CET ARTICLE EST GARANTI 100% SANS SPOILER

Steven Spielberg n’a jamais disparu des écrans, bien au contraire, avec des films comme Pentagon Papers il montrait une nouvelle fois son impressionnante maîtrise des drames historiques. Mais si Ready Player One suscite tant d’intérêt et d’attentes c’est avant tout car il signe son grand retour aux films d’aventures depuis Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne en 2011 mais surtout à la science fiction qu’il avait délaissé depuis La Guerre des mondes en 2005

Adapté du roman Player One, une véritable ode à la culture pop d’Ernest Cline, le dernier né de Steven Spielberg risquait gros, entre le piège de la nostalgie facile à outrance et la sur-dose d’effets spéciaux… verdict

2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l’OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l’œuf de Pâques numérique qu’il a pris soin de dissimuler dans l’OASIS. L’appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu’un jeune garçon, Wade Watts, qui n’a pourtant pas le profil d’un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant…

La guerre des mondes

Ready Player One est loin d’être un projet facile, et à l’aveu de Steven Spielberg lui même son tournage le plus compliqué avec Les Dents de la mer et Il faut sauver le soldat Ryan. Le film est basé sur deux mondes distincts, l’OASIS et le monde réel : d’un coté un univers virtuel florissant, visuellement splendide, entièrement numérique où avatars par milliers ont une liberté totale dans des décors immenses. De l’autre, un monde profondément meurtri par la pauvreté et la guerre où le seul moyen d’échapper à la misère se trouve justement dans l’OASIS.

Arriver à différencier ces deux mondes tout en gardant une fluidité dans leur transition et une cohérence dans leur jonction est un véritable tour de force que Spielberg accompli haut la main. Rarement dans l’histoire du cinéma l’action aura été à la fois si impressionnante et lisible, et cela dès les premières minutes du film. Ready Player One repousse les limites même du cinéma et de sa technique, à la manière d’un James Cameron avec Avatar ou d’un George Miller avec Mad Max : Fury Road

Un meilleur passé pour un meilleur futur

Le projet d’adaptation de Player One traîne depuis longtemps dans les tiroirs de Warner Bros. et avant Steven Spielberg plusieurs grands noms avaient été envisagés (Robert Zemeckis, Edgar Wright, Christopher Nolan, Peter Jackson…) mais il est impensable d’envisager un autre que le précurseur même de notre pop culture, celui qui est à la source de toute cette culture geek qui explose depuis maintenant 40 ans. Et s’il est le mieux placé pour avoir le recul nécessaire pour s’approprier l’héritage de ses propres créations il n’en fait pas une ode nostalgique tournée vers le passé pour autant mais bien un conte universel porté sur le futur. Ce flot de référence 80’s et 90’s du film n’est finalement rien qu’une vague toile de fond pour des personnages qui n’ont pas vécu ces décennies et y adhèrent seulement pour mieux comprendre le créateur de l’OASIS. Ready Player One n’est pas un film nostalgique mais intensément humain, ne gardant que le meilleur du passé pour construire un futur différent.


Si l’on peut ne pas adhérer à l’humanisme de Steven Spielberg force est de constater que le film est profondément personnel : sous sa forme de blockbuster à plus de 170 millions se cache un film touchant et intimiste où la force du conte bat une nouvelle fois des récurrentes facilités scénaristiques. Sans pour autant manquer des critiques percutantes et pertinentes sur les risques d’internet, la course au profit et même l’harcèlement… Et c’est sans doute l’une des forces majeures de Ready Player One : arriver à conjuguer une trame spectaculaire, un pur film d’aventure, un conte personnel et touchant ainsi qu’un discours moderne tourné vers un avenir que certains jugeront d' »utopique » mais profondément Spielbergien

Réalité (virtuelle)

A 71 ans Steven Spielberg impressionne : tout en entretenant un regard moderne et juste sur l’univers d’Internet et des Jeux Vidéos il arrive à en capter les risques mais surtout le potentiel infini sans tomber dans les habituels clichés qui accompagnent ces sujets. Il livre ici une véritable lettre d’amour au Cinéma et aux Jeux Vidéos, captant ce qui fait d’Internet sa force : la communauté. En plaçant au centre de son film la force de la coopération d’un groupe de plus en plus grandissant il offre le film rêvé d’une génération jusqu’ici caricaturé et qui a finalement perdu peu à peu foi d’un film conciliant Cinéma et Jeux Vidéo de manière juste. Mais la force de Spielberg est justement de concilier, toute génération confondue, un défi qu’il relève une nouvelle fois haut la main avec un film qui parlera autant aux initiés qu’aux nouveaux arrivants.

Porté par un casting exemplaire Ready Player One est l’occasion de révéler au grand public deux jeunes acteurs, Olivia Cooke et Tye Sheridan, qui portent le film face à un méchant charismatique mais aux intentions finalement légères : Ben Mendelsohn. Le tout enchanté par la puissante bande originale d’Alan Silvestri qui semble rassembler tous les plus grands thèmes des années 80 en un.

Ready Player One est un très grand film, le film non pas d’une mais des générations. Un conte personnel qui rassemble derrière un idéal commun pour envisager le futur différemment. En créant deux mondes distincts pour mieux les rassembler Spielberg n’a de cesse de créer des passerelles où spectaculaire, rêve et émotions ne forment plus qu’une seule oeuvre puissante et maîtrisée sur la forme et touchante et profonde sur le fond

Spielberg n’est pas de retour, il n’est jamais parti, il ne fait que poser une nouvelle pierre à son édifice avec ce Ready Player One qui ne manquera pas de marquer une une nouvelle génération de cinéphiles, plus de 40 ans après Les Dents de la mer, et d’inspirer le cinéma de demain…

NOS NOTES ...
Réalisation
Visuels
Actorat
Bande Originale
Scénario
PARTAGER
Article précédentCritique d’Annihilation : ballade en auto-destruction
Article suivantLes 5 films à voir en Avril
J'aime le cinéma mais plus encore les Blues Brothers et Jake Gyllenhaal. Fondateur du site mais également étudiant en école de cinéma