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The Dead Don’t Die est le nouveau film du brillant réalisateur Jim Jarmusch et s’il y a un film à mettre sous le feu des projecteurs actuellement, c’est celui-là. En effet, on doit pouvoir dire sans être trop chauvin que presque tous les yeux de cinéphiles du monde entier sont rivés sur Cannes et son festival où la quasi totalité de notre équipe batifole actuellement. Parmi tous les films de la sélection officielle, The Dead Don’t Die a un statut un peu particulier, faisant l’ouverture du festival mardi soir, diffusé en simultané dans 600 salles en France, et sortant dans la grande distribution dès le lendemain, c’est le film du festival le plus accessible. De plus, son casting luxueux et son identité de film de genre lui vaut un certain attrait du grand public. Le film mérite-t-il toute cette attention ? Donne-t-il une image juste et envoûtante du festival et de la carrière de son réalisateur ?

Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’évènement le plus étrange et dangereux qui allait s’abattre sur Centerville. les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir.

Ne coupez pas…

Autant mettre fin au mystère tout de suite : The Dead Don’t Die n’est pas très bon. Pourtant, on était en mesure d’en attendre beaucoup de la part d’un réalisateur comme Jim Jarmush qui a déjà revisité avec brio une autre figure du cinéma d’horreur : les vampires, dans Only Lovers Left Alive, et qui promettait d’en faire autant ici avec les zombies. Et puis, il y avait le casting gigantesque qui a tant fait parler de lui. Finalement; on se retrouve avec un acte manqué.
Commençons, peut-être, par couvrir les quelques réussites du métrage. La réalisation est plutôt réussie. Si la majorité du film est assez classique, certains plans et effets de montage, ou décors donnent des scènes véritablement intéressantes visuellement. La photographie est d’ailleurs toujours assez soignée, quoique souvent un peu trop propre pour le sujet représenté. Comme à son habitude, le réalisateur américain livre un film érudit, débordant de citations visuelles aux classiques du genre comme, évidement La Nuit des Morts Vivants de Georges Romero ou de chef-d’œuvres moins connus comme Le Massacre des Morts Vivants. Ces références devraient ravir les initiés sans vraiment priver les néophytes de quoi que ce soit. Le film n’est pas non plus dénué d’humour et fait occasionnellement mouche avec de petits moments de satire ou absurdes.

 

 

Le gigantesque casting, enfin, principal argument marketing du film, est objectivement sympathique et plaisant à voir. Le débonnaire Bill Murray, Adam Driver cynique, l’avenant Donald Glover et le zombiesque Iggy Pop nous gratifient de leur présence dans des rôles qui leurs ressemblent, pour n’en citer que quelques-uns. Mais les excellents acteurs et actrices n’ayant pas du tout la latitude et le temps d’installer une performance, on se retrouve plus avec un film effectivement peuplé de visages familiers que de grandes prouesses de jeu. C’est un sentiment ambiguë et étrange qui, s’il est assez frustrant, contribue efficacement au propos du film. En effet, il s’en dégage une sorte d’énergie des petites villes où on connait tout le monde, tous les visages sont familiers, et le rythme du film s’ajoute à cet effet pour créer ce sentiment presque rural.

Les profanateurs de pop culture

The Dead Don’t Die est un film sur la routine et la monotonie à la fois dans la société consumériste et dans le cinéma de genre américain. Le principal défaut, qui entraîne tous les autres, est l’exécution de la critique que Jim Jarmusch. En effet, pour critiquer la monotonie, l’omniprésence des clichés et des incohérences, la répétition et l’absence d’originalité dans le genre du film de zombie, le cinéaste réalise un film monotone, où les clichés et les incohérences sont omniprésents, répétitifs et sans originalité. The Dead Don’t Die assume ses défauts, et s’en montre conscient, notamment par des ruptures du quatrième mur. Cependant, cela ne les fait pas disparaître. Le projet est plus que louable et la critique pertinente mais son exécution invite au scepticisme. Au final, c’est un film ennuyeux, rempli de scènes vues et revues, sans intensité car presque tous les personnages sont aussi conscients que les spectateurs de l’absence d’intérêt de ce qui se passe. L’ennui fait sans doute partie de l’expérience, mais il n’y a pas de raison que ça l’excuse.

 

 

De plus le fond politique de The Dead Don’t Die gêne également. Ce n’est pas une fable sociale mais un commentaire moralisateur et assez méprisant venant d’un réalisateur qui s’est pourtant lui-même volontairement abandonné à la médiocrité en créant le film. Le propos écologiste enfin est présent et porte sur un véritable problème mais il est anecdotique. De plus, ce message est véhiculé efficacement dans l’intrigue du film, avant d’être, comme souvent, trop clairement et bêtement explicité à la fin. Le spectateur est pris pour un idiot par un film qui lui dit de ne pas se comporter en idiot.

 


The Dead Don’t Die est, globalement, un échec. Le film est victime de son propre projet, cherchant à critiquer l’ennui par l’ennui. On voit surtout du potentiel gâché et un certain mépris tant pour le genre dont le film se revendique que pour celles et ceux qu’il montre. The Dead Don’t Die est un film à l’image du genre : régis par les clichés et les lieux communs, globalement ennuyeux avec quelques moments originaux, de fantaisie et d’intelligence. On ne peut s’empêcher de penser que c’est là que Jim Jarmusch aurait dû se concentrer, promouvant le film de zombie libéré et original plutôt que critiquant celui décérébré et casanier. Car on fait encore des films de zombies intéressants.  Pour ne citer que quelques exemples récents : One Cut Of The Dead, The Last Girl, Dernier Train pour Busan ou encore Dead Sushi. The Dead Don’t Die aurait pu les rejoindre au lieu de se nourrir du cynisme et de devenir lui-même un film zombie. 
NOS NOTES ...
Actorat
Réalisation
Visuels
Bande Originale
Scénario
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Sur Erreur 42 depuis la nuit des temps ! Éditeur et rédacteur, globalement un loser, auteur de nuit, movie eater. Et comme le disait Salvador Allende : "Netflix and Chile libre !"

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