinte estivale joviale qui rend le contraste encore plus dur quand en effet, le gris et le cuir noir nous rattrapent. A cela vient s’ajouter un rythme très enlevé avec un montage rapide, souvent au service de la comédie, qui gagne en poids et en dramatisme à mesure que le film progresse. 

To be or not to be Nazi

Mais ce charme naît aussi dans les interactions entre les personnages. Il y a, dans les dialogues de Jojo Rabbit, la recherche d’un jeu constant, notamment dans les scènes entre Jojo et sa mère. La complicité des personnages, l’honnête bonheur de Jojo et Yorki à chaque fois qu’ils se croisent, ses taquineries et concours d’esprit avec Elsa. Et puis il y a aussi l’humour du film. Qu’il se construise sur l’absurdité de certains personnages ou situations, tire du côté du cartoon assisté par le montage dans du pur comique de geste, ou capitalise sur des répliques cinglantes qui fusent dans tous les sens, il fait souvent mouche. Tout cela est rendu possible par le formidable casting : Scarlett Johansson livre une performance solaire, mais Roman Griffin Davis en Jojo et Thomasin McKenzie en Elsa lui tiennent largement tête. Il faut aussi rendre hommage aux seconds rôles comiques comme les excellents Sam Rockwell et Rebel Wilson en fanatiques délurés qui se permettent de touchants moments de sincérité. Enfin il y a Taika Waititi lui même en Adolf Hitler, une entreprise controversée qui nous donne une performance amusante, ridiculisant le dictateur afin d’attaquer effectivement son aura et son charisme post-mortem. La parodie est efficace mais le film est finalement bien moins concentré sur ce personnage qu’il n’y semblait, préférant laisser la scène aux vrais humains.

Le sujet traité est extrêmement sensible et vanter la légèreté du film peut sembler insensible à l’horreur des événements réels. Mais c’est la légèreté de certains moments qui renforce la noirceur d’autres, et ce serait être injuste envers le film que de le prendre pour ce qu’il n’est pas. Jojo Rabbit n’est pas vraiment une analyse du fascisme politique. Ce n’est pas La Chute ni même Jeux Dangereux (To Be Or Not To Be). C’est un film qui utilise ce cadre historique pour parler de la haine. De ses racines dans l’ignorance, de comment le groupe la nourrit, de ce qu’elle fait aux plus faibles et de comment la combattre. C’est l’histoire d’un enfant maladroit, sensible et créatif dans une société uniforme qui récompense la cruauté et la virilité. C’est un film sur les ravages du conformisme, mais aussi sur la résistance, l’émancipation, l’amour et l’indépendance. Avec naïveté, sans doute, comme toutes les fables, il ridiculise le politique et la haine idéologique et fait un antifascisme émotionnel ; en appelant à la sensibilité et à l’empathie contre la haine, l’abus et la violence. 

On pourrait effectivement souhaiter que Jojo Rabbit soit plus politique. Qu’à cette fable humaine s’ajoute une analyse profonde des dynamiques d’embrigadement, de radicalisation et des régimes fascistes. Mais ce serait oublier que le point de vue adopté est celui de l’enfant. Comme les enfants, le film a une conscience diffuse de la politique. Il n’y est pas aveugle mais il ne la conçoit pas entièrement. A aucun moment il n’est offensant ou inconscient. Par son loufoque, il attaque directement le charisme de l’imagerie nazie, marchant dans les traces de Mel Brooks et Charlie Chaplin. Mais la fable passe d’abord et, si l’on se prête à l’exercice en acceptant de rajeunir, alors on peut trouver le charme de Jojo Rabbit. On peut, face à l’un des pire moment de l’histoire mondiale, réapprendre à aimer, à comprendre, à se soulever, à s’accepter, à se soutenir… à rire et danser face à l’atrocité.


Les 19 meilleurs films de 2019

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Un nouveau jour se lève sur le monde, une nouvelle année a touché à sa fin. Ne laissons tout de même pas la décennie s’échapper sans cérémonie. Une fois encore jetons un long coup d’œil sur l’année qui vient de s’écouler à travers ses films. Certains nous ont déplu mais beaucoup nous ont plu et c’est eux qui sont à l’honneur dans ce top 19 des films de 2019 de la rédaction d’Erreur 42.

Nous avons observé, une année de plus, Disney étendre sa suprématie, occuper solidement le calendrier des sorties jusqu’à se concurrencer elle-même, mais aussi profiter de ses possessions pour influencer les ressorties et diffusions en salles. Malgré cette surpuissance évidente, force est de constater qu’une certaine désillusion s’abat sur ses productions. Avengers : Endgame a divisé et n’aura sans doute pas l’influence durable souhaitée, la nouvelle trilogie Star Wars finit sur une fausse note et les remakes des classiques d’animation, s’ils sont lucratifs, ne séduisent que peu la critique. Il ne faut cependant pas parier sur la mort des grosses machines Hollywoodiennes. Dans l’ombre de cette hégémonie, des oeuvre à grand budget plus auteuristes émergent et éblouissent les cinéphiles. James Gray, Quentin Tarantino, James Mangold, Rian Johnson… Des artistes déjà bien connus qui nous ont prouvé qu’ils n’avaient pas dit leur dernier mot. Cette nouvelle décennie va-t-elle marquer l’émergence d’un nouvel « nouvel hollywood » ?

Ce fut aussi la sortie de films événements qui ont suscité des débats bruyants et vifs comme Joker de Todd Philips, qui fut impossible à ignorer, ou The Irishman de Martin Scorcese, témoin de l’envie de Netflix d’encore renforcer sa légitimité artistique. Les films suscitent plus que jamais des débats et les débats suscitent des films. Dans un monde en tension, manifestement angoissé, le cinéma politique et social, souvent indépendant, trouve très clairement une nouvelle vigueur et une véhémence restaurée. L’exemple le plus flagrant et proche de nous est Les Misérables de Ladj Ly mais cette tendance est mondiale. Des questions sont posées, des consciences sont éveillées et le cinéma en est une caisse de résonance, Bong Joon-Ho l’a bien compris…

2019 est terminée, jetons-lui un dernier regard pour démarrer 2020 de la plus belle des façons. Découvrez nos films préférés de cette année, les incontournables, les grandes découvertes, les perles cachées et les tours de force du cinéma mondial de l’an passé. N’hésitez pas à donner vous aussi votre top 19 dans l’espace commentaire !


Le top de la Rédaction

19. Funan

Prix du festival d’Annecy 2018, le film n’a rejoint les salles que cette année. Premier long-métrage de son réalisateur Denis Do, partiellement autobiographique, Funan évoque la quête d’une mère pour retrouver son fils pendant le régime des Khmers rouges. Se concentrant sur l’impact du contexte sur ses personnages plutôt que de faire un film historique, Funan est un bijou visuel et émotionnel.

Retrouvez notre critique complète à lire ici et notre interview du réalisateur ici.


18. Les éternels

Jia Zhangke est parmi les réalisateurs les plus marquants du XXIème siècle avec évidement son incontournable chef-d’oeuvre Touch of Sin. Mais Les Éternels n’est pas en reste. Vendant un film de gangster mais dérivant très vite sur un mélodrame social, Jia Zangke continue son entreprise de réappropriation des canons du cinéma chinois avec cette splendide fresque. Son sens politique est diffus pour qui n’est pas familier avec l’histoire récente chinoise, mais c’est la lutte des femmes pour le pouvoir et la justice qui se déploie sous nos yeux dans une belle histoire magnifiquement mise en image. 

Retrouvez notre critique complète à lire ici.


17. Another day of life

Un film à la sortie discrète et pourtant quelle merveille ! D’après un véritable reportage en Angola, ce film d’animation est une exploration riche et choquante de ce conflit, aux milles idées visuelles et à la force écrasante. Ses séquences documentaires se mêlant aux séquences animées lui donnent une force hybride, une intelligence manifeste. C’est également le meilleur film sur les reporters de guerre depuis Salvador d’Oliver Stone.

Retrouvez notre critique complète à lire ici.


16. Le Mans 66

Porté par un duo de légendes, Le Mans 66 aligne toutes les cartes de la fresque automobile classique pour s’en détacher et prendre son envol. La réalisation de James Mangold nous cloue à notre fauteuil dans ce qui s’apparente aux plus belles courses filmées au cinéma. Toujours sur la corde raide du sensationnalisme, Mangold joue l’équilibriste pour exploser en émotion dans un final grandiose, grand film.


15. The Irishman

Scorsese posant ses valises chez Netflix le temps d’un nouveau long-métrage, c’est bien l’excursion la plus inattendue de cette année 2019. Pourtant, le résultat n’en est pas moins bluffant : ce film testamentaire est une nouvelle fois une immense réussite, notamment grâce à un casting impeccable et une mise en scène toujours aussi soignée. Du grand Scorsese.

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14. El Reino

Si le cinéma de 2018 était politique dans sa manière d’aborder les thèmes sociaux et les crises qui le traversait : 2019 est beaucoup plus frontal dans son approche. Avec El Reino, Rodrigo Sorogoyen nous offre son meilleur thriller politique jusqu’à sa joute verbale finale à travers la dernière scène la plus marquante de l’année.


13. L’heure de la sortie

Portrait d’une jeunesse sans espoirs, L’heure de la sortie transpire de vérité, tant dans son propos que dans la représentation de la jeunesse d’aujourd’hui. Une mise en scène originale et un jeune casting prometteur fait du nouveau film de Sébastien Marnier la bonne surprise de cette année 2019.


