Premier film d’Anthony Maras, Attaque à Mumbai a connu un destin compliqué. Initialement distribué par The Weinstein Company en 2016, le film est devenu orphelin après les événements de l’affaire du même nom. Ses droits rachetés en 2018, il est finalement distribué aux Etats-Unis et acheté par Netflix en Inde… qui abandonnera le film après un conflit avec la société de distribution. Mais le sort s’acharne et le film est également retiré des salles néo-zelandaises à sa sortie après l’attentat de Christchurch.

En France, le film ne connaîtra pas le même destin puis qu’après son parcours assez confidentiel au box-office américain il ne bénéficiera pas d’une sortie au cinéma : le film sera disponible dès le 4 juillet prochain sur les différentes plateformes de VOD. Mais son parcours maudit éclipse-t-il la qualité du long-métrage ?

Novembre 2008, une série d’attaques terroristes a lieu dans la ville de Mumbai. Durant trois jours, des hommes armés prennent d’assaut le légendaire Taj Mahal Palace Hôtel en retenant les clients et les employés qui s’y trouvent. Au milieu de ce chaos, le Chef du restaurant et un serveur vont risquer leur vie pour protéger leurs clients. Parmi eux, un couple va tout faire pour protéger leur nouveau-né. Alors que le monde entier découvre ces évènements tragiques, ce qui se déroule à l’intérieur dépasse l’inimaginable. L’histoire vraie des attaques terroristes qui se sont déroulées à Mumbai en novembre 2008.

Un américain à Mumbai

Si les attaques de novembre 2008 à Mumbai (Bombay) se sont réparties sur une dizaine de lieux différents, le film se concentre sur le plus emblématique de tous : l’hôtel de luxe Taj Mahal. Un symbole attaqué pour ce qu’il représente, dans un premier temps, et pour son exposition médiatique : touristes russes, anglais mais surtout américains s’y retrouvent pris au piège.

En faisant le choix de centrer son récit sur un couple américain, Anthony Maras tombe également dans la facilité d’un récit qui ne s’extirpera jamais de l’attendu. Enchaînant les situations types en lorgnant du coté de John Carpenter et de sa référence du genre : Assaut.

Mais si le film ne transcende pas par son récit ou l’écriture de ses dialogues : ses personnages, eux, résonnent particulièrement dans un enchaînement de situations anxiogènes au possible. Révélant leurs peurs les plus profondes et entraînant au fur à mesure une confrontation au sein même des groupes qui se sont formés dans l’hôtel. On pourra reprocher un double sens peu subtil sur le système de castes en Inde mais sa présence fait sens dans un récit où le travail de psychologie des personnages est central. Et le film n’hésitera pas à en sacrifier pour faire avancer son récit et gagner en crédibilité : personne n’est à l’abri, et Anthony Maras compte bien l’ancrer dans le crâne des spectateurs dès les premiers instants du film.

Pas tous logés à la même enseigne

Si le film prend le temps de développer ses protagonistes, ce n’est pas le cas des antoganistes qui n’existent finalement qu’à travers leur simple fonction de « menace », planant sur l’entièreté du long-métrage. Un autre choix étrange est celui de donner plus de place aux clients occidentaux qu’au personnel de l’hôtel, pourtant présentés comme les vrais héros de cette histoire. Le ressenti final est alors assez mitigé, et le spectateur se retrouve tiraillé entre l’émotion que sont censés susciter les touristes pris au piège et l’héroisme latent du personnel. Comme si le film lui même n’avait pas fais de choix et laissait cette lourde tâche à son audience.


Malgré ses faiblesses d’écriture le premier film d’Anthony Maras ne démérite pas dans ses séquences de tensions, sans jamais tomber dans l’excès qui pourrait en ruiner l’effet. Si sa réalisation reste assez académique dans l’ensemble, certaines séquences sont habilement construites et procurent une anxieté bien palpable. Enfin, le travail sur l’image  de Nick Remy Matthews offre une véritable puissance visuelle et donc dramatique au film, exploitant une palette de couleurs assez rare dans le cinéma d’action contemporain et composant ainsi des cadres léchés et emplis de sens.

Attaque à Mumbai reste finalement assez sage pour un sujet si grave. En respectant à la lettre les codes du genre il peine à suprendre par son intrigue attendue. Mais sa réalisation soignée et sa tension gérée d’une main de maître font du film une expérience anxiogène et tendue qui fonctionne, entre-autres, grace à son casting de renom (on se gardera, pour autant, de mentionner l’accent russe de Jason Isaacs). 

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