Bong Joon-ho est un nom qui circule parmi les cinéphiles depuis plusieurs années. Il est l’un des réalisateurs les plus renommés de la nouvelle vague coréenne du début des années 2000. Il s’est fait remarquer avec ses films forts, mêlant cinéma politique corrosif et cinéma de genre divertissant. Ayant révolutionné le cinéma coréen avec son chef d’oeuvre Memories of Murder, conçu l’un des films les plus populaires avec The Host, percé dans le blockbuster hollywoodien avec Snowpiercer et créé la polémique avec OkjaBong Joon-ho n’avait clairement plus rien à prouver. Et comptait déjà parmi les plus grands réalisateurs du XXIème siècle.

Pourtant, l’enfant prodige nous a montré qu’on pouvait toujours atteindre de nouveaux sommets en remportant la Palme d’Or avec Parasite.

Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne…

Un film de guerre… des classes

Parasite, s’il n’est pas la meilleure oeuvre de son auteur, est un film exceptionnel, riche et parfaitement maîtrisé. Comme toujours, Bong Joon-ho fait du cinéma politique, tout en jouant avec le genre et en incluant son message dans une intrigue complexe et riche en rebondissements. Ce que Parasite met en scène, c’est le rapport entre les classes, une distinction claire entre les pauvres et les riches. Ainsi que leur impossible rencontre hors du cadre de l’entreprise. Enfin, comme le titre l’indique, il questionne la dépendance entre celles-ci mais également le mépris et la cohabitation au sein du foyer. Parasite n’a pas vraiment de thèse définitive sur la question. Le film dresse un portrait satirique de la société contemporaine pour choquer et susciter le débat par ses nombreux symboles et sa multitude de points de vue. Sur cette question, c’est une grande réussite.

Bong Joon-ho, par certains aspects, est un réalisateur presque expressionniste, véhiculant énormément de sens et de caractérisation des personnages par les décors et les cadres. Dans les décors, il y a un contraste entre l’entresol de la famille pauvre et la maison toute en lignes et en hauteurs des plus riches. Il joue habilement des lignes de fuite pour écraser ou diluer les personnages dans le cadre, créant un sentiment d’immensité ou d’enfermement. Le cinéaste se repose toujours, pour déployer des scènes dans des espaces clairement introduits, sur de larges plans fixes où les personnages circulent entre les différentes parties du décor, entrent et sortent, comme au théâtre. D’autres moments sont caractérisés par une caméra très mobile, mais toujours fluide. Dévoilant une chorégraphie minutieuse mais toujours naturelle, et la multiplication des intrigues.

Parasiter l’image

Ce qui ressort des visuels de Parasite, donc, c’est une incroyable habileté et une certaine élégance. La photographie est extrêmement léchée, la réalisation minutieuse, le montage rythmé sans être lourd et certains plans sont déjà iconiques par leur décalage ou leur puissance. Bong Joon-ho s’installe encore une fois en perfectionniste. Virtuose du choix de cadre, il sait créer un chaos maîtrisé par des chorégraphies millimétrées et des décors fantasques.


Tout ce travail minutieux est mis au service d’une histoire dont on ne dévoilera rien mais dans laquelle les retournements, les jeux de dupe et les catastrophes se multiplient à un rythme incroyablement soutenu. Cette intrigue est portée par des personnages forts en caractère, incarnés par un casting de luxe avec, par exemple, le vétéran Song Kang-ho en éternel raté pourtant plein d’assurance, Lee Sun-kyun inquiétant de froideur et l’épatante Jung Ziso à la performance bipolaire surprenante.

Enfin, Parasite, à la croisée des genres, impressionne par son habileté à manier, parfois en même temps, le drame et la comédie. Comme dans le reste de son oeuvre, Bong Joon-ho forge un humour d’arrière-plan, mais surtout du comique de corps et de situation parfois vaudevillesque. Ses personnages sérieux se retrouvent dans des situations absurdes et les résolvent de la manière la plus abracadabrantesque possible. Ce qui ne manque jamais de faire rire sans retirer du suspens ou de l’intensité au propos. Car enfin, c’est cette comédie latente qui, quand elle disparaît, renforce la violence et l’intensité des moments de drame ou de crise qui sauront immanquablement choquer ou toucher.

Si ce n’est pas le meilleur film de Bong Joon-ho, Parasite est en quelque sorte la synthèse de sa carrière. Tous ses éléments de style sont présents, de même que ses acteurs fétiches, ses thèmes récurrents et ses méthodes de comédie. Avec son style assez occidentalisé, son intrigue fourmillante et son rythme soutenu, le film est sans doute une excellente porte d’entrée dans le cinéma de Bong Joon-ho et dans le cinéma coréen contemporain. La Palme d’Or n’est pas volée, récompensant un film construit avec attention, richesse et intelligence, à la croisée des influences, ne décevant sur aucun point et livrant un message fort et complexe. Espérons que le coup de projecteur sur le cinéma coréen permettra des belles découvertes au grand public et la prolifération de productions toujours aussi libres et violentes, plutôt que l’assimilation des ses auteurs dans le système hollywoodien. Des espoirs, certes, ambitieux. 

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Sur Erreur 42 depuis la nuit des temps ! Éditeur et rédacteur, globalement un loser, auteur de nuit, movie eater. Et comme le disait Salvador Allende : "Netflix and Chile libre !"

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