12. Le chant du loup

S’il fallait une preuve que l’ambition n’a jamais quitté le cinéma français, Le chant du Loup en est la figure de proue. Premier film à la tension maîtrisée de bout en bout, le film d’Antonin Baudry profite d’un casting magistral qui se déploie dans un sublime drame en eaux troubles.


11. Marriage story

Marriage Story, c’est le choc de fin d’année. Un drame simple, à la réalisation modeste, racontant la crédible histoire d’un divorce ni spécialement simple, ni spécialement compliqué, juste… réel. Un divorce qui semble vrai. Le film est surtout porté par les performances à fleur de peau d’Adam Driver et de Scarlet Johanson qui font exploser le texte humain, réel et bouillonnant d’émotion. C’est une pire expérience humaine et un moment déchirant. 


10. Joker

Malgré sa paradoxale sagesse dans les sujets qu’il aborde, et ses influences à peine cachées : le Joker de Todd Phillips prend progressivement son envol pour établir sa propre mythologie. Loin de toutes les préoccupations des habituelles franchises, le film devient son meilleur argument. Porté par un Joaquin Phoenix magistral, Joker est une vraie proposition de cinéma : brute, sombre et violente.

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9. Ne coupez pas !

L’amour du cinéma artisanal, de sa création, de son sens quasiment primal. Sa portée universelle et paradoxalement personnelle. Sa fédération autour de thèmes pourtant si éloignés. Un sentiment qui se dégage des plus grands films de l’année : de The Irishman à Once upon a time… in Hollywood, mais si l’en est un qui l’incarne plus que tous les autres c’est Ne coupez pas !. Ovni venu directement du pays du Soleil-Levant et dont sa simple description lui ferait du tort. Le film à ne pas manquer.


8. Rocketman

Résumer Rocketman au plus grand film musical de l’année ne lui ferait pas honneur tant il déborde de générosité de tous les instants. Sublime fresque d’une vie mouvementé, Taron Egerton incarne un Elton John plus humain que jamais dans ses plus grands échecs comme dans sa gloire.

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7. Vice

Les parallèles avec l’Amérique de Trump vont de bon train au cinéma depuis son arrivée au pouvoir. Cela n’aura jamais été aussi justifié qu’avec Vice d’Adam McKay, déjà connu pour sa formidable satire de la crise des subprimes, The Big Short. Dans un style toujours plus rythmé et dévastateur, le cinéaste dépeint comment les ambitions d’un homme peuvent faire sombrer un pays avec l’aide de ses institutions. Christian Bale aurait mérité un oscar.


6. J’ai perdu mon corps

Pour sa première réalisation, Jérémy Clapin frappe fort dans le monde de l’animation : primé à Cannes et à Annecy, le drame fantastique s’offre le luxe d’une sortie en salle française et d’un rachat par Netflix à l’international. Il faut dire que la quête de la main de Naoufel, séparée par un tragique accident du corps de son propriétaire, est d’une maturité rarement admise pour l’animation française, encore cantonnée à un public très jeune. La mise en scène exceptionnelle et la bande originale en font un film poignant et juste.

Retrouvez notre critique complète à lire ici et notre interview du réalisateur ici.


5. Ad Astra

Quête rappelant l’Odyssée ou encore Apocalyspe Now, Ad astra mène un homme jusqu’aux confins du système solaire pour retrouver son père. Emprunt de symbolisme tragique, le dernier film de James Gray dépeint également l’espace d’une grande beauté. Mais aussi, comme une terre d’une solitude absolue et d’une folie latente. Une épopée terrible sur une relation père/fils déjà échouée, dont la photographie exceptionnelle n’a d’égale que le lyrisme puissant de l’œuvre.


4. Once upon a time… in Hollywood

S’il est parfois trop élogieusement loué, Tarantino demeure incontestablement un grand réalisateur américain qui a encore une fois démontré sa maîtrise avec Once Upon a Time… in Hollywood. C’est un conte mélancolique dans un Hollywood fabulesque, traversé d’icônes, d’inventions et d’images familières qui envoûtent et impressionnent. Tarantino fantasme une autre histoire du cinéma américain, jamais sorti de l’âge d’or, et il le fait dans une déclaration d’hommage au cinéma d’exploitation, à la télévision et aux petits hommes qui les ont construit. Son plus beau film.


3. Les Misérables

Ladj Ly prend de court et au col avec un drame violent qui le mènera peut-être jusqu’aux Oscars et c’est ce qu’on lui souhaite. Présenté à Cannes, Les Misérables maîtrise son sujet avec une justesse exemplaire, sans oublier une mise en scène à la fois soignée et fiévreuse avant une nouvelle plongée dans des cadres immenses de la banlieue parisienne. Une virtuosité telle, qu’on en oublie qu’il s’agit d’une fiction. Aubaine pour le film, triste constat pour la réalité.

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2. The Lighthouse

Sur toutes les lèvres à Cannes, The Lighthouse est un atypique bijou de cinéma fantastique poussant l’étrangeté encore plus loin que son prédécesseur The VVitch. Un noir et blanc Bergmanien, une langue Hemingway-esque, un format qui rappelle Murnau, c’est un film muet parlant vraiment fascinant. On plonge avec les personnages dans une démence folklorique vertigineuse et poisseuse dans ce film terrible, sensoriel et épuisant dont on ne sort pas indemne.


1. Parasite

C’est indéniablement le hold-up de l’année ! 7ème film et 7ème chef d’oeuvre consécutif pour Bong Joon-ho, le petit génie de la nouvelle vague coréenne, Parasite est un pavé dans la marre. Un film politique qui fait l’effet d’une déflagration, traitant de la lutte des classe avec force et habileté. Bondissant toujours habilement entre les registres, passant du rire aux larmes à un insoutenable suspens avec une maestria narrative et visuelle inégalée, Bong Joon-ho prouve encore une fois qu’il est parmi les meilleurs en vie et qu’il changera l’histoire.

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Le top de Quentin Le Gohic (Rédacteur en chef)

19. Another day of life

En mêlant habilement documentaire, film historique et d’aventure Another Day of Life nous ouvre sur le monde qui nous entoure avec des images dures mais nécessaires et un propos de fond fort mais surtout cohérent avec sa mise en scène. En poussant au maximum les limites de l’animation, les deux réalisateurs nous offrent un film visuellement sublime et profondément humain…

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18. I Am Mother

Passé assez inaperçu dans le flot continu des sorties Netflix, I am Mother est pourtant l’une des plus grosses surprises de l’année. Profitant d’un scénario malin et ingénieux, le film joue constamment avec les codes du genre pour en tirer le meilleur et considérer son spectateur.


17. Joker

Malgré sa paradoxale sagesse dans les sujets qu’il aborde, et ses influences à peine cachées : le Joker de Todd Phillips prend progressivement son envol pour établir sa propre mythologie. Loin de toutes les préoccupations des habituelles franchises, le film devient son meilleur argument. Porté par un Joaquin Phoenix magistral, Joker est une vraie proposition de cinéma : brute, sombre et violente.

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16. Ad Astra

Si 2019 est incontestablement l’année de la consécration pour Adam Driver, Brad Pitt y livre ses meilleures performances. Dans un Ad Astra somptueux, il part à la recherche de son père disparu aux confins du système solaire. Si le long-métrage de James Gray peut paraître froid et distant il n’en regorge pas moins une des œuvres les plus riches de l’année, symboliquement et formellement.


15. L’Heure de la sortie

Souvent caricaturé, le cinéma francais a toujours su garder sa part d’oeuvres inclassables. Et c’est Sébastien Marnier qui incarne à merveille ce cinéma de l’étrange avec L’Heure de la sortie, hybride assumé entre thriller, drame, film catastrophe et même horrifique. Un voyage qui en vaut la peine, si bien qu’on accepte de s’y laisser conduire.


14. Child’s Play : La Poupée du mal

Premier surpris de retrouver cet énième reboot de franchise horrifique dans ce classement, il faut avouer que ce Chucky version 2019 a de nombreux arguments pour plaire. Sa force tient dans son honnêteté à ne chercher, ni plus ni moins, qu’à proposer le meilleur à partir de son matériau de base. La comédie horrifique de l’année, assurément.


13. Once Upon a Time… in Hollywood

Si Tarantino s’est fait un nom auprès du grand public pour ses films aux dialogues aussi aiguisés que ses lames, le point commun de sa filmographie est, et restera, son amour inconditionnel du cinéma. Il lui aura fallu 9 films pour l’exprimer pleinement, mais cela en valait l’attente : Once Upon a Time… in Hollywood est un véritable poème nostalgique aux élans lyriques. Une déclaration d’amour ultime pour le septième des arts.


12. Le Chant du loup

S’il fallait une preuve que l’ambition n’a jamais quitté le cinéma français, Le chant du Loup en est la figure de proue. Premier film à la tension maîtrisée de bout en bout, le film d’Antonin Baudry profite d’un casting magistral qui se déploie dans un sublime drame en eaux troubles.


11. The Lighthouse

Si le nouveau film de Robert Eggers a connu un certains succès de niche auprès du public c’est avant tout grâce à son duo de tête. Willem Dafoe et Robert Pattinson offrent les plus belles performances de leurs carrière dans cette longue chute aux enfers, désespérément belle et qui, comme A Ghost story et The VVitch, se ressent avant toute forme d’intellectualisation.


10. Vice

Après son Oscar du meilleur scénario adapté pour The Big Short, Adam McKay est de retour derrière la caméra pour attaquer encore plus frontalement. Toujours plus cynique et grinçant, Vice est un véritable brûlot politique qui ne se réfugie pas derrière quelconques effets dramatiques : Christian Bale y est méconnaissable et Sam Rockwell, comme à son habitude, exceptionnel.


