Célèbre illustrateur de bandes-dessinées italien, Lorenzo Mattotti revient une deuxième fois présenter un long-métrage en compétition officielle à Annecy après Peur(s) du noir en 2008. Avec La fameuse invasion des ours en Sicile, il s’attaque à un classique de la littérature pour enfant transalpine. Une adapation également présentée à Cannes dans la sélection Un certain regard. De quoi s’intéresser de plus près à cette production aux grandes apsirations.

Tout commence en Sicile, le jour où Tonio, le fils de Léonce, roi des ours, est enlevé par des chasseurs… Profitant de la rigueur d’un hiver qui menace son peuple de famine, le roi Léonce décide de partir à la recherche de Tonio et d’envahir la plaine où habitent les hommes. Avec l’aide de son armée et d’un magicien, il finit par retrouver Tonio et prend la tête du pays. Mais il comprendra vite que le peuple des ours n’est peut-être pas fait pour vivre au pays des hommes…

Des montagnes exagéréments pentues, des personnages hauts en couleurs que ce soit dans le dessin ou dans leur caractère. Il n’y a pas de doute, La fameuse invasion des ours en Sicile sait planter un décor propice à l’émerveillement. Si le style de l’animation s’essaie à la 3D, elle reste suprenamment proche de l’illustration papier, dans ses formes douces et efficaces. Accompagnée d’une mise en scène rythmée et burlesque, elle montre tout le talent d’auteur de Mattotti pour l’image et ce qu’elle doit signifier en un coup d’oeil.

Si les visuels restent pour l’essentiel séduisants, créant un monde singulier ; et bien que le doublage demeure de grande qualité – avec notamment au casting de la VF l’actrice Leila Bekhti ou l’écrivain Jean-Claude Carrière – le fond comporte ses déséquilibres. L’axe narratif remplissant les codes de construction traditionnelle forme un conte moderne, amusant et lyrique qui n’oublie pas l’aventure dans sa première partie. Soit quelque chose de vu certes, mais qui rappelons-le est destiné à créer des héros accessibles aux plus jeunes sans bâcler les enjeux de son histoire. Cette partie-ci, qui ne fait en outre que la moitié du long-métrage, est l’adaptation « pure » de l’oeuvre de Dino Buzzati. Dans le sens où le scénario suit son modèle à la lettre. Ce qui aurait pu constituer l’ensemble du long-métrage lorsque l’on découvre malheureusement la seconde partie.

En effet, le propos de ce qui a été ajouté, proposant une relecture du conte est étrangement plus discutable. Alors que rappelons-le, le film date de 2019 et le roman de 1945. Ici, se voulant sempiternelle fable sur la difficile cohésion culture / nature  avec la cohabitation humains / ours entre-autres, la conclusion apportée interroge. Tendant au repli sur soi plutôt qu’à la cohésion sociale malgré les différences, à la morale religieuse plus qu’à la philosophie, le problème est de savoir s’il s’agit d’une maladresse ou d’une volonté scénaristique. Dans les deux cas, demeure un goût d’amertume déplaisant après visionnage.

Si La fameuse invasion des ours en Sicile s’est vue ouvrir les portes des plus grands festivals, c’est une oeuvre inégale qui au final, insatisfait. Le travail visuel d’exception  par un auteur aguerri est contrasté par des innovations scénaristiques, qui brisent le propos du livre. Et dérangent, même. Et dans un film adressé aux plus jeunes, c’est d’autant plus désagréable. 


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