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Un écran noir. Puis le chaos, un bruit assourdissant, la lumière, le vertige, la panique dans un cockpit de ferraille. Le point de non retour. Puis le calme. Et la chute à l’issue incertaine. Dès les premiers instants de First Man, Damien Chazelle nous embarque avec fébrilité dans une scène introductive à la fois brillante d’immersion et terrifiante de réalisme. Quatrième film faisant suite à La La Land et Whiplash, le récit de la conquête spatiale américaine du plus jeune réalisateur oscarisé était de ce fait attendu avec impatience mais aussi exigence, d’autant plus qu’il était produit par Steven Spielberg.

Pilote jugé « un peu distrait » par ses supérieurs en 1961, Neil Armstrong sera, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la Lune. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile, assumant courageusement tous les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Meurtri par des épreuves personnelles qui laissent des traces indélébiles, Armstrong tente d’être un mari aimant auprès d’une femme qui l’avait épousé en espérant une vie normale.

Décrocher la Lune

First Man est avant-tout l’histoire d’un homme brisé par la vie qui va réussir à tout surmonter pour parvenir à son objectif, quitte à souffrir un peu plus. Et si on sait tous qu’il y parvient, c’est au prix de nombreux sacrifices et de difficultés. Récit de résilience complexe, First Man met en parallèle un deuil impossible et la volonté d’atteindre la lune dans une certaine métaphore qui hante l’ensemble des deux heures. Le film s’articule à travers la mort, l’échec, l’isolement, la peur. Des thématiques qui le rapproche plus du drame personnel que du film historique classique. Mais c’est paradoxalement ce qui renforce son réalisme. Pour raconter au mieux l’exploit, sa virtuosité, il fallait prendre une échelle humaine.

Et au centre de ce défi, la figure d’Armstrong interprétée par Ryan Gosling – dont le jeu monocorde ne lui sera pas reproché cette fois-ci – s’efface, intrigue. Il semble lui-même dépassé par ce qui est en train de se produire, tout simplement car s’il doit accomplir une tâche sans précédent, il considère qu’il s’agit surtout d’une question de travail, de préparation. Au détour d’une conférence de presse il dira tout simplement « On compte réussir le vol. » Un raisonnement à froid à l’image de sa personnalité, qui peut créer une distance avec le spectateur par manque d’attachement. Ou au contraire, permettre une immersion totale puisque sa personnalité ne prend pas de place contrairement a la figure ultra majoritaire des biopics. Choix audacieux qui laisse place à la subjectivité.

© Universal Pictures

Montrer l’impossible

Modèle de réalisation intelligente, First Man sait comment porter son propos. L’intimisme, si présent dans la majorité du long-métrage est tranché par des une réalisation qui sait avoir le sens du grandiose dans certaines scènes-clés tout en restant au plus près des personnages. La réussite visuelle passe aussi par la volonté d’utiliser le plus possible des effets mécaniques plutôt que spéciaux dans le film. Un travail technique porté par Nathan Crowley chef décorateur d’Interstellar mis en valeur par la photographie de Linus Sangren qui lui avait déjà collaboré avec Chazelle sur La La Land et remporté un oscar à cette occasion. La proximité avec La La Land et la passion du jazz du réalisateur ne s’arrête pas là puisque quelques petites références scéniques se glissent çà et là, tandis que la musique est une nouvelle fois composée par Justin Hurwitz dont le style, assez reconnaissable, convient parfaitement à l’angle émouvant choisi. Mais outre la mise en place d’une atmosphère particulière, ces différentes facettes vont permettre de mettre en exergue le succès final. Dont la séquence, elle aussi, sera à la hauteur de l’événement.

Le nouveau récit de Damien Chazelle est dans la digne lignée de la filmographie de son réalisateur et sait même surprendre. Un ton dramatique mais poétique se dégage, malgré une première impression de froideur, accentué par sa thématique de la nécessité de l’échec pour réussir, autre hypothèse centrale du long-métrage. Et c’est peut-être justement, dans les sentiments transmis aux spectateurs, l’un des films les plus juste dans cette catégorie. Probablement pas le plus proche historiquement, pas le plus exhaustif. Mais dans ce qu’il transmet, l’un des plus vrais.


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Etudiante perdue dans le nord, je vais au cinéma entre deux batailles contre les White Walkers. Toujours là où on ne m'attend pas, j'ai rejoint Erreur 42 par esprit de contradiction. Vi veri veniversum vivus vici.