9. Rocketman

Résumer Rocketman au plus grand film musical de l’année ne lui ferait pas honneur tant il déborde de générosité de tous les instants. Sublime fresque d’une vie mouvementé, Taron Egerton incarne un Elton John plus humain que jamais dans ses plus grands échecs comme dans sa gloire.

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8. J’ai perdu mon corps

En utilisant le concept de la main coupée à la recherche de son propriétaire, Jérémy Clapin ne pouvait nous offrir une oeuvre plus riche et marquante que J’ai perdu mon corps. Véritable film métaphorique à la portée universelle, il est est avant tout touchant quand il aborde les émotions les plus complexes avec une étonnante sincérité. Accompagné d’une bande-originale enivrante aux sonorités électroniques, le film se pare d’une animation et de cadres léchés rendant l’oeuvre aussi belle que profonde.

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7. Toy Story 4

Toy Story 4 n’est pas le film de trop. Construit comme un long dernier acte en forme de conclusion personnel pour Woody, il complète à merveille le troisième opus et sa fin parfaite. Magistral dans son propos comme dans son forme. Intelligent et bouleversant.


6. Ne coupez pas !

L’amour du cinéma artisanal, de sa création, de son sens quasiment primal. Sa portée universelle et paradoxalement personnelle. Sa fédération autour de thèmes pourtant si éloignés. Un sentiment qui se dégage des plus grands films de l’année : de The Irishman à Once upon a time… in Hollywood, mais si l’en est un qui l’incarne plus que tous les autres c’est Ne coupez pas !. Ovni venu directement du pays du Soleil-Levant et dont sa simple description lui ferait du tort. Le film à ne pas manquer.


5. El Reino

Si le cinéma de 2018 était politique dans sa manière d’aborder les thèmes sociaux et les crises qui le traversait : 2019 est beaucoup plus frontal dans son approche. Avec El Reino, Rodrigo Sorogoyen nous offre son meilleur thriller politique jusqu’à sa joute verbale finale à travers la dernière scène la plus marquante de l’année.


4. Le Mans 66

Porté par un duo de légendes, Le Mans 66 aligne toutes les cartes de la fresque automobile classique pour s’en détacher et prendre son envol. La réalisation de James Mangold nous cloue à notre fauteuil dans ce qui s’apparente aux plus belles courses filmées au cinéma. Toujours sur la corde raide du sensationnalisme, Mangold joue l’équilibriste pour exploser en émotion dans un final grandiose, grand film.


3. Les Misérables

Véritable révélation du dernier Festival de Cannes, Les Misérables se retrouve propulsé sur le devant de la scène par ceux qui les ignorent depuis des dizaines d’années. Un paradoxe qui donne une force encore plus symbolique à un film qui gagne en puissance à ne jamais montrer autre chose qu’une violence aveugle, d’un camp comme de l’autre, dans un rapport de force en puissance dévastant de sincérité.

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2. Parasite

Le miracle de l’année est coréen. Le dernier film de Bong Joon-ho a attiré tous les projecteurs sur un cinéma encore trop inconnu du grand public. Véritable incarnation de l’ensemble de son œuvre, Parasite est sans aucun doute la plus dense de toutes. Comme à son habitude, il navigue d’un genre à l’autre avec une aisance et une maîtrise absolument renversante.

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1. Marriage Story

Dans l’ombre de The Irishman se cachait le plus grand film de l’année. Véritable leçon de cinéma : Marriage Story touche en plein cœur avec son histoire à la portée universelle et à l’écriture hallucinante et humble. Noah Baumbach s’ouvre avec sincérité sur son milieu et ne tombe jamais dans le piège d’une élite déconnectée de la réalité. Peut être la meilleure œuvre de son auteur, interprétée à la perfection par un duo d’acteur au sommet de leur art. Le tout sublimé par la bande-originale de Randy Newman.


Le top de Baptiste Duminil (Éditeur)

19. Lord of Chaos

Lord of Chaos est un terrible biopic narrant la naissance du death metal norvégien avec le groupe Mayhem et la vague de crimes qui a suivi. Un vrai film underground plongeant dans un milieu étrange peuplé de personnages malsains tous plus hallucinés les uns que les autres et parfaitement joués par de délirants jeunes acteurs. On eût souhaité le film plus musical, mais son humour noir, ses scènes impressionnantes et son rythme terrible maintiennent en haleine et font véritablement souffrir alors qu’on assiste à cette inévitable descente aux enfers collective.


18. Face à la Nuit

Face à la Nuit est un magnifique film semi-expérimental qui joue avec le temps, racontant une histoire à rebours, jouant génialement avec le mystère et les personnages et révélant des perspectives narratives inédites et terriblement fascinantes. Le cinéma taïwanais est incroyablement émergent et Face à la Nuit est un témoignage de sa liberté, de son élégance et des talents qui l’anime. Un film splendide, novateur, bondissant d’une ambiance à l’autre avec virtuosité… Bref, l’avenir est taïwanais.

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17. Marriage Story

Marriage Story, c’est le choc de fin d’année. Un drame simple, à la réalisation modeste, racontant la crédible histoire d’un divorce ni spécialement simple, ni spécialement compliqué, juste… réel. Un divorce qui semble vrai. Le film est surtout porté par les performances à fleur de peau d’Adam Driver et de Scarlet Johanson qui font exploser le texte humain, réel et bouillonnant d’émotion. C’est une terrible expérience humaine et un moment déchirant. 


16. A Couteaux Tirés

Rian Johnson est de retour avec un grand divertissement à la Agatha Christie prouvant par l’exploit son génie et sa minutie en tant que scénariste. C’est un film très excitant avec ses multiples retournements, qui se transforme constamment et redistribue plusieurs fois tous les enjeux. Un rythme haletant, un casting luxueux, une réalisation efficace et un tacle social assez amusant… En somme c’est un grand plaisir !


15. Les Étendues imaginaires

Les Étendues imaginaires est un polar singapourien exposant l’exploitation des travailleurs immigrés construisant les îles artificielles servant d’extension à la ville. Et le film fonctionne aussi bien en tant que polar noir onirique et lugubre qu’en tant que critique sociale alarmiste et brutale. Sublimement filmé et surtout photographié, Les Étendues imaginaires ne perd pas, dans son onirisme, son réalisme révoltant et son romantisme pervers. C’est le portrait lugubre d’une société frustrée, voleuse, perverse et profondément misérable. 


14. Un grand voyage vers la nuit

Un film véritablement unique. Immense polar romantique chinois, Un long voyage dans la nuit, c’est presque deux films en un. D’abord un film conventionnel, mais déjà magnifique, montrant la quête d’un homme de son amante perdue, presque plus sur les traces d’un passé rêvé que d’une véritable personne. C’est ensuite une gigantesque et spectaculaire déambulation en plan séquence dans un monde absurde, au croisement du rêve et du cinéma. C’est un film de toute beauté, difficile à aborder mais qui s’approche plus que n’importe qui d’autre avant de la mise sur pellicule d’un ravissant rêve éveillé, à la recherche d’un bonheur qu’on ne touche que du bout des doigts.


15. Douleur et Gloire

Dernière réalisation en date de Pedro Almodóvar, l’enfant terrible du cinéma espagnol, dans lequel il fait son introspection, revenant splendidement sur tous ses thèmes et motifs, sur leur sens et leurs origines dans son art et son histoire. Plutôt que la plainte d’une diva se lamentant sur sa riche condition (comme Ma Vie avec John F. Donovan), Douleur et Gloire est le témoignage d’une légende qui assume ses caprices, reconnaît ses failles et nous offre un délicieux moment d’intimité, en plus d’un bel objet d’art.

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12. Sorry we Missed You

On ne présente plus Ken Loach, le maître incontesté du cinéma social britannique contemporain. Dans son nouveau film, il s’attaque au monde du travail moderne, à l’uberisation, à la surveillance des travailleurs, aux nouvelles cadences et aux pressions absurdes qu’elles mettent sur les travailleurs et les familles. Toujours renforcé par son solide sens de la réalité, ce tableau social kafkayen est épuisant, traumatisant, révoltant et surtout semble sans espoir… Un film radical, destructeur et indispensable. 

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11. Les Misérables

Il faut toujours être prêt à se laisser surprendre, notamment par le cinéma français. On peut parfois être lassé par le cinéma social misérabiliste mais, contrairement à ce que peut induire le titre, Les Misérables n’est pas de ce bois-là. C’est une attaque concrète, un regard d’insider et une prise de position claire sur la difficile vie en banlieue, ses causes et ses coupables. D’un réalisme saisissant qui ne prive pas d’une magnifique réalisation, Les Misérables est un film puissant et tout simplement révoltant.

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10. The Last Black Man in San Francisco

Dans le même courant que Sorry To Bother You ou Blindspotting, The Last Black Man in San Francisco est un film indépendant traitant avec poésie et émotion des problèmes sociaux américains comme les discrimination raciales, les violences policières, la gentrification et les violences de classe. Ce sont ses magnifiques performances, sa fantaisie innocente et enfantine et ses personnages incroyablement attachants qui en font un petit bijou exceptionnellement touchant.


9. The Lighthouse

Sur toutes les lèvres à Cannes, The Lighthouse est un atypique bijou de cinéma fantastique poussant l’étrangeté encore plus loin que son prédécesseur The VVitch. Un noir et blanc Bergmanien, une langue Hemingway-esque, un format qui rappelle Murnau, c’est un film muet parlant vraiment fascinant. On plonge avec les personnages dans une démence folklorique vertigineuse et poisseuse dans ce film terrible, sensoriel et épuisant dont on ne sort pas indemne.


