Erreur42 https://erreur42.fr Le geek passionnément ! Fri, 07 Feb 2020 15:07:19 +0000 fr-FR hourly 1 https://erreur42.fr/wp-content/uploads/2016/01/cropped-favicon-1-32x32.png Erreur42 https://erreur42.fr 32 32 Critique de Jojo Rabbit, spring time for Hitler https://erreur42.fr/critique-jojo-rabbit/ https://erreur42.fr/critique-jojo-rabbit/#respond Fri, 07 Feb 2020 15:00:00 +0000 https://erreur42.fr/?p=14061 Réalisé par Taika Waititi, nommé pour plusieurs Oscars et traitant d'un sujet délicat : Jojo Rabbit a de quoi rendre curieux...

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Avec Vampires en toute intimité, il a sondé les heurts de la vie en communauté et les difficultés du coming out. Dans Boy, il nous a accompagné hors de l’enfance à travers les désillusions relatives au père, au monde et à la société. Avec A la poursuite de Ricky Baker il a observé avec excentricité la rébellion adolescente et les conflits générationnels. Et avec Thor : Ragnarok il a déconstruit une figure mythologique viriliste pour en faire un héros comique. Taika Waititi est un héros du cinéma contemporain, enchaînant les fables touchantes, drôles et infiniment humaines. Mais s’opposer à la haine, au fascisme et au suprématisme avec l’humour et le regard des enfants est sans doute le défi le plus insurmontable auquel il eut fait face.

En Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, Johannes « Jojo » Betzler, âgé de 10 ans, est maltraité par ses camarades alors qu’il participe à un camp des jeunesses hitlériennes. Incapable de tuer un lapin, il est traité de lâche et surnommé Jojo Rabbit. Il se console avec son ami imaginaire, Adolf Hitler. Amoureux de la « nation » et grand partisan du Führer, il voit sa vie remise en cause lorsqu’il découvre que sa mère, Rosie, cache une jeune fille juive dans le grenier nommée Elsa.

Jojo s’en va-t-en guerre

Jojo Rabbit est un succès absolu. Une fable tendre et charmante malgré le sujet extrêmement délicat qu’elle aborde. Excentrique sans mauvais goût, critique mais jamais cynique, c’est un exploit qui donne vie à un pitch fou. Un numéro d’équilibriste sur le fil de l’acceptable, poussant l’audace jusqu’à constamment bondir entre les émotions. Taika Waititi semble ne connaître aucune limite, poussant la comédie dans ses derniers retranchements absurdes avec des tableaux à la limite du surréalisme, puis enchaînant sur du drame d’une violence extrême, en rupture totale avec le ton enfantin. Comme dans l’enfance finalement, rien ne semble avoir d’importance, tout n’est que jeu et mascarade, jusqu’à ce que la réalité vienne s’imposer. Chez Waititi, quand la réalité entre, elle prend par surprise, détruit tout, et entraîne de terribles conséquences et désillusions. La guerre, la violence, la mort, la haine pénètrent l’univers de l’enfance comme une bande de barbouzes de la Gestapo, saccagent tout et ne laissent aux personnages et aux spectateurs qu’un monde à reconstruire, un silence à combler avec des rires et de beaux dialogues à cœur ouvert. 

Cependant Jojo Rabbit conserve toujours une certaine chaleur, une légèreté enfantine malgré la violence du cadre du récit. En fin de compte ce qui ressort le plus c’est le charme du film. Mais d’où vient ce charme si séduisant ? Il vient d’abord de l’ambiance visuelle. Les décors sont colorés et la photographie est souvent lumineuse et ensoleillée. Les costumes sont également bigarrés. On ne tombe pas dans le cliché de l’Allemagne Nazie toute en gris et cuir noir, cliché d’ailleurs ouvertement moqué par le film. Jojo Rabbit a une teinte estivale joviale qui rend le contraste encore plus dur quand en effet, le gris et le cuir noir nous rattrapent. A cela vient s’ajouter un rythme très enlevé avec un montage rapide, souvent au service de la comédie, qui gagne en poids et en dramatisme à mesure que le film progresse. 

