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Depuis la fin des années 90, la saga  Jurassic Park reste une oeuvre énigmatique dans le monde du cinéma. En effet, en 1993, un certain Steven Spielberg inaugurait son célèbre parc d’attraction composé essentiellement de dinosaures en animatronique, ravis de nous accueillir toutes griffes dehors et la gueule grande ouverte. 25 ans plus tard, le mythe n’a pas pris une ride et a finalement été reconnu comme un symbole de la pop-culture.

Ce qui est en train de devenir une habitude dans l’industrie cinématographique, à savoir la reprise contemporaine de grands piliers de la pop culture , s’est vu encore renforcé par le retour de la saga Jurassic Park, plus de 20 ans après sa première occurrence, avec Jurassic World du californien Colin Trevorrow, puis avec le second épisode, Jurassic World : Fallen Kingdom, cette-fois dirigé par Juan Antonio Bayona. Mais l’accueil mitigé du premier volet avait soulevé une problématique importante : comment réussir à préserver l’émerveillement dans les yeux du spectateur après quatre films reposant sur la même ligne directrice ? C’est donc avec audace que Bayona (notamment reconnu pour l’Orphelinat en 2008 et Quelques minutes après minuit en 2016) déterre à nouveau nos amis du Jurassique pour sauver ces derniers d’une nouvelle extinction qui pourrait, cette fois-ci, être irrévocable.

Cela fait maintenant trois ans que les dinosaures se sont échappés de leurs enclos et ont détruit le parc à thème et complexe de luxe Jurassic World. Isla Nublar a été abandonnée par les humains alors que les dinosaures survivants sont livrés à eux-mêmes dans la jungle. Lorsque le volcan inactif de l’île commence à rugir, Owen et Claire s’organisent pour sauver les dinosaures restants de l’extinction.  Owen se fait un devoir de retrouver Blue, son principal raptor qui a disparu dans la nature, alors que Claire, qui a maintenant un véritable respect pour ces créatures, s’en fait une mission. Arrivant sur l’île instable alors que la lave commence à pleuvoir, leur expédition découvre une conspiration qui pourrait ramener toute notre planète à un ordre périlleux jamais vu depuis la préhistoire.

Le syndrome du « cache en l’air »

Il y a quelques années, le cinéaste Claude Lelouch nous indiquait que « le seul diplôme qu’exige le cinéma est l’amour de la vie et le courage de prendre des risques ». Cette idéologie s’avère d’autant plus véridique lorsqu’il s’agit de parler de la saga Jurassic Park. C’est pourquoi, suite au visionnage  de Jurassic World : Fallen Kingdom, la problématique évoquée précédemment s’est tout de suite vue confirmée : les scénaristes, Derek Connolly et Colin Trevorrow, ont pris la décision de surfer sur la vague des précédents opus plutôt que de développer leur propre mythologie. Mais, même si de nombreuses références à la saga d’origine sont toujours aussi plaisantes à découvrir, il est clair que l’effet  « Whaou ! » est, d’un point de vue scénaristique, définitivement épuisé.

Il est regrettable de voir à quel point la sécurité est préférée à la qualité, comme si la créativité et l’originalité étaient assignées à résidence dans le « cache en l’air » d’Eddie Carr (voir le Monde Perdu : Jurassic Park), pour éviter un échec commercial. Le deuxième film de cette nouvelle saga repose donc sur les mêmes bases que le second film de Spielberg mais également sur le premier Jurassic World, sans apporter de grandes innovations, nous permettant ainsi de deviner la suite des événements avec une facilité déconcertante. De plus, quelques facilités scénaristiques sont à noter, soulignant ainsi la faiblesse de création dans l’écriture. Enfin, malgré de bonnes intentions, le nouveau duo Justice Smith (Franklin Webb) et Daniella Pineda (Ken Wheatley) reste beaucoup trop inexploité, ne donnant ainsi que trop peu d’intérêt à leur personnage, à part peut-être pour rajouter une possible touche d’humour. Néanmoins, ce Jurassic World : Fallen Kingdom arrive à surpasser son prédécesseur en nous proposant une réalisation surprenante et finalement jouissive à souhait.

Dépenser sans compter

La grande majorité des réalisateurs du XXIème siècle ont eu la chance de découvrir leur future profession par le biais de pépites cinématographiques nées du regard de réalisateurs de légende. Dans le cas de Juan Antonio Bayona, il est évident que celui-ci a une admiration très prononcée pour le cinéma de Steven Spielberg. En effet, cette patte artistique se retrouve fortement dans son cinéma; patte qu’il met évidemment en action dans Jurassic World : Fallen Kingdom. Bayona nous livre des séquences émotionnelles parfaitement exécutées, notamment dans la seconde partie du long-métrage. Que ce soit en s’amusant avec les jeux de lumière pour faire apparaître l’ombre d’un dinosaure sur le mur d’une chambre d’enfant, ou bien en  proposant une scène d’introduction déjà culte, le réalisateur espagnol fait passer son film d’un simple blockbuster à un récit marquant rempli de scènes à couper le souffle.

Le point fort de ce second volet est donc bien son côté horrifique, ce dernier étant principalement renforcé par les nombreuses séquences dans le manoir. Bayona porte son long-métrage grâce à sa finesse technique en faisant ressortir des peurs qu’on ne pensait plus avoir en voyant un « simple dinosaure ». Enfin, comparé à son prédécesseur, ce second volet diffuse un véritable propos de fond sur la protection animalière et sur l’usage de la génétique, proposant ainsi un des épisodes les plus émouvants de la saga.


Bercé par l’ingénieuse mélodie de Michael Giacchino, Jurassic World : Fallen Kingdom est donc un très bon divertissement sur lequel Bayona nous montre l’étendue de ses talents de réalisateur. Néanmoins, un essoufflement au niveau de la créativité scénaristique vient malheureusement gâcher la qualité d’un film qui reste cependant un des plus réussis de la saga Jurassic Park.