8. Les Eternels

Jia Zhangke est parmi les réalisateurs les plus marquants du XXIème siècle avec évidement son incontournable chef-d’oeuvre Touch of Sin. Mais Les Éternels n’est pas en reste. Vendant un film de gangster mais dérivant très vite sur un mélodrame social, Jia Zangke continue son entreprise de réappropriation des canons du cinéma chinois avec cette splendide fresque. Son sens politique est diffus pour qui n’est pas familier avec l’histoire récente chinoise mais c’est la lutte des femmes pour le pouvoir et la justice qui se déploie sous nos yeux dans une belle histoire magnifiquement mise en image. 

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7. Boy Erased

Joel Edgerton, bien connu du grand public en tant qu’acteur, s’est imposé cette année en tant que réalisateur et surtout scénariste à suivre à l’avenir. Et Boy Erased est le parangon de sa réincarnation. Plongeant dans une institution de reconversion, il suit la vie compliquée de jeunes homosexuels persécutés, en lutte avec le monde et eux-même. C’est un drame dur, sobrement réalisé mais splendidement écrit, habité de personnages profondément humains et fragiles parfaitement interprétés par un casting luxueux, avec Lucas Hedges, espoir d’avenir, en tête d’affiche.


6. Sorry To Bother You

Brûlot comique absurde ultra provocateur de Boots Riley, Sorry to Bother you est pour le moins déroutant. Incarnant, avec Blindspotting, Fruitvale Station ou The Last Black Man in San Francisco, le nouveau cinéma noir indépendant américain, c’est un film politique complètement barré, parfaitement maîtrisé visuellement, nous emportant dans une plongée profonde dans l’absurde et le burlesque du monde du travail, de l’aliénation et de l’éveil des volontés révolutionnaires. Motivants, excitant, brûlant.


5. Another Day of Life

Un film à la sortie discrète et pourtant quelle merveille ! D’après un véritable reportage en Angola, ce film d’animation est une exploration riche et choquante de ce conflit, aux milles idées visuelles et à la force écrasante. Ses séquences documentaires se mêlant aux séquences animées lui donnent une force hybride, une intelligence manifeste. C’est également le meilleur film sur les reporters de guerre depuis Salvador d’Oliver Stone.

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4. Once Upon a Time in… Hollywood

Si il est parfois trop élogieusement loué, Tarantino demeure incontestablement un grand réalisateur américain qui a encore une fois démontré sa maîtrise avec Once Upon a Time… in Hollywood. C’est un conte mélancolique dans un Hollywood fabulesque, traversé d’icônes, d’inventions et d’images familières qui envoûtent et impressionnent. Tarantino fantasme une autre histoire du cinéma américain, jamais sorti de l’âge d’or, et il le fait dans une déclaration d’hommage au cinéma d’exploitation, à la télévision et aux petits hommes qui les ont construit. Son plus beau film.


3. Ad Astra

James Gray n’a plus vraiment à faire ses preuves, ayant enchaîné les formidables fresques purement hollywoodiennes, explorant les problématiques liées à la famille dans de magnifiques histoires. Ad Astra complète The Lost City of Z dans l’arc lié au père et aux explorateurs et le surpasse en tous points. Si beau qu’il semble d’un autre monde, à la fois d’un gigantisme dantesque et d’une intimité profonde, c’est une énième relecture d’Au cœur des Ténèbres véritablement magnétique, envoûtante et fascinante dans sa recherche de la nature humaine elle-même.


2. Ne coupez pas !

Voilà une success story à la japonaise. Un petit film de fin d’étude à la production modeste devenu un succès mondial à la seule force de son hilarant concept et de son exécution sans faille. Un plan séquence désopilant et une deuxième partie qui n’est pas en reste, Ne coupez pas ! est un film unique, véritablement révolutionnaire qui a catapulté Shin’ichiro Ueda au sommet des réalisateurs à surveiller, l’adoubant clairement comme le prochain Sono Sion. La comédie de l’année, sans conteste.


1. Parasite

C’est indéniablement le hold-up de l’année ! 7ème film et 7ème chef d’oeuvre consécutif pour Bong Joon-ho, le petit génie de la nouvelle vague coréenne, Parasite est un pavé dans la marre. Un film politique qui fait l’effet d’une déflagration, traitant de la lutte des classe avec force et habileté. Bondissant toujours habilement entre les registres, passant du rire aux larmes à un insoutenable suspens avec une maestria narrative et visuelle inégalée, Bong Joon-ho prouve encore une fois qu’il est parmi les meilleurs en vie et qu’il changera l’histoire.

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Le top d’Azucena Lozano (Éditrice)

19. La vie invisible d’Euridice Gusmao

Deux sœurs se retrouvent séparés par une injustice et vont passer leur vie à se chercher alors qu’elles ne vivent qu’à quelques rues de Rio l’une de l’autre. Révélation cannoise récompensée en catégorie un certain regard, ce drame brésilien se laisse suivre avec mélancolie, dépeignant deux destins radicalement différents, celui de deux femmes du XXème siècle. A la fois remarquable visuellement et bouleversant.


18. Proxima

Être un cosmonaute est très complexe. L’être en étant une femme, une mère, d’autant plus. Proxima traite avec justesse d’un thème rarement abordé hors du cadre du foyer : la charge mentale des femmes. Mais aussi la violence sinueuse, presque invisible, du sexisme au travail. Porté par ses acteurs et surtout Eva Green, qui joue pour la première fois en français, le film est une vraie leçon d’écriture.


17. Ne coupez pas !

Phénomène imprévu venu du Japon, Ne coupez pas ne peut être trop analysé sans entrer rapidement dans les spoilers. Tout ce qui peut être dit, c’est de faire confiance au film, le regarder de bout en bout et apprécier sa tendresse, son amour du cinéma. Une certaine nostalgie étudiante s’en dégage, tout en montrant la réalité bien complexe de ce qu’est qu’un tournage, entre ce qui est prévu et ce qu’il advient.


16. Funan

Prix du festival d’Annecy 2018, le film n’a rejoint les salles que cette année. Premier long-métrage de son réalisateur Denis Do, partiellement autobiographique, Funan évoque la quête d’une mère pour retrouver son fils pendant le régime des Khmers rouges. Se concentrant sur l’impact du contexte sur ses personnages plutôt que de faire un film historique, Funan est un bijou visuel et émotionnel.

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15. Midsommar

Réalisateur du chef d’œuvre Hérédité (numéro 1 du top de votre rédactrice en 2018), Ari Aster devait relever un nouveau défi cette année. Il confirme ses talents de metteur en scène d’exception, mais également de sa capacité brillante à établir un contexte crédible et riche pour filmer la chute de ses personnages. Si l’aspect horrifique est moins présent sur ce dernier long-métrage, le travail sur l’atmosphère et l’enfermement psychologique sont toujours de mise, dans un environnement digne des meilleures œuvres de folk horror. Midsommar marque également la révélation de Florence Pugh, à la fois victime et vengeresse terrifiante.


14. Marriage Story

Portrait intimiste de la séparation d’un couple, Marriage Story frappe par son écriture, sublimée par le jeu d’acteur de ses deux interprètes principaux (Adam Driver y confirme si ce n’est pas déjà fait son immense talent). La mise en scène sobre accompagne l’authenticité de l’intrigue, alors que des personnages secondaires plus excentriques apporte une touche d’humour bienvenue et tendre. Le film le plus abouti du cinéaste Noah Baumbach.


13. A couteaux tirés

Un écrivain fortuné est assassiné. Entre la bataille pour l’héritage et les faux-semblants, sa famille est soupçonnée. Avec un casting prestigieux au top de sa forme et un Rian Johnson à la tête du scénario et de la réalisation, À couteaux tirés est un vrai plaisir de cinéma. Rythmé, coloré, drôle, le film ne se détache pas d’un fond très bien construit sur l’immigration et les privilèges des plus riches. Tout comme Parasite, si ce genre de thématique n’est pas nouvelle elles sont traitées d’une façon inédite, ludique et à la fois dramatique.


12. L’heure de la sortie

Surprise française de cette année 2019, L’Heure de la sortie joue sur la corde raide du suspens jusqu’au bout, ne tombe jamais dans l’excès tout en restant inquiétant. Deuxième long-métrage de Sébastien Marnier, ce dernier expose déjà une esthétique propre et mature qui fait sortir le film du lot visuellement. A cela s’ajoute une performance toujours très juste de Laurent Lafitte entourée d’une bande d’adolescents terrifiants. A la fois thriller, huis-clos psychologique et drame, L’Heure de la sortie mérite d’être retenu, alors que la production du genre en France et sa distribution et toujours plus difficile.


11. Le Traître

Loin des mythes de la mafia américaine dépeint dans les films de Scorsese, Le Traître montre une mafia italienne amorale, pathétique et d’une violence gratuite inouïe. Basée sur une histoire vraie, celle de Tommaso Buscetta interprété par Pierfrancesco Favino qui a décidé de rompre l’omerta, le film est à la fois exceptionnel par son travail de retranscription mais également pour son gigantisme (le segment du procès en tête). Présenté à Cannes mais reparti bredouille, il s’agit pourtant d’une brillante épopée sanglante sur un repenti.