To be or not to be Nazi

Mais ce charme naît aussi dans les interactions entre les personnages. Il y a, dans les dialogues de Jojo Rabbit, la recherche d’un jeu constant, notamment dans les scènes entre Jojo et sa mère. La complicité des personnages, l’honnête bonheur de Jojo et Yorki à chaque fois qu’ils se croisent, ses taquineries et concours d’esprit avec Elsa. Et puis il y a aussi l’humour du film. Qu’il se construise sur l’absurdité de certains personnages ou situations, tire du côté du cartoon assisté par le montage dans du pur comique de geste, ou capitalise sur des répliques cinglantes qui fusent dans tous les sens, il fait souvent mouche. Tout cela est rendu possible par le formidable casting : Scarlett Johansson livre une performance solaire, mais Roman Griffin Davis en Jojo et Thomasin McKenzie en Elsa lui tiennent largement tête. Il faut aussi rendre hommage aux seconds rôles comiques comme les excellents Sam Rockwell et Rebel Wilson en fanatiques délurés qui se permettent de touchants moments de sincérité. Enfin il y a Taika Waititi lui même en Adolf Hitler, une entreprise controversée qui nous donne une performance amusante, ridiculisant le dictateur afin d’attaquer effectivement son aura et son charisme post-mortem. La parodie est efficace mais le film est finalement bien moins concentré sur ce personnage qu’il n’y semblait, préférant laisser la scène aux vrais humains.

Le sujet traité est extrêmement sensible et vanter la légèreté du film peut sembler insensible à l’horreur des événements réels. Mais c’est la légèreté de certains moments qui renforce la noirceur d’autres, et ce serait être injuste envers le film que de le prendre pour ce qu’il n’est pas. Jojo Rabbit n’est pas vraiment une analyse du fascisme politique. Ce n’est pas La Chute ni même Jeux Dangereux (To Be Or Not To Be). C’est un film qui utilise ce cadre historique pour parler de la haine. De ses racines dans l’ignorance, de comment le groupe la nourrit, de ce qu’elle fait aux plus faibles et de comment la combattre. C’est l’histoire d’un enfant maladroit, sensible et créatif dans une société uniforme qui récompense la cruauté et la virilité. C’est un film sur les ravages du conformisme, mais aussi sur la résistance, l’émancipation, l’amour et l’indépendance. Avec naïveté, sans doute, comme toutes les fables, il ridiculise le politique et la haine idéologique et fait un antifascisme émotionnel ; en appelant à la sensibilité et à l’empathie contre la haine, l’abus et la violence. 

On pourrait effectivement souhaiter que Jojo Rabbit soit plus politique. Qu’à cette fable humaine s’ajoute une analyse profonde des dynamiques d’embrigadement, de radicalisation et des régimes fascistes. Mais ce serait oublier que le point de vue adopté est celui de l’enfant. Comme les enfants, le film a une conscience diffuse de la politique. Il n’y est pas aveugle mais il ne la conçoit pas entièrement. A aucun moment il n’est offensant ou inconscient. Par son loufoque, il attaque directement le charisme de l’imagerie nazie, marchant dans les traces de Mel Brooks et Charlie Chaplin. Mais la fable passe d’abord et, si l’on se prête à l’exercice en acceptant de rajeunir, alors on peut trouver le charme de Jojo Rabbit. On peut, face à l’un des pire moment de l’histoire mondiale, réapprendre à aimer, à comprendre, à se soulever, à s’accepter, à se soutenir… à rire et danser face à l’atrocité.

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Les 19 meilleurs films de 2019 https://erreur42.fr/19-meilleurs-films-2019/ https://erreur42.fr/19-meilleurs-films-2019/#respond Wed, 08 Jan 2020 16:09:39 +0000 https://erreur42.fr/?p=13890 Jetons un dernier regard sur une année riche en propositions à travers les 19 meilleurs films de 2019 !

