Il y a deux ans et malgré un scepticisme de mise face aux remakes et adaptations des classiques de genre, le film Ça de Andrés Muschietti fait l’unanimité comme un très bon film d’horreur, s’appuyant sur un scénario puissant, un bon travail d’ambiance et des visuels proprement terrifiants.

En conséquence sa suite, Ça : Chapitre 2, est attendue avec bien plus de bienveillance, mais aussi d’exigence. Comme la seconde partie du livre, elle se déroule vingt-sept ans après la première : quand les héros ne sont plus des adolescents mais des quarantenaires éparpillés à travers les États-Unis qui vont devoir se rassembler pour faire face à leurs peurs les plus profondes. Le film, toujours réalisé par Andrés Muschietti atteint-il les mêmes sommets que son prédécesseur, consacrant un grand diptyque horrifique ?

27 ans après la victoire du Club des Ratés sur Grippe-Sou, le sinistre Clown est de retour pour semer la terreur dans les rues de Derry. Désormais adultes, les membres du Club ont tous quitté la petite ville pour faire leur vie. Cependant, lorsqu’on signale de nouvelles disparitions d’enfants, Mike, le seul du groupe à être demeuré sur place, demande aux autres de le rejoindre. Traumatisés par leur expérience du passé, ils doivent maîtriser leurs peurs les plus enfouies pour anéantir Grippe-Sou une bonne fois pour toutes. Mais il leur faudra d’abord affronter le Clown, devenu plus dangereux que jamais…

Le Club des Ratés Contre Attaque

Ça : Chapitre 2 est loin d’égaler son prédécesseur, mais on peut tout de même lui accorder quelques points forts. Les qualités de cet opus sont d’ailleurs toutes directement héritées du premier film. Chung Chung-hoon, responsable de la photo du Ça de 2017 ainsi que de plusieurs chefs-d’œuvre de Park Chan-wook et d’autres réalisateurs coréens est remplacé par Checco Varese, dont la carrière est bien moins remarquable. Pourtant le film marque par ses excellentes lumières. Le très beau travail sur les zones d’ombres, impénétrables dans des décors pourtant lumineux, se retrouve essentiel à la construction de certains passages horrifiques. On constate aussi des jeux intéressants sur les couleurs, qui se transforment radicalement au sein d’une même scène.

De ce bon travail d’éclairage, couplé à des choix de réalisation parfois intéressants comme de grandioses mouvements de caméra, Ça : Chapitre 2 réussit à tirer de bons moments d’ambiance et d’intensité dramatique.

A la croisée entre ses qualités et ses gros défauts, on trouve le travail des acteurs. Tous sont parfaitement choisis et ressemblent vraiment à des versions adultes des enfants du premier film. Bill Hader prend la suite de Finn Wolfhard dans le rôle de Ritchie et embrasse parfaitement l’excès et le ridicule du rôle, créant les rares moments de bonne comédie du film. Jessica Chastain, dans le rôle de Beverly, livre une performance très honnête et à fleur de peau. Mais le personnage a énormément changé depuis le premier film et semble particulièrement affaibli, créant une nette mais étrange déconnexion avec le précédent film. C’est tout de même James McAvoy qui a la vedette et il l’assume parfaitement, avec nuance et intensité.

Cependant James Ransone, en tant qu’Eddie, jure complètement avec le ton du film, apportant un humour toujours malvenu et désamorçant, avec son jeu comique, la plupart des scènes dramatiques.


Et c’est d’ailleurs le grand nombre de personnages importants qui embarrasse le plus. Le film gère cette surcharge avec deux types de scènes également dysfonctionnelles. Dans un cas, tous les personnages se retrouvent ensemble. Alors chaque acteur et actrice lutte pour avoir la vedette, tout le monde parle en même temps et il est impossible de suivre ne serait-ce qu’un seul cheminement ou conflit que subit un personnage dans tout ce capharnaüm. Dans le second cas, le film utilise des subterfuges grossiers pour isoler les personnages. S’en suivent des successions de scènes incroyablement répétitives car toutes construites sur le même modèle. Chaque héros va arriver dans un lieu familier qui va se transformer et faire face à une apparition effrayante et à un flashback. La répétition de ces scènes sur le même rythme et avec exactement les mêmes procédés horrifiques rend l’acte central terriblement ennuyeux et finalement pas effrayant du tout.

Le clown tueur venu d’ailleurs

Ça : Chapitre 2 a aussi un rapport bien moins efficace que son prédécesseur à l’horreur. Si quelque scènes initiales se fondent vraiment sur l’ambiance et la pure terreur visuelle très efficace, le film a ensuite recours à des jump scares en images de synthèse à l’apparence grotesque dont on ne sait pas toujours si on doit pleurer de peur ou de rire.

Les effets spéciaux ne sont pas tous très réussis, et sont utilisés avec bien moins de parcimonie et de soin que dans le premier chapitre. De plus, la pertinence des sources d’horreur est aussi discutable. Dans le premier opus, les apparitions incarnaient les angoisses diverses de l’enfance et de l’adolescence, se nourrissant du trouble des jeunes héros. Ici, plutôt que de capitaliser sur des peurs plus adultes et des traumatismes sociaux, le film fait revenir beaucoup de monstres du premier film. Il est bien moins pertinent qu’il n’aurait pu l’être, et surtout inutilement redondant.

Mais au delà de ces ratés dans l’horreur, c’est l’humour qui constitue le plus gros échec, faisant retomber l’effet sur énormément de scènes d’ambiance ou de moments dramatiques. Le film n’est jamais vraiment très drôle à cause de la gravité de ses thèmes, ni très effrayant, la faute à la récurrence de ses blagues.

Sa structure en miroir par rapport au premier film le rend excessivement prévisible et lui transplante immanquablement les mêmes défauts du troisième acte, orienté sur l’action et la débauche d’effets spéciaux douteux et narrativement très prévisibles. C’est aussi là qu’apparaît clairement le manque d’enjeu du film.  Les pouvoirs de Penywise semblent à la fois illimités et quasi inexistants, en fonction de ce qui arrange l’histoire. En conséquence, il ne semble plus du tout menaçant et toutes les péripéties paraissent vaines et artificielles. Certains arcs n’ont pas de conclusion et la morale finale est extrêmement discutable.

Ça : Chapitre 2 est un film d’horreur très moyen aux défauts évidents. Bien trop long, il souffre énormément de la comparaison avec le Ça de 2017. Il en garde tout de même quelques qualités ce qui garantit au diptyque une place respectable dans la mémoire collective. A l’exception de quelques longueurs, il offre même quelques moments de drame et d’horreur très respectables. Une conclusion tout de même recommandable aux amateurs de la première partie, ou même du roman dont il semble être très fidèle.

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