10. Joker

Joaquin Phoenix prouve encore une fois être l’un des meilleurs acteurs de sa génération. Habité par ce Joker, fidèle ennemi de Batman revisité, loin de ce qui avait pu être présenté à l’écran, il livre une performance sans égale. Fortement emprunt de drame social, le film se veut juge d’une société qui laisse ses marginaux de côté quitte à se mettre elle-même en danger. Accompagné de la formidable bande originale de la compositrice Hildur Ingveldardóttir Guðnadóttir.

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9. Le Chant du Loup

Antonin Baudry, diplomate français mais également auteur de bande-dessinée livre ici son premier long-métrage, imprégné de ces deux univers : à la fois savamment documenté et enrichi de plans clé, Le chant du loup marque une ambition certaine dans le cinéma français. Thriller politique et drame humain, le film peut se vanter d’un casting riche (François Civil et Mathieu Kassovitz en tête) et de marquer le cinéma français par sa justesse et son suspens.


8. Ad Astra

Quête rappelant l’Odyssée ou encore Apocalyspe Now, Ad astra mène un homme jusqu’aux confins du système solaire pour retrouver son père. Emprunt de symbolisme tragique, le dernier film de James Gray dépeint également l’espace d’une grande beauté. Mais aussi, comme une terre d’une solitude absolue et d’une folie latente. Une épopée terrible sur une relation père/fils déjà échouée, dont la photographie exceptionnelle n’a d’égale que le lyrisme puissant de l’œuvre.


7. Once Upon a Time… in Hollywood

Quentin Tarantino devrait selon ses dires bientôt terminer sa carrière de réalisation. Once Upon a Time… in Hollywood en est déjà une forme de testament. Si le cinéaste s’est illustré pour ses long-métrages hommage au cinéma, le traitement de la thématique ici est différente. Loin de la fulgurance, il s’agit ici d’un œil mélancolique, poétique sur ce que le cinéma peut apporter, à la fois le rêve et la catharsis, mais dans tous les cas une évasion face à la violence de la réalité. Brad Pitt atteint l’un des points les plus brillants de sa carrière.


6. J’ai perdu mon corps

Pour sa première réalisation, Jérémy Clapin frappe fort dans le monde de l’animation : primé à Cannes et à Annecy, le drame fantastique s’offre le luxe d’une sortie en salle française et d’un rachat par Netflix à l’international. Il faut dire que la quête de la main de Naoufel, séparée par un tragique accident du corps de son propriétaire, est d’une maturité rarement admise pour l’animation française, encore cantonnée à un public très jeune. La mise en scène exceptionnelle et la bande originale en font un film poignant et juste.

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5. Parasite

Si Parasite n’est pas le meilleur film de Bong Joon-ho, c’est bien que sa filmographie demeure exceptionnelle. Palme d’Or cannoise, le film a réussi à faire l’unanimité auprès du public comme de la critique, tout en battant des records internationaux en salle. Si l’on parle beaucoup de cela, c’est également qu’il faut très peu évoquer l’intrigue du film pour le savourer. Avec l’acteur fétiche du cinéaste, Song Kang-ho et la révélation Park So-dam, Parasite est un film d’autant plus cruel qu’il joue savamment sur les registres. Brillant.

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4. Rocketman

Appelé pour conclure en catastrophe le projet Bohemian Rhapsody, Dexter Fletcher n’a pourtant pu déployer ses talents de réalisateur et metteur en scène de music hall qu’avec ce biopic sur Elton John. Évoquant de front la vie parfois tragique et la personnalité difficile de la star de la pop, le film est à l’image de ce dernier et surtout à sa hauteur. Regorgeant de créativité, chaque scène musicale est à couper le souffle. C’est d’autant plus appréciable que Taron Egerton interprète Elton John avec passion et justesse. Une réussite de bout en bout. 

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3. Vice

Les parallèles avec l’Amérique de Trump vont de bon train au cinéma depuis son arrivée au pouvoir. Cela n’aura jamais été aussi justifié qu’avec Vice d’Adam McKay, déjà connu pour sa formidable satire de la crise des subprimes, The Big Short. Dans un style toujours plus rythmé et dévastateur, le cinéaste dépeint comment les ambitions d’un homme peuvent faire sombrer un pays avec l’aide de ses institutions. Christian Bale aurait mérité un oscar.


2. Les Misérables

Ladj Ly prend de court et au col avec un drame violent qui le mènera peut-être jusqu’aux Oscars et c’est ce qu’on lui souhaite. Présenté à Cannes, Les Misérables maîtrise son sujet avec une justesse exemplaire, sans oublier une mise en scène à la fois soignée et fiévreuse avant une nouvelle plongée dans des cadres immenses de la banlieue parisienne. Une virtuosité telle, qu’on en oublie qu’il s’agit d’une fiction. Aubaine pour le film, triste constat pour la réalité.

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1. The Lighthouse

Huis-clos mettant en scène deux hommes perdus sur un bout de terre abritant un phare, The Lighthouse hante bien après la fin de projection. Plus qu’un simple exercice de style (format et caméra du début du siècle dernier) le film sait créer un malaise redoutable et une peur saisissante en maîtrisant son medium : la réalisation est splendide, l’écriture riche et les deux acteurs délivrent l’une de leurs plus grandes performances. Chaque élément supporte l’autre et remplit sa copie avec brio. Du grand art.


Le top de Lucas Coustillas (Rédacteur)

19. 90’s

Pour son premier long-métrage, Jonah Hill nous offre un beau petit moment de cinéma, d’une grande sincérité et d’un réalisme troublant. Ce petit voyage dans les années 90, bien que simpliste dans sa forme, reste tout de même une belle proposition de cinéma. En espérant le début d’une nouvelle vocation pour l’ami Jonah.


18. Le Chant du Loup

Prenez un sous-marin, mettez-y un casting cinq étoiles, saupoudrez d’une réalisation et d’une mise en scène crispante de bout en bout, et vous obtenez l’ovni français de cette année 2019. Rendez-vous aux Césars.


17. La Belle Epoque

Nicolas Bedos est définitivement le futur du cinéma français. Après le petit bijou qu’était Monsieur et Madame Adelman, il revient une nouvelle fois nous parler du temps qui passe et de son impact sur les générations. Et encore une fois, Bedos touche juste, notamment grâce à des répliques cinglantes et jouissives.


16. Le Mans 66

Peu de films se sont risqués à essayer de traiter le thème des courses automobiles. Pourtant, quand on voit à quel point ce Le Mans 66 est une réussite, on a bien envie d’en voir pulluler sur nos écrans. Tout en filmant magistralement la tension des courses, James Mangold nous dresse avant tout un magnifique portrait des hommes derrière toute cette industrie, tout cela au rouage près.


15. Une vie vachée

Comme toujours chez Malick, Une Vie Cachée divisera. Mais passé l’appréhension d’un film tirant sur la longueur, on en découvre une œuvre puissante, poétique et dramatique à souhait. Mention spéciale à James Newton Howard qui nous propose une splendide bande originale.


14. L’heure de la sortie

Portrait d’une jeunesse sans espoirs, L’heure de la sortie transpire de vérité, tant dans son propos que dans la représentation de la jeunesse d’aujourd’hui. Une mise en scène originale et un jeune casting prometteur fait du nouveau film de Sébastien Marnier la bonne surprise de cette année 2019.


13. Grâce à Dieu

Pour son nouveau long-métrage, François Ozon a décidé de « remuer la merde ». Et pour cause, la pédophilie dans le milieu catholique est encore un sujet tabou qu’on essaie d’éviter. Poignant et insoutenable par moment, Grâce à Dieu est tout simplement un portrait réaliste, sans artifice, d’une institution troublée par le pêché. Bluffant.


12. Douleur et Gloire

Présenté au Festival de Cannes, le nouveau film de Pedro Almodóvar est une réussite, notamment grâce à son casting (Antonio Banderas survole le métrage à la perfection) mais aussi grâce à sa photographie toujours aussi soignée. Douleur et Gloire est un petit plaisir qu’on aimerait revivre chaque jour.

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11. Portrait de la jeune fille en feu

A travers une œuvre atypique où le regard prend plus de sens que la simple parole, Céline Sciamma nous prouve à quel point son cinéma est riche, notamment dans ses inspirations qui cette fois-ci, se tourneront vers le domaine de la peinture. Le duo Haenel/Merlant fonctionnant à merveille, nous ne pouvons donc qu’être en admiration devant un film maîtrisé de bout en bout.

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10. Hors-Normes

Le duo Toledano/Nakache revient sur le devant de la scène avec un film social orchestré à la perfection. Porté par un excellent Vincent Cassel, Hors Normes est bien plus qu’un film solidaire en faveur des personnes en difficultés : c’est un cri d’alarme venant du cœur et des tripes.


9. Funan

Il est évident qu’après visionnage, Funan est un film d’une grande maturité traitant d’un sujet difficile (la révolution Khmère rouge au Cambodge). Bien loin d’une œuvre gentille et inoffensive, Funan nous pousse dans nos retranchements jusqu’à la dernière seconde. Marquant.

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8. The Irishman

Scorsese posant ses valises chez Netflix le temps d’un nouveau long-métrage, c’est bien l’excursion la plus inattendue de cette année 2019. Pourtant, le résultat n’en est pas moins bluffant : ce film testamentaire est une nouvelle fois une immense réussite, notamment grâce à un casting impeccable et une mise en scène toujours aussi soignée. Du grand Scorsese.

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7. Once Upon a Time… in Hollywood

Tout comme son confrère Martin Scorsese, c’est au tour de Quentin Tarantino de réaliser ce qui pourrait être son œuvre testamentaire. Et tout comme The Irishman, Once Upon a Time… in Hollywood possède un immense casting et des scènes déjà cultes. Vous l’avez compris, son (soi-disant) avant-dernier film, est monstrueux.


