CET ARTICLE EST GARANTI 100% SANS SPOILER

Malgré trois décennies d’une relation des plus houleuses, Tim Burton revient avec une production Disney Dumbo, remake du célèbre film d’animation de 1941. Après Alice au Pays des Merveilles en 2010, le cinéaste américain porte à nouveau la modernisation d’une oeuvre culte du studio californien.

Une alliance de deux facettes du merveilleux (du mélancolique pour Burton au féerique pour Disney) qui avait divisé la critique à l’époque. Pourtant, le réalisateur y croit, assurant dans Le Monde vouloir revenir “aux émotions que [lui] donnaient les films Disney, la mélancolie, le sens du tragique. Ce sont des fables.(…)” Un souhait tout ce qu’il y a de plus passionné, et après l’adaptation réussie de Miss Peregrine et les Enfants particuliers en 2016, un projet des plus intéressants, donc.

Les enfants de Holt Farrier, ex-artiste de cirque chargé de s’occuper d’un éléphanteau dont les oreilles démesurées sont la risée du public, découvrent que ce dernier sait voler…

Au commencement il était un chapiteau

Un synopsis très court pour un film d’animation déjà culte qui, malgré son statut de classique, était tout à fait légitime à prétendre à une une version modernisée. Et pourquoi pas, en prise de vue réelle.

Mais dans le choix visuel comme dans le fond, Dumbo utilise au mieux les fondations de son aïeul pour s’en écarter rapidement. Un choix toujours difficile dans un remake mais qui porte ses fruits. Le petit éléphant volant demeure au centre de l’intrigue, mais n’est plus le protagoniste principal. C’est la famille Farrier qui le recueille dans le cirque dans lequel le père est employé (Collin Farrel). Ce dernier revient marqué par la perte de son bras à la suite de la première guerre mondiale. Mais il demeure déterminé à retrouver la gloire d’autrefois auprès de ses enfants dont il a désormais seul la charge, après le décès de sa femme. Une famille à recomposer, un héros qui doit s’affirmer et une créature fantasque conspuée : des thèmes communs à Disney et Burton mais qui reprennent également l’essence du premier film. Le fond sans la forme, voilà ce qui est solide dans ce Dumbo 2019.

Et la forme, parlons-en : à la frontière entre le fascinant et l’inquiétant, typique du style du cinéaste américain. Grandiose, la mise en scène et les costumes font parfaitement honneur à une photographie contrastée mais sans abus grossier. On n’en attendait pas moins du réalisateur de Charlie et la chocolaterie. Dont d’ailleurs le parc de l’antagoniste; Vandemer (Michael Keaton) semble faire un bref écho par son excentricité gargantuesque.

Grandes oreilles, petites ambitions

Pourtant, cette version live reste dans les clous. Pour ainsi dire, elle reste sympathique sans dépasser son postulat. Rien de très surprenant, un récit assez fonctionnaliste suivant une ligne définie dès la fin de l’exposition et qui ne s’éloigne pas vraiment de ce qu’on attend sans rêver. Faisant de Dumbo un mauvais film ? Pas si vite.


Si l’intrigue est simple et perd de la superbe spécifiquement en comparaison de ce qu’a pu faire le réalisateur de son côté, l’oeuvre n’est pas moins incarnée. Le fait de placer les humains au cœur de l’intrigue est un choix qui prend tout son sens dans la narration, alors que la reconstruction est traitée avec pudeur et justesse. Que ce soit par le mélange des techniques, des mécaniques et du numérique, des couleurs, la créativité du réalisateur trouve toute sa place pour s’exprimer, en animant la vie d’un cirque qui lui aussi, revendique une indépendance face à la fin de l’ère du petit divertissement. Toute ressemblance avec des faits réels ne saurait être avérée…

Par ailleurs, il faudrait être aveugle pour ne pas voir la critique acerbe faite à l’entertainment à grande échelle, la position de quasi monopole dont fait l’objet la firme aux grandes oreilles aujourd’hui. Justement : puisque trop évidente, pas assez profonde la critique ne passe pas toujours et semble forcée. Il s’en dégage un parfum de « social washing », sorte d’autodérision forcée de la firme qui ne remet pas vraiment en cause son fonctionnement insatiable en proposant une opposition manichéenne qui ne fera pas plus réfléchir que ça son public. Une maladresse regrettable au milieu d’un message louable et d’autres thématiques traitées avec plus de tact.

Ce remake de Dumbo conserve la magie de la première version en y insufflant une excentricité visuelle et une modernisation scénaristique bienvenue. Burton n’a rien à prouver et même ses détracteurs devraient apprécier la tendresse qui se dégage du long-métrage. Le casting, s’il n’est pas exceptionnel par sa prestation n’est pas un frein face à des visuels vivants et référencés. Un travail d’ensemble très appréciable, malgré un manque de risque dû à la présence du studio qui se ressent.

NOS NOTES ...
Réalisation
Visuels
Bande Originale
Scénario
Acteurs
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Etudiante perdue dans le nord, je vais au cinéma entre deux batailles contre les White Walkers. Toujours là où on ne m'attend pas, j'ai rejoint Erreur 42 par esprit de contradiction. Vi veri veniversum vivus vici.