Redonner sa place au film d’animation adulte auprès du grand public : vaste programme qu’entreprend Jérémy Clapin avec J’ai perdu mon corps. Un mois, à peine, après avoir gagné le Grand Prix Nespresso à la Semaine de la Critique à Canne, le premier long-métrage du réalisateur parisien se voit sacrer du duo Prix du public et Cristal du long-métrage au festival d’Annecy.

Une consécration pour un film qui a mis une décennie à se faire et un projet en lequel personne ne croyait, de par ses partis pris et ses ambitions fortes pour le milieu de l’animation. Il bénéficiera d’une distribution internationale assurée par Netflix mais aura également la chance de sortir en France en novembre.

A Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire…

Les bras m’en tombent

Avec J’ai perdu mon corps, Jérémy Clapin signe son tout premier long-métrage en tant que réalisateur, mais le monde de l’animation ne lui est pas inconnu. A sa sortie de l’École nationale supérieure des arts décoratifs, il réalise de nombreux courts-métrages dont Skhizein (visionnable gratuitement ici) qui lui a valu une nomination aux Césars et un succès critique et public important. Une oeuvre qui transpira déjà de son amour pour l’animation aux thématiques torturées. Une animation qu’il utilise pour transmettre des messages et des émotions complexes, à la portée métaphorique mais aussi ancrée dans la réalité des relations humaines.

Une expérience qui prend tout son sens dans J’ai perdu mon corps, adapté du roman Happy hand de Guillaume Laurant qui est lui même co-scénariste sur le film. Avec  sa véritable oeuvre symbolique et plastique, Jérémy Clapin aborde la quête de soi, ce sentiment d’invisibilité dans une société qui a comme premier reflex le rejet plutôt que l’écoute. En accordant plus de place au « segment de la main » il cristallise cette quête qui résonne avec l’histoire de Naoufel.

A l’aide d’une scène à la construction simple – un livreur de pizza, un interphone et une mystérieuse voix féminine au bout du fil – va naître une singulière romance, attachante et troublante. Nous poussant même à remettre en question son personnage principal. Une thématique maintes et maintes fois abordée au cinéma mais rarement avec une telle sincérité. Car si l’on parle beaucoup du film pour sa singularité, c’est avant tout son écriture complexe qui fait mouche et touche en plein cœur…

En utilisant le concept de la main coupée à la recherche de son propriétaire, Jérémy Clapin ne pouvait nous offrir une oeuvre plus riche et marquante que J’ai perdu mon corps. Véritable film métaphorique à la portée universelle, il est est avant tout touchant quand il aborde les émotions les plus complexes avec une étonnante sincérité. Accompagné d’une bande-originale enivrante aux sonorités électroniques, le film se pare d’une animation et de cadres léchés rendant l’oeuvre aussi belle que profonde.


Sincère et magistral dans son exécution : J’ai perdu mon corps réussi avec brio son coup de poker et prouve une nouvelle fois que la créativité cinématographique se trouve du côté de l’animation.

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