Co-production belgo-irlandaise, Vivarium est une expérience déroutante et profonde offerte par le réalisateur Lorcan Finnegan, pour la première fois sélectionné à la Semaine de la Critique. Bénéficiant d’une visibilité modeste, le film présente pourtant un volet intéressant du genre, reprenant ses sources classique qui reposent sur l’atmosphère et la mise en scène.

Sous un ciel aux nuages identiques tout droit sortis d’une oeuvre de Magritte repose un quartier idyllique de banlieue américaine. Malgré la couleur verdâtre des maisons et l’absence de voisinage apparent, voici le cadre d’un départ d’une nouvelle vie commune pour le jeune couple que constituent Gemma et Tom. Une situation surréaliste, à l’image du décor, les amène à visiter l’une des demeures puis rester seuls, coincés dans cette parodie à grande échelle de la vie moyenne de l’homo sapiens occidental, après que l’agent immobilier tout aussi inquiétant, a pris la poudre d’escampette. Et ça, ce n’est que le début d’une escalade dans la terreur que constitue Vivarium.

À prendre comme un épisode de la quatrième dimension, de l’aveu même de Charles Tesson, délégué général de la semaine de la critique lors de la présentation du film. Cette oeuvre sans équivalent constitue un pan à part en tiers de la présentation cannoise. Parfaitement ancrée dans le genre, elle repose sur quelque chose de simple, de part son postulat (le titre n’est évidemment pas un hasard et le spectateur le comprend très vite) mais également par sa démarche. En montrer le moins possible, laissant le spectateur face à lui-même et la perversité de son imagination, tout en voyant la situation se dégrader inéluctablement sous ses yeux. C’est donc une terreur lente, insinueuse que propose le cinéaste irlandais, qui n’entre jamais totalement dans l’horreur pure mais va bien au-delà du thriller. Tel Paranormal Activity, il ne se passe en soi pas grand chose d’époustouflant mais c’est ce qui donne une substance organique, étouffante et cynique à l’œuvre. Une maîtrise magistrale.

Outre ces aspects déjà bien séduisants, Vivarium offre un regard sur la déliquescence d’un couple enfermé dans un quotidien qui les dépassent, comme pris au piège (littéralement) et cherchant chacun des moyens de fuite. Quitte à se séparer le plus possible, au lieu de se soutenir. Si ce n’est pas l’essentiel du long-métrage, qui par la création de l’atmosphère est une démonstration de style, il y a quand même un regard fataliste porté à la prétendue vie qui se trouve dans la routine et l’absence d’opportunités. Ce qui conduit à une absence de but et à une errance plus qu’à une vraie vie. Il est là aussi, le vivarium. Dans ce cadre mais aussi dans l’angoisse, le film peut compter sur ses deux acteurs phares : Imogen Poots et Jesse Eisenberg. Une performance qui gagne à être soulignée par sa justesse et son empathie efficace. On ne sait presque rien de la vie de nos protagonistes avant l’événement, mais en quelques lignes de dialogues et deux regards, une véritable complicité s’installe et l’on se prend d’affection pour ces inconnus, qui le resteront jusqu’au bout finalement. La réalisation de son côté, est en soi assez classique, mais trouve des moments de grâce via la mise en scène expressive et l’utilisation riche de ses décors uniques. Si la photographie, très appréciable elle aussi, est le plus souvent employée pour mettre en valeur l’image, Vivarium marque aussi la mémoire par son environnement déroutant de mimétisme malsain. Une parodie comme un énième cynisme jeté au visage des protagonistes et par là même, au spectateur.

Vivarium est un long-métrage à part entière au cœur même du genre. Comme évoluant dans une oeuvre surréaliste se raccrochant au réel pour mieux le détourner, le film crée un décalage incessant entre ce qui semble familier et la détresse de l’absence de vie. Tout en demeurant très accessible malgré tout et parlant aux amateurs de l’étrange. Il reste un sentiment profond et douloureux en fin de projection, mais réellement satisfaisant par un parti pris qui va au bout du récit. Sans jamais trop en dévoiler ou avoir peur de son propos.


NOS NOTES ...
Scénario
Visuels
Actorat
Réalisation
Bande Originale
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Etudiante perdue dans le nord, je vais au cinéma entre deux batailles contre les White Walkers. Toujours là où on ne m'attend pas, j'ai rejoint Erreur 42 par esprit de contradiction. Vi veri veniversum vivus vici.

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