CET ARTICLE EST GARANTI 100% SANS SPOILER

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epuis bien longtemps, on reconnait la quasi-exclusivité de la production de films d’action à grand spectacle aux Etats-Unis, avec notamment l’appellation « Blockbuster », caractéristique de la production Hollywoodienne. Pourtant, si c’est une dominance, ce n’est clairement pas une hégémonie absolue dans le monde du cinéma.

On assiste depuis plusieurs années maintenant à une multiplication des blockbusters chinois. On pense aux grandes fresques historiques et excentriques de Zhang Yimou (dont la dernière occurrence nous avait, malheureusement, déçus), au diptyque Journey to the West, aux Wolf Warrior ou à la saga dont il va être question aujourd’hui : Detective Dee; une trilogie de films réalisés par Tsui Hark et dont le troisième opus sort en France le 8 août 2018. Penchons nous donc sur ce spectacle oriental qui est également un gros pari pour les producteurs français (The Jokers) qui ont tout fait pour le sortir en simultané avec son pays d’origine…

Une vague de crimes perpétrée par des guerriers masqués terrifie l’Empire de la dynastie des Tang. Alors que l’impératrice Wu est placée sous protection, le Detective Dee part sur les traces de ces mystérieux criminels. Sur le point de découvrir une conspiration sans précédent, Dee et ses compagnons vont se retrouver au cœur d’un conflit mortel où magie et complots s’allient pour faire tomber l’Empire…

Tout le bien que je peux faire

Troisième opus de la trilogie, La Légende des Rois Célestes se situe chronologiquement juste avant le premier film, mais après le second. S’il est plus agréable à voir au sein de la série, il peut se suivre comme première expérience sans trop de difficulté. Detective Dee est une saga qui trouve ses racines dans un contexte et des personnages historiques, en prenant tout de même une distance gigantesque avec la probable réalité des faits. Mais le film en demeure très fortement empreint de culture chinoise, ce qui fait pour beaucoup dans son charme.

Visuellement, Detective Dee : La Légende des Rois Célestes est exceptionnel. Si les précédents volets s’étaient faits remarquer par leurs scénarios bien ficelés et leur réalisation exemplaire, ils peinaient parfois à retranscrire leurs ambitions à l’écran, faute d’effets spéciaux convaincants. Ici, clairement, ce problème ne se pose pas. Les effets spéciaux sont absolument à la pointe, qu’il s’agisse de représenter de gigantesques créatures, des foules de soldats ou les transformations qui sont au cœur de l’intrigue : on y croit. Et tout cela est relevé par une 3D excellente, encore une fois contrairement aux précédents opus.


Ces effets spéciaux sont mis au service d’un travail visuel indéniable. La réalisation de Tsui Hark, icone de la Nouvelle Vague Hongkongaise, est efficace, mais moins extravagante qu’elle l’a été. Il privilégie clairement la fluidité et le rythme aux effets de style appuyés. Cependant, le film est élevé visuellement par une formidable direction artistique. Les décors sont grandioses, que ce soit les somptueux palais ou les villages foisonnant de figurants et de détails. Tous sont fortement marqués culturellement et ont une forte personnalité. Et il en va de même pour les costumes (richissimes), les créatures fantastiques (qui renvoient plus ou moins directement au folklore) et les personnages, notamment les antagonistes, hauts en couleurs. Detective Dee offre un univers foisonnant et surprenant.

Si je ne le fais pas, qui le fera

Tsui Hark sait parfaitement tisser un mystère épais autour de scènes étranges, iconiser des personnages avec un sens certain du grandiose ou représenter la richesse impériale avec luxe et distinction. Il excelle, évidement aussi dans l’action, toujours fluide et démesurée avec des cascades incroyables, débauche de pouvoirs magiques et de créatures surnaturelles. Détective Dee 3 est un grand film épique ponctué de combats aux chorégraphies vertigineuses et excentriques, de courses poursuites haletantes, de monstres et de mystère.

Et ce foisonnement se retrouve complètement dans le scénario du film. Trahisons, vols, meurtres, machinations, sorcellerie, vengeance, complot, romance et même comédie se succèdent et s’entremêlent dans un film haletant de plus de 2h15 qui semble ne pas connaitre de limites. Malgré sa longueur, le film ne s’arrête jamais, construisant toujours plus de mystères à élucider et de trahisons à déjouer pour mener à un final dantesque. Le film ne se pose jamais, il n’y a pas de perte de rythme, pas une longueur. Il exploite pleinement le personnage principal, Dee Renjhi, interprété pour la deuxième fois par Mark Chao, parfaitement à l’aise dans ce personnage au grand cœur, brillant et talentueux, à l’humour grinçant et aux multiples tours dans son sac. Les personnages secondaires tiennent également la route, notamment celui du Yuchi Zhenjin (interprété par Feng Shaofeng) qui se construit en miroir de Dee et a l’arc le plus complexe.

On regrette tout de même des faiblesses certaines d’écriture comme une romance expédiée, la relation entre Dee et l’Impératrice qu’on aurait voulu plus étoffée, quelques « surprises » bien trop prévisibles mais surtout un propos trop absent. Malheureusement victime du mode de production chinois, le film prend des distances colossales avec son messages politique, reléguant l’adresse la plus directe à une scène post-générique, malgré plusieurs opportunités ratées au long du métrage. Et on n’obtient au final comme seul fond qu’un faible mantra de motivation et un discours spirituel timide et assez mal amené. L’hyperactivité du film, certains partis pris visuels qui sembleront définitivement absurdes et aberrants à certains, ainsi que le jeu d’acteur typiquement chinois risquent également de mécontenter une partie des spectateurs mais la faute n’incombe pas tant au film en soit qu’à la faible pénétration du cinéma d’action chinois en Europe.

Detective Dee 3 : La Légende des Rois Célestes est un divertissement illimité, grandiose, riche et survolté qui se regarde avec une jouissance démesurée pour qui est habitué ou réceptif à ce genre de spectacle. C’est un film foisonnant, créé avec soin, à la pointe technologiquement et qui montre le paroxysme d’un savoir-faire cinématographique Sino-Hongkongais. Ne boudez pas votre plaisir et profitez-en, d’ailleurs pour découvrir toute le saga Detective Dee et le reste de l’oeuvre du génial Tsui Hark.