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Depuis son rachat par Disney les fans de Star Wars (ou simples spectateurs curieux) en ont fait un véritable rituel : chaque année aux alentours du 15 décembre un mélange d’impatience et de crainte emplit les spectateurs du monde entier. Mais pourtant, depuis son rachat, Star Wars n’a pas de ratés à son actif, bien au contraire. Entre un épisode VII parfaitement taillé pour relancer une nouvelle trilogie et un premier spin off aux allures de grands films de guerres des 70’s la firme aux grandes oreilles a gâté le public, et cela malgré certains défauts évidents. Mais si l’on pardonne aisément son manque de prise de risques à l’épisode VII (comment relancer une saga si culte si un simple sabre laser en croix crée l’émeute au sein de ses « fans » ?) il en est évidemment bien différent de sa suite.

Cet épisode 8, réalisé par Rian Johnson (à qui l’on doit le très bon Looper mais également les excellents épisodes “La Mouche” et “Ozymandias” de Breaking Bad, assurément les meilleurs de la série) a donc la lourde tâche d’ancrer cette trilogie dans un nouvel univers fort. Alors, avec une telle pression sur les épaules, Les Derniers Jedi est-il vraiment à la hauteur de nos espérances ?

Scénaristiquement surprenant

Après un épisode 7 fondateur d’une nouvelle trilogie, instaurant de nouvelles bases, introduisant nouveaux personnages, créatures et contexte géopolitique Les derniers Jedi se devait d’emmener la saga sur un terrain plus glissant au risque de s’effondrer en chemin, ce n’est pas le cas. En effet Rian Johnson réalise un véritable tour de force  : accouchant d’un des Star Wars les plus aboutis en terme d’écriture.

Bien plus qu’une simple suite formelle d’un épisode VII certes réussi mais dans l’ensemble plutôt creux, ce 8ème opus prend le contre pied total du Réveil de la force pour proposer une réflexion poétique et symbolique sur le rapport à la force, sur le passé, le futur et la filiation. Jamais l’univers de Star Wars n’aura été si humain, relayant le spectaculaire au second rang de l’intrigue : chaque femme, chaque homme compte. Les rebelles ne sont plus réduits à de la simple chair à canon sacrifiables et sacrifiés, les héros ne sont plus des têtes brûlées aux décisions sans conséquences. Cet épisode, à l’instar de Rogue One l’année dernière, ancre encore un peu plus l’univers dans la réalité cruelle de la guerre.

Mais cet opus n’est pas seulement profondément humain, Rian Johnson nous livre ici un film marqué par la guerre, qui renverse totalement la notion de manichéisme dans l’univers Star Wars. La frontière entre les « méchants » et les « gentils » est elle si marquée que l’on pourrait l’imaginer ? Comment cette guerre est-elle véritablement financée et qui en tire profit ? Des questions intrinsèquement lié à cet univers si riche qu’est Star Wars mais qui n’ont jamais été abordés, ou en tout cas si profondément, par un réalisateur.

Les Derniers Jedi effectue une relecture complète du concept même de « héros » et une critique acerbe de l’héroïsme qui ne rime pas pour rien avec « égoïsme ». C’est un film excessivement sévère avec ses personnages, les confrontant systématiquement à l’échec et aux graves conséquences de leurs actes. Il s’agit dans un premier temps de faire remonter la tension : si les héros peuvent échouer à nouveau, on doute de chacune de leurs actions (et depuis Rogue One on croit à l’éventualité de leur décès). Cette démarche fixe un autre thème du film : c’est un film d’apprentissage. Et d’apprentissage par l’échec qui, c’est la morale du film, est le meilleur des maîtres.


Se recentrant sur l’humain, contestant la notion de héros, mais aussi d’élu héréditaire et montrant l’artificialité des légendes, surtout à l’épreuve du temps, le scénario de Star Wars VIII apparaît incroyablement déroutant mais immensément jouissif. Il tourne bien des pages et corrige toutes les errances du Réveil de la Force. Pour  autant il demeure plusieurs égarements scénaristiques comme le personnage de Rey qui est plutôt une absence de personnage tant elle est dépourvue de traits de caractères forts (même si le film commence à remplir ce vide). Cependant les autres héros sont très attachants et malgré quelques lignes  de dialogues maladroites et naïves  (peut être un hommage à l’écriture de Georges Lucas), Les Derniers Jedi ne manque jamais une occasion d’être touchant, d’être surprenant, d’être politique ou de faire rêver.

Visuellement terrassant

Rian Johnson semble rendre un hommage appuyé au vieux cinéma japonais, qui est la première inspiration de la saga (le premier film étant un remake dissimulé de La Forteresse Cachée d’Akira Kurosawa). Les costumes, la mise en scène mais surtout les combats au sabre laser ont des airs de films de Samouraïs. Ce qui fait de ces affrontements des scènes fortes et magnifiques grâce à la technique empruntée à cet ancien genre : des combats rapides, extrêmement brutaux, ultra chorégraphiés, composés de plans assez longs et larges (ce qui demande une grosse implication des acteurs ou des cascadeurs) mais surtout un sentiment permanent de danger avec les personnages principaux toujours en position de faiblesse (encerclés par plusieurs ennemis ou par un ennemi clairement plus puissant) dans un cadre hostile bourré de pyrotechnie.

Contrairement à J.J. Abrams, qui n’avait peut être pas une aussi grande liberté sur le projet, Rian Johnson prend de vrais risques de réalisations, des partis pris qui déplairont à certains mais offrent une véritable substance au film. Les derniers Jedi est marqué par des scènes clés, fortes, qui lui donnent une personnalité propre et reconnaissable. Certains choix sont regrettables, certaines blagues ne passent tout simplement pas mais Johnson a une véritable vision qu’il défend de tout son cœur, et c’est ce que nous, spectateurs, sommes en droit d’attendre d’un bon film.

Le film jouit enfin du soutien de John Williams, plus fort que jamais avec cette énième OST symphonique. Il reprend notamment plus de ses anciens thèmes que dans Star Wars VII mais en les amplifiant encore plus, s’appuyant pleinement sur des cuivres guerriers. C’est un retour au sommet pour le compositeur de 85 ans qui appuie plus fort que jamais les instants épiques et et les séquences plus mystérieuses. Du Space Opera dans toute sa splendeur !

Il est certains que ce Star Wars : Les Derniers Jedi divisera, de par son traitement des personnages, son scénario fort, et sa relecture totale de la mythologie de la saga la plus culte du cinéma. Mais alors qu’on reproche son manque de cran au Réveil de la force on ne peut qu’être conquis par l’humanité et le cœur mis dans ce huitième volet. Malgré certaines maladresses et lourdeurs, le spectaculaire et l’émotion prennent le dessus et le voyage n’en est que plus dépaysant.

Rian Johnson nous livre un film profondément humain, audacieux et bien écrit, visuellement terrassant et finalement, ce qui compte le plus, sincère.

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