Après huit éditions parisiennes, Series Mania s’exporte désormais en province. Suite à un appel d’offre, c’est la ville de Lille qui a la responsabilité d’organiser et d’accueillir le principal festival international de séries en France, face à Paris certes, mais aussi Cannes.

Cette édition 2018, en plus du défi habituel qu’est la programmation elle-même, avait également la lourde tâche de savoir s’adapter à son changement d’environnement définitif en vue des éditions futures. Retour sur une semaine de festivité autour du petit écran.

Place à l’originalité

Il serait complexe d’analyser le festival dans son ensemble, aussi il est intéressant d’observer un parallèle original qui est peut-être, espérons-le, annonceur d’un nouveau paradigme. Series Mania, avait donc cette année pour défi de s’imposer, de proposer de la nouveauté pour vivre. Festival balbutiant, il ne pouvait se résoudre à se reposer sur un conservatisme dans ses choix de programmation ou une continuité d’organisation.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Series Mania a su remplir sa première part du marché : une programmation diversifiée aussi bien dans ses genres que dans l’origine des productions. 10 séries en compétition officielle, 8 en compétition française et des dizaines d’autres étaient à découvrir de manière inédite au festival, comme les nouvelles saisons de séries à succès. Des propositions intéressantes et originales au budget parfois très limités comparées aux mastodontes américains dont certaines ont été récompensées. C’est le cas de On the Spectrum, série israélienne sur une colocation de trois jeunes adultes autistes ayant remporté le grand prix du jury. Le palmarès comme le reste de la sélection en compétition (toutes catégories confondues) fait la part belle aux productions brillantes dans leur propos, qui au delà du divertissement sont originales dans leur forme comme dans le fond, soulèvent des problématiques contemporaines, sans être inaccessibles ou élitistes. Et cela fait du bien.

En plus de cela, le festival se voulait ludique, en proposant de nombreuses expositions et activités ludiques autour des séries elles-même et des techniques cinématographiques associées à leur production. Un pari ambitieux pour un événement nouveau, mis en place en l’espace de six mois malgré les difficultés inhérentes à un calendrier aussi court. Il était donc essentiel de permettre cette transition afin d’avoir, par la suite, une programmation encore plus riche.

Place au genre

Choix volontaire ou pur hasard dans ses recherches de diversité, le festival a aussi su proposer du genre de grande qualité dans ses sélections, alors que ce dernier se développe pas à pas dans le monde des séries. Bien que reste ne soit pas à négliger, il est intéressant de voir que en dehors des distributeurs tel que Netflix qui a annoncé vouloir axer ses futures productions autour du genre (et qui va d’ailleurs bientôt diffuser Nue, présenté à Serie Mania) ; des festivals aussi laissent une place à ce type de production.


Jusqu’à les récompenser même : c’est le cas d’Ad Vitam, ayant obtenu la récompense de la meilleure série française (elle était également sélectionnée dans le cadre de la compétition officielle). Oui, une série française de genre, de science-fiction même. Le coup de cœur de l’équipe. Produite par Arte, la série veut servir d’exemple et montrer le chemin à une nouvelle vague de genre en France, alors que les tentatives (Grave, Revenge) avec une distribution en salle assez faible, autrement plus frustrant. En tout cas, les deux premiers épisodes, ambitieux dans leur mise en scène et leurs visuels malgré un budget limité (non communiqué) semblent déjà tenir leurs promesses. L’intrigue tient en effet place dans un monde où les individus se régénèrent, vivant des décennies entières sans voir leur corps en souffrir. Dans ce monde où la mort se fait de plus en plus rare, une enquête est ouverte après le suicide d’adolescent, en lien avec une autre vague de suicide ayant eu lieu des années auparavant. Sans abuser des effets, l’univers futuriste prend forme, emprunt de cohérence et de profondeur, incluant suffisamment le spectateur pour en comprendre les mécanismes sans abuser d’explications inutiles. Aux problématiques classiques de science-fiction sur le rapport de l’homme à la technologie et à son environnement s’ajoute celle, centrale ici, de la transmission générationnelle. La distribution, Yvan Attal et Garance Marillier en tête, portent ce thriller intimiste qui espérons-le, fera des émules à sa sortie. Malheureusement, Arte a refusé d’annoncer une date de diffusion, par l’incertitude de celle-ci. En effet, le tournage se poursuit pour les derniers épisodes. Patience, donc.

D’après les organisateurs, plus de 55 000 festivaliers se sont présentés sur les neufs jours de festivités, un succès chiffré supérieur aux attentes formulées en amont. Les réservations ont été en effet rapidement complètes pour la plupart des projections et rencontres, un premier succès public mérité. Pour ce qui est des critiques et de la presse, outre la satisfaction présente dans cette rétrospective, de nombreux journalistes ont été accrédités pour cette édition et la programmation a su séduire les grands médias nationaux et internationaux. Aux bénéfices des créations donc, mais aussi du festival qui a gagné en légitimité. Il lui reste toutefois encore du chemin à parcourir pour s’imposer totalement, qui se constate dans l’absence d’équipes récompensées à la cérémonie de clôture, ou encore la nécessité pour la diffusion de certains épisodes de série d’attendre leur diffusion sur la chaîne de distribution pour les projeter en festival (Westworld ou The Handmaid’s Tale sur OCS entre-autre). Un petit aperçu des limites encore imposées à ce festival jeune en développement, sans que cela n’ait toutefois porté préjudice ni puisse être réellement considéré comme des points négatifs.

Festival jeune et ambitieux, Series Mania Lille a su trouver ses marques autour de propositions diversifiées tant dans sa programmation que ses activités culturelles, réussissant son pari aussi bien auprès du public que des critiques. Si cette tendance se poursuit dans les années à venir, il pourra certainement devenir une référence au niveau européen, son objectif final. Affaire à suivre de près et avec grand intérêt.