6. El Reino

Après Que Dios nos perdone, Rodrigo Sorogoyen revient avec du lourd, du très lourd. Avec une tension digne d’un western, El Reino renouvelle le genre du film politique et de ses engrenages par une mise en scène captivante.


5. The Lighthouse

A24 est décidément une belle mine d’or et The Lighthouse en est sûrement une des plus belles pépites. Porté par l’impressionnant duo Pattinson/Dafoe, le film est surtout bluffant par sa photographie d’un noir et blanc hypnotisant. Terrifiant sans pour autant tomber dans les clichés du genre, Robert Eggers montre une nouvelle fois qu’il est bien l’un des futurs maîtres de l’horreur.


4. J’ai perdu mon corps

Avec un concept clairement atypique, Jérémy Clapin nous offre un unique moment de cinéma. Une animation maîtrisée, des idées novatrices et sûrement la meilleure bande-originale de cette année, tout cela contribue à la réussite de J’ai perdu mon corps.

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3. Joker

Qui aurait pu deviner le destin de ce Joker en début d’année ? Qui aurait pu croire qu’un film sur le plus grand vilain de l’univers DC puisse être le grand favori dans la courses aux récompenses de cette année 2019. A priori personne. Mais quand votre acteur principal s’appelle Joaquin Phoenix, et que celui-ci a décidé de montrer l’immensité de son talent à tout Hollywood, les choses deviennent alors plus faciles.

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2. Les Misérables

Comme chaque année, j’attends ma claque made in France (Jusqu’à la garde en 2018). J’ai finalement dû attendre la fin d’année pour découvrir, non pas la claque, mais l’énorme coup de poing qu’est Les Misérables, de Ladj Ly. Film unificateur mais qui va forcément diviser, le meilleur film français de cette année 2019 est made in banlieues, n’en déplaise à certains.

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1. Parasite

Il y aurait tant à dire sur le nouveau film de Bong-Joon Ho : Palme d’or au dernier Festival de Cannes, sûrement un de ses plus grands films, favori pour l’Oscar, etc. Parasite est une œuvre indescriptible qui s’amuse à jouer avec tous les genres possibles et inimaginables, se permettant même d’être une des œuvres les plus abordables du réalisateur, tout en étant aussi riche visuellement qu’intellectuellement.

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Le top d’Adrien Lassau (Rédacteur)

19. Travis Scott : Look Mom I Can Fly

Documentaire retraçant la production du dernier album de Travis Scott et la tournée qui a suivi. Look Mom I can fly est assez dynamique et intense pour tenir le spectateur. A réserver aux fans de l’artiste. 


18. The King

Quand Netflix décide de s’aventurer dans le film historique, il ne le fait pas à moitié ! Malgré les approximations, The King est prenant et violent, avec un Timothée Chalamet très inspiré !

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17. Nous finirons ensemble

Guillaume Canet réussit le pari de donner une suite satisfaisante à son plus grand succès. Pas exempt de défauts, elle fonctionne malgré tout grâce aux bons sentiments qu’elle dégage ainsi que l’alchimie des acteurs, véritable bande de potes dans le film comme dans la vraie vie.


16. Les éternels

Une plongée au cœur de la Chine, de la pègre et l’aventure d’une femme qui se bat pour sa liberté. Un must-see.

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15. Roxanne

Une comédie française sans prétention, néanmoins centrée sur un sujet trop ignoré : le monde agricole et les difficultés rencontrées par les petits producteurs. Un joli conte familial, avec un message important. 


14. La Mule

Clint Eastwood n’a pas produit son meilleur film cette année, mais le papy en a encore sous la pédale. Sous une intrigue relativement simple, La Mule aborde des questions telles que les regrets, la vieillesse et les sacrifices. 


13. La Favorite

Trois actrices immensément talentueuses. Des décors somptueux et une direction artistique aux petits oignons. Voilà la recette que constitue la Favorite. Une joute verbale (mais pas que) qui ne laisse pas de répit au spectateur! 


12. Parasite

Thriller, fable sociale, comédie dramatique… Parasite est tout ça la fois et bien plus encore. Une œuvre totale qui va au bout de son propos, toujours avec grande minutie et pertinence. 

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11. Rocketman

Une vraie comédie musicale. Inventive et rythmée, elle fait honneur à l’artiste qu’elle dépeint sans pour autant dresser un portrait immaculé. Un vrai régal.

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10. Yesterday

Le feel-good movie de l’année. Sans prétention mais plein de bons sentiments, et doté d’un agréable second degré anglais sur l’industrie musicale. 


9. Ad Astra

Rares sont les films qui traitent du futur de la conquête spatiale avec autant de réalisme et pertinence. Le tout dans une quête symbolique du père, porté par un Brad Pitt au top de sa forme, pour ne rien gâcher.


8. The Irishman

Scorsese reprend sa troupe favorite pour nous conter une histoire de mafieux. La recette est maîtrisée. On regrettera simplement un dernier tiers du film qui s’étire en longueur. 

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7. The Lighthouse

Un film au parti pris radical. Prenant, angoissant, parfois terrifiant, et surtout deux performances magistrales de la part de Willem Dafoe et Robert Pattinson.


6. Vice

Une plongée dans la politique américaine et l’un des mandats les plus controversés du pays : Bush Jr. Casting XXL et rythme effréné, Vice est un tourbillon d’informations efficace et plein de pep’s.


5. Mon inconnue

Quand le cinéma français intègre de la nouveauté dans un genre qu’il maîtrise, on obtient une bonne surprise comme Mon Inconnue. Une comédie romantique rafraîchissante !


4. Ma vie avec John F. Donovan

Dolan s’essaye au cinéma américain. Tout n’est pas parfait dans ce premier essai mais on retrouve sans peine les thématiques de son auteur. A noter aussi de belles performances de Thandie Newton et Jacob Tremblay !


3. The Edge of Democracy

Excellent documentaire retraçant les 20 dernières années de la politique brésilienne et les conditions qui ont amené Bolsonaro au pouvoir. 


2. Un jour de pluie à New York

Woody Allen de retour à son meilleur niveau, avec de jeunes acteurs qui viennent amener le vent de nouveauté qui avait pu manquer au réalisateur américain. 


1. Le Daim

Quentin Dupieux revient avec une comédie à l’humour absurde portée par des acteurs investis et une liberté d’action délicieuse. 

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Critique de Star Wars : l’Ascension de Skywalker, l’échec interdit

La magie va-t-elle fonctionner une toute dernière fois ? C’est le cœur lourd, mélange non dissimulé d’impatience et de crainte, que l’on s’apprête à dire au revoir (cette fois-ci pour de bon ?) à la plus longue des histoires de famille du cinéma avec Star Wars : l’Ascension de Skywalker.

On aimerait garder cet éclat enfantin qui, dès les premières notes de John Williams, fait battre notre cœur à toute vitesse. Plongé dans la conclusion de plus de 40 ans de mythes, tiraillé entre attentes et propositions. Mais il nous est difficile d’imaginer comment J.J. Abrams peut satisfaire un public si vaste, des enfants émerveillés aux adultes les plus virulents, et c’est peut-être ce qui l’amène à sa perte….

La conclusion de la saga Skywalker. De nouvelles légendes vont naître dans cette bataille épique pour la liberté.

Je regarde mes amis, une dernière fois

Nous sommes le 30 octobre 2012, The Walt Disney Company annonce le rachat de Lucasfilm pour 4,05 milliards de dollars. Sept ans plus tard, la saga prend fin. Comprenez la saga Skywalker, car Disney n’en a pas fini avec Star Wars. Après deux spin-off aux résultats contrastés, le futur s’est assombri pour la firme aux grandes oreilles. Et le projet d’une nouvelle trilogie originale portée par Rian Johnson semble compromis. Le succès de cet épisode IX est donc primordial.

Mais n’y a-t-il pas un problème de taille à l’origine même de cette postlogie ? En faisant le choix de continuer l’histoire déjà bien remplie de la famille Skywalker, Disney a voulu rassurer. Utiliser des personnages iconiques pour propulser une nouvelle génération, un passage de flambeau. Un choix de facilité qui s’est avéré plus complexe et dense qu’on pouvait s’y attendre avec un épisode VIII aux allures de nouveau monde, laissant présager le meilleur pour la saga. Mais en essayant d’appliquer la même recette magique qu’ils utilisent pour Marvel, Disney s’est saboté. On est en droit de se demander s’il ne s’agit pas là d’une grosse erreur stratégique plutôt que narrative.

Les thématiques de cette nouvelle saga, initiée dans Le Réveil de la Force, étaient pourtant louables. C’est à travers les erreurs de nos ancêtres que nous existons mais c’est à nous de nous en libérer et d’écrire notre propre histoire. Une philosophie au double sens à peine caché, qui traverse l’entièreté de Les Derniers Jedi jusqu’à son final splendide. Mais le public était-il vraiment prêt à lâcher prise ? Après deux films qui réintroduisaient, petit à petit, les personnages de leur enfance ? Comment réussir ce tour de force ? Conclure simultanément 42 ans de films et leur mythologie ainsi qu’une nouvelle trilogie, ses personnages et ses thématiques ?

C’est avec ce poids sur les épaules que J.J. Abrams se lance dans L’Ascension de Skywalker. Sans perdre de temps, il débute par une étrange séquence d’exposition qui se prolonge sur la première heure du film. Entraîné dans la quête d’un nouvel objet jamais présenté auparavant, le film recrée son propre univers. Enchaînant séquence sur séquence, sans jamais prendre le temps de développer ses personnages, il ose même en introduire de nouveaux.

L’ensemble se rapproche de la trilogie originale, à l’aspect plus sériel et rythmé. Passant d’une situation à l’autre sans laisser le moindre répit au spectateur. Et si les séquences s’enchaînent dans une fluidité relative, l’héritage des deux films précédents semble se réduire au fur à mesure. Jusqu’à questionner leur utilité dans une séquence d’une méchanceté rare envers le film de Rian Johnson, Les Derniers Jedi. La couleur est clairement annoncée et J.J. Abrams semble tout mettre en oeuvre pour rassurer le plus grand nombre. Quitte à détruire ce qu’il avait lui même amorcé dans l’épisode VII.

Une fois cette nouvelle introduction passée, le film respire enfin. Il se stabilise et laisse la place au véritable moteur de cette postlogie : la relation entre Rey et Kylo Ren. J.J. Abrams met toutes ses forces dans la bataille, essayant de rendre chacune de leurs apparitions iconique.

C’est finalement dans la deuxième partie du film et dans son final, au gigantisme démesuré, qu’on retrouve la vraie liberté des débuts. C’est dans ces moments héroïques qu’il arrive à déployer toute sa puissance de conteur, toute sa dramaturgie. Mais il est déjà trop tard : les duels au sabre laser sont confus, les batailles spatiales sans enjeux et la bravoure pourtant si bien retranscrite dans Le Réveil de la Force semble, elle aussi, amère.

La Force sera avec toi. Toujours.

En cherchant à tout prix à rassurer, à faire le bon choix, J.J Abrams camoufle comme il peut sa dépendance au volet précédent. Lui qui exprime pourtant son « immense gratitude » en interview et affirme que « [L’ascension de Skywalker] n’aurait pas été ce qu’il est sans les choix que Rian Johnson a fait » se retrouve dans une position des plus inconfortables. Comment prolonger un arc intrinsèquement lié aux films précédents tout en s’efforçant d’effacer leur importance et leurs conséquences ?

L’Ascension de Skywalker n’est pourtant pas radin en séquences émotions, mais son rythme effréné ne permet même pas au spectateur de prendre conscience de ce qui arrive, ce n’est qu’au dernier souffle, quand tout espoir semble anéanti, que le film prend un dernier envol avec un habile tour de passe passe qui montre, une fois pour toute, que Kylo Ren incarne le meilleur de cette trilogie.

En dépit de son attrait pour le fan service bas de plafond, J.J. Abrams place son film dans la lignée directe des précédents : les thématiques abordées n’en sont qu’amplifiées. Et malgré un choix purement cynique sur la descendance de Rey, L’Ascension de Skywalker persiste et signe : peu importe nos origines, notre passé, l’avenir se construit par nos choix, comme toujours dans l’univers Star Wars : tiraillé entre le bien et le mal.

Cela serait mentir que d’affirmer que ce baroud d’honneur final ne procure pas des frissons, dans sa portée épique qui se télescope avec l’intimité de Rey. Mais même ici le film ne laisse pas le temps aux protagonistes de s’installer. Finn et Poe sont tout simplement transparents dans ce dernier tiers, enchaînant les actes sans conséquences. Et quand l’apothéose finale se dessine, on s’interroge : c’est fini, déjà ?

En reste une magnifique image de fin, portée par la bande-originale de John Williams, pourtant très absent de ce dernier volet. Et cet étrange sentiment que malgré sa cohérence, elle ne semble pas à sa place, dans un film qui reste, à l’inverse de ses personnages, beaucoup trop superficiel.

L’histoire vit pour toujours

Que restera-t-il de la saga Skywalker ? Un pan entier de cinéma, pour sûr. Des histoires qui vivront pour milles générations. Des petits et grands, émerveillés, portés par la puissance d’une histoire intemporelle.

Ce qui nous vient à nous demander : Disney nous a-t-il rendu cyniques ? Fans et critiques se sont déchirés sur une trilogie en qui chacun voit pourtant ce qui l’arrange. L’Ascension de Skywalker ne cristallise-t-elle pas finalement l’exact opposé de Les Derniers Jedi chez ceux qui y voyait l’un des chefs d’oeuvre de la saga ? J.J. Abrams n’a fait, d’une certaine manière, que répéter l’histoire : il n’est pas allé dans notre direction, notre conclusion rêvée. Comme le dit Rian Johnson : « chercher à contenter les fans plutôt que les surprendre est une erreur ».

Mais la nuance entre les deux démarches n’est pas à prendre à la légère : Les Derniers Jedi s’inscrivait dans la continuité logique et totale de Le Réveil de la Force. Là où ce neuvième volet, en ne suivant aucune autre logique que celle commerciale, se met volontairement une partie du public à dos pour récupérer la sympathie de l’autre, qu’il considère comme « la masse ». Personne n’est dupe : s’il est sain de se questionner sur notre âme d’enfant, prétendument disparue, cela ne doit pas être au prix d’une baisse de nos exigences.

Cette même âme d’enfant qui semble arranger une politique plus commerciale que narrative, et dont on aimerait y enfermer nos réticences. Star Wars est, et restera, la plus grande saga familiale de l’histoire du cinéma. Il ne tient qu’à nous d’y prendre soin le plus sincèrement possible.

En surface, le plus gros problème de l’Ascension de Skywalker s’illustre par son rapport de force bête et méchant avec Les Derniers Jedi. Mais le grand public s’en soucie-t-il vraiment ? Rien n’est moins sûr. Les promesses sont ailleurs : conclure 42 ans de films, l’histoire des Skywalker, dans un final épique, pas plus, pas moins. Et si l’on parle beaucoup (trop) du contexte c’est malheureusement pour cacher une plus triste réalité : un manque cruel d’imagination. Le film déborde pourtant de générosité, cherchant constamment à construire scène iconique sur scène iconique. Mais le résultat n’est pas là : la créativité est absente. Les scènes d’actions sont interchangeables et les dialogues sans substances alignent les banalités.

Et si la plus grosse déception était en fait là ? Un film ni mauvais, ni bon : simplement passable. Comment imaginer d’un Star Wars qu’il lance une forme de routine ? Comment accepter, après un épisode VII aux ambitions évidentes et un épisode VIII clivant mais aux qualités visuelles et narratives certaines, que la conclusion ultime soit tout simplement « sympathique » ? Et même si, au final, le film tient ses promesses et apporte les réponses et conclusions aux questions que l’on ne se posaient pas. On quitte la salle le cœur tout aussi lourd, avec une certaine amertume envers un film qui n’a pas su embrasser son héritage et nous offrir une conclusion à la hauteur du voyage.


Critique de The Irishman, le poids du temps

Cette fin d’année 2019 aura été chargée pour le légendaire Martin Scorsese. le réalisateur de 76 ans aura coup sur coup lancé un débat stérile sur les films Marvel, été associé au film événement Joker qu’il a très clairement inspiré, et sorti un nouveau film. Un film massif, longuement attendu et longuement repoussé : The Irishman, produit par Netflix et disponible directement sur la plateforme (ce qui ne manquera sans doute pas de générer son lot de débats, eux aussi, stériles).

Martin Scorsese est à un moment clé de sa carrière. Ayant enchaîné, avec ses deux précédents films, un de ses plus gros succès (Le Loup de Wall Street) et un échec notoire (Silence). Il n’a plus rien à prouver mais doit tout de même montrer qu’il n’a rien perdu de son panache. Comment se place The Irishman dans tous ces enjeux ? Le retour du maître aux films de mafieux est-il réussi ?

Cette saga sur le crime organisé dans l’Amérique de l’après-guerre est racontée du point de vue de Frank Sheeran, un ancien soldat de la Seconde Guerre mondiale devenu escroc et tueur à gages ayant travaillé aux côtés de quelques-unes des plus grandes figures du 20e siècle. Couvrant plusieurs décennies, le film relate l’un des mystères insondables de l’histoire des États-Unis : la disparition du légendaire dirigeant syndicaliste Jimmy Hoffa.

Il parait que tu peins des maisons

The Irishman est une longue fresque retraçant une grand portion de la vie d’un mafieux, second couteau de grande influence. C’est un film effectivement très long : 210 minutes au compteur, ce qui n’est définitivement pas anodin. Cette durée est à la fois une force et une faiblesse pour l’oeuvre. Une force car elle lui donne sa grandeur et façonne l’expérience du spectateur. Une faiblesse car elle contraint le réalisateur à distiller ses originalités visuelles et à souvent se reposer sur un traditionalisme certain. Ce n’est cependant pas critique pour la réalisation, qui demeure exemplaire dans son classicisme.

The Irishman est un film élégant, s’appuyant sur les images et le environnements iconiques de la vie de gangster grâce à une maîtrise complète du genre et à de splendides décors riches en détails. L’ambiance et les couleurs changent du tout au tout dans les différentes temporalités, se ternissant avec les années, la caméra devenant de plus en plus fixe et le montage moins rapide. À mesure que le film avance, Scorsese expose également son talent pour faire monter la tension, étirant certaines scènes jusqu’à l’agonie avant de les faire exploser dans un jet de violence crasseuse. La violence est bien présente dans The Irishman, mais elle n’est jamais glorieuse. Elle est un bazar sans nom, fastidieux et épuisant. Elle pèse sur les personnages et ne cherche jamais à réjouir les spectateurs.

The Irishman brille également par son beau scénario et surtout les incroyable performances d’acteurs du trio de tête. Robert de Niro incarne un personnage difficile à cerner, bien qu’on soit témoins de toute sa vie, représentant peut être les zones d’ombres persistantes dans la compréhension du monde de la pègre par le grand public malgré les innombrables représentations. Sa performance se bonifie à mesure que le personnage vieillit, qu’il gagne en sagesse et en stature et se rapproche de l’aura de l’acteur, avant de retomber dans l’image terrifiante d’un homme autrefois puissant qui n’est plus que l’ombre de lui même. Joe Pesci incarne un puissant ponte dont il se dégage un incroyable danger sans qu’il n’ait rien à faire. Lui aussi mise énormément sur son aura, avec un succès certain. Il profite même des dialogues les mieux écrits. Mais c’est Al Pacino en Jimmy Hoffa qui vole la vedette à tout le monde. Grandiloquent comme il faut, se réinventant constamment dans ce personnage aux multiples facettes, il est l’interprète parfait que ce soit pour exhiber la confiance et le pouvoir, ou la plus absolue des faiblesses. Son alchimie avec De Niro permet le magnifique portrait d’une amitié tragique vraiment touchante

Veux-tu entrer dans l’histoire ?

Pourtant The Irishman cache, derrière sa puissance évidente, un vrai défaut technique. Une grosse partie du film se repose sur le rajeunissement artificiel des acteurs, notamment de Robert de Niro et Joe Pesci. Nous avons vu cette technologie faire d’incroyables progrès depuis ses débuts. Cependant la masse de plans nécessitant des rajeunissements dans ce gigantesque métrage est trop importante. Le résultat est donc rarement formidable et balance plutôt entre le correct et le désastreux. Le jeune De Niro ressemble plutôt à John Wayne et Joe Pesci semble parfois s’être échappé du Pôle Express. De plus il est souvent difficile de vraiment saisir quel âge les personnages sont censés avoir. C’est la connexion avec les personnages qui en souffre le plus, entamant en partie les performances d’acteurs que nous avons déjà vantées.

The Irishman excite tout de même indéniablement parce-que c’est un film de Martin Scorsese, mais il est justement intéressant de se demander ce que ce film représente dans l’oeuvre dudit réalisateur. Face à cette immense fresque mafieuse, il est impossible de ne pas le comparer à Les Affranchis. La super production Netflix peut sembler redondante dans la filmographie de Scorsese, n’ayant pas vraiment de distinction très forte avec la masse des films du genre, mais elle brille par rapport à Les Affranchis et à d’autres par son arc final. Absolument écrasant, examinant la vieillesse, la foi, la famille, le poids des secrets et le dur silence de celui qui est le dernier de son clan. Des questions et des angoisses dont on comprend l’emprise sur un Scorsese vieillissant et qui, si elles se font attendre, donnent au métrage presque toute sa force et beaucoup de sa saisissante humanité. Le corps du film montre aussi un aspect intéressant de la vie mafieuse à travers leur influence dans les mondes syndicaux et politiques. Il exhibe leur influence dans l’histoire américaine et leur place chez les notables et personnes historiques qui ne doit pas être négligée, sous prétexte qu’elle n’est pas prise légalement.

Indéniablement, The Irishman est un film magistral que seul Martin Scorsese pouvait nous offrir. Il sait faire ressentir le poids des années, de la culpabilité et des interdits. Sa longueur en fait une expérience de visionnage éprouvante et riche, donnant le sentiment d’avoir vécu toute une vie.

Cependant cette longueur n’est pas forcément adaptée. Le film est un exclusif Netflix et ne pourra pas être vu dans les salles françaises. Les utilisateurs seront-ils capables de se soumettre au film dans des conditions optimales ? Sauront-ils, dans leur foyer plein de distractions, lui donner 3h30 d’entières dévotion nécessaire à sa parfaite appréhension ? Comme pour Roma, il semblerait que les conditions de visionnage majoritairement télévisuelles risquent de desservir ce puissant film. Il n’en reste que pour celles et ceux qui lui donneront l’attention qu’il mérite, The Irishman offrira une expérience marquante, comme une autre vie.


Critique de Le Roi, guerre-épée

Nouveau film Netflix, mêmes appréhensions. Car si le géant du streaming a su convaincre par la qualité de ses nombreuses séries à succès, il peine encore à produire un film marquant. Netflix a-t-il trouvé la recette miracle avec la sortie de Le Roi (The King) réalisé par David Michôd (Animal Kingdom) ?

Le film nous raconte l’histoire de Hal, héritier du trône d’Angleterre et fils d’Henry IV, dans le contexte des guerres incessantes et des rivalités du début du XVème siècle. Hal est interprété par Timothée Chalamet, qui continue son ascension et commence à se positionner comme vraie tête d’affiche pour blockbuster.

Hal, jeune prince rebelle, tourne le dos à la royauté pour vivre auprès du peuple. Mais à la mort de son père, le tyrannique Henri IV d’Angleterre, Hal ne peut plus échapper au destin qu’il tentait de fuir et est couronné roi à son tour. Le jeune Henri V doit désormais affronter le désordre politique et la guerre que son père a laissés derrière lui, mais aussi le passé qui resurgit, notamment sa relation avec son ami et mentor John Falstaff, un chevalier alcoolique.

Le poids de la couronne

Tout au long de l’histoire, Hal est amené à douter de son combat. S’engageant dans une guerre contre la France, le jeune roi est confronté à son absurdité ; en particulier au Moyen-âge où des affrontements pouvaient exploser pour presque n’importe quel prétexte. C’est dans cette thématique que David Michôd et Joel Edgerton (scénariste et acteur sur le film) vont puiser leur inspiration et donner une profondeur au film. Le personnage de Sir John (Joel Edgerton) sert alors de miroir pour le spectateur. Il représente le petit peuple emporté dans une guerre vide de sens, du moins pour les premiers concernés : les soldats. Tués, affamés, fait prisonniers… Le Roi nous rappelle que la guerre est un jeu d’échecs où les pions sont les premiers à tomber.

Le film aborde également la thématique de l’héritage ; un fils devant porter le poids des fautes de son père. Le personnage de Hal est justement présent pour tenter de briser cette roue qui broie sur son chemin le petit peuple et permet à la guerre de perdurer. Une guerre qui en plus d’être assez abstraite, semble fonctionner comme un commerce, ce que montre le personnage de l’archevêque de Canterbury qui rappelle que ses intérêts financiers sont en jeu, l’Eglise étant la banque qui finance la guerre.

Timothée Chalamet est tout à fait convaincant dans sa prestation de jeune roi d’Angleterre. Capable de beaucoup de sobriété dans son jeu, on le découvre dans un autre registre lorsqu’il harangue ses troupes avant la grande bataille. Le film doit donc beaucoup a son tandem formé avec Edgerton. Leur complicité est naturelle et le rapport père de substitution/fils et sujet/roi crée un paradoxe intéressant. La plupart des seconds rôles donnent une partition correcte, que ce soit Ben Mendelsohn, Sean Harris ou Lily-Rose Depp.

Cependant, il faut aborder le cas de Robert Pattinson. Acteur de talent, il s’investit véritablement dans son rôle de Dauphin français et réussit à reproduire un accent plus que correct. Hélas, son personnage extravagant, presque fou, dénote trop avec l’ambiance sérieuse et pesante du récit. On se retrouve avec un Pattinson qui cabotine et une situation assez surréaliste qui frise le ridicule. D’un côté Timothée Chalamet, acteur français, parlant français avec un accent anglais, de l’autre Robert Pattinson, acteur britannique parlant anglais avec un accent français. A ce jeu, on sent bien que Chalamet a bien plus de facilité.

Le regard du roi

Notons d’abord la réussite de la photographie du film, variant entre les scènes éclairées à la bougie et les batailles sous le ciel gris, permettant de créer une atmosphère pesante. Jouant intelligemment avec les ombres, la lumière vient accentuer la stature de Chalamet pour en faire un roi crédible aux yeux du spectateur.

Pour ce qui est de la mise en scène, il est appréciable de voir que Michôd sait prendre son temps, faisant durer les plans lorsqu’il le faut, créant de ce fait une tension efficace jusqu’à la grande bataille finale. Une bataille qui rappelle d’ailleurs que Game of Thrones est passé par là, en disant d’ailleurs peut-être plus sur la série que sur le film dont elle est issue. La série d’HBO a créé un standard tellement élevé avec sa « bataille des bâtards » qu’il est difficile de filmer une scène de combat sans souffrir de la comparaison. Dans le cas présent, la grande bataille est très bien filmée, l’action est claire et on ressent le chaos du combat. Cependant, certains plans sont très proches de la série et on se demande même s’il n’y a pas eu une inspiration trop visible. La boue, le plan zénithal sur un guerrier au milieu du chaos, les combats désordonnés… Les parallèles sont trop nombreux et on peut regretter qu’il n’y ait pas plus d’idées originales. La musique, elle, retranscrit bien l’ambiance médiévale du film, jouant des chœurs et des tambours de guerre.

Dans l’ensemble, Le Roi est loin d’être raté. Il est même bien supérieur à la majorité de ses homologues estampillés Netflix. Sans être révolutionnaire ou incroyablement marquant, le film est bien raconté et se paye le luxe d’une esthétique soignée, porté par un beau casting et une direction d’acteurs intelligente, à l’exception du rôle du Dauphin. Si vous êtes attiré par les récits médiévaux, les batailles épiques ou tout simplement que vous êtes fan de Timothée Chalamet, Le Roi saura vous satisfaire, jusqu’à sa fin douce-amère qui résume très bien l’essence du film. On peut alors espérer que Netflix tirera des leçons de ce succès et s’aventurera dans des genres cinématographiques nouveaux et plus variés.


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