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Un nouveau jour se lève sur le monde, une nouvelle année a touché à sa fin. Ne laissons tout de même pas la décennie s’échapper sans cérémonie. Une fois encore jetons un long coup d’œil sur l’année qui vient de s’écouler à travers ses films. Certains nous ont déplu mais beaucoup nous ont plu et c’est eux qui sont à l’honneur dans ce top 19 des films de 2019 de la rédaction d’Erreur 42.

Nous avons observé, une année de plus, Disney étendre sa suprématie, occuper solidement le calendrier des sorties jusqu’à se concurrencer elle-même, mais aussi profiter de ses possessions pour influencer les ressorties et diffusions en salles. Malgré cette surpuissance évidente, force est de constater qu’une certaine désillusion s’abat sur ses productions. Avengers : Endgame a divisé et n’aura sans doute pas l’influence durable souhaitée, la nouvelle trilogie Star Wars finit sur une fausse note et les remakes des classiques d’animation, s’ils sont lucratifs, ne séduisent que peu la critique. Il ne faut cependant pas parier sur la mort des grosses machines Hollywoodiennes. Dans l’ombre de cette hégémonie, des oeuvre à grand budget plus auteuristes émergent et éblouissent les cinéphiles. James Gray, Quentin Tarantino, James Mangold, Rian Johnson… Des artistes déjà bien connus qui nous ont prouvé qu’ils n’avaient pas dit leur dernier mot. Cette nouvelle décennie va-t-elle marquer l’émergence d’un nouvel « nouvel hollywood » ?

Ce fut aussi la sortie de films événements qui ont suscité des débats bruyants et vifs comme Joker de Todd Philips, qui fut impossible à ignorer, ou The Irishman de Martin Scorcese, témoin de l’envie de Netflix d’encore renforcer sa légitimité artistique. Les films suscitent plus que jamais des débats et les débats suscitent des films. Dans un monde en tension, manifestement angoissé, le cinéma politique et social, souvent indépendant, trouve très clairement une nouvelle vigueur et une véhémence restaurée. L’exemple le plus flagrant et proche de nous est Les Misérables de Ladj Ly mais cette tendance est mondiale. Des questions sont posées, des consciences sont éveillées et le cinéma en est une caisse de résonance, Bong Joon-Ho l’a bien compris…

2019 est terminée, jetons-lui un dernier regard pour démarrer 2020 de la plus belle des façons. Découvrez nos films préférés de cette année, les incontournables, les grandes découvertes, les perles cachées et les tours de force du cinéma mondial de l’an passé. N’hésitez pas à donner vous aussi votre top 19 dans l’espace commentaire !


Le top de la Rédaction

19. Funan

Prix du festival d’Annecy 2018, le film n’a rejoint les salles que cette année. Premier long-métrage de son réalisateur Denis Do, partiellement autobiographique, Funan évoque la quête d’une mère pour retrouver son fils pendant le régime des Khmers rouges. Se concentrant sur l’impact du contexte sur ses personnages plutôt que de faire un film historique, Funan est un bijou visuel et émotionnel.

Retrouvez notre critique complète à lire ici et notre interview du réalisateur ici.


18. Les éternels

Jia Zhangke est parmi les réalisateurs les plus marquants du XXIème siècle avec évidement son incontournable chef-d’oeuvre Touch of Sin. Mais Les Éternels n’est pas en reste. Vendant un film de gangster mais dérivant très vite sur un mélodrame social, Jia Zangke continue son entreprise de réappropriation des canons du cinéma chinois avec cette splendide fresque. Son sens politique est diffus pour qui n’est pas familier avec l’histoire récente chinoise, mais c’est la lutte des femmes pour le pouvoir et la justice qui se déploie sous nos yeux dans une belle histoire magnifiquement mise en image. 

Retrouvez notre critique complète à lire ici.


17. Another day of life

Un film à la sortie discrète et pourtant quelle merveille ! D’après un véritable reportage en Angola, ce film d’animation est une exploration riche et choquante de ce conflit, aux milles idées visuelles et à la force écrasante. Ses séquences documentaires se mêlant aux séquences animées lui donnent une force hybride, une intelligence manifeste. C’est également le meilleur film sur les reporters de guerre depuis Salvador d’Oliver Stone.

Retrouvez notre critique complète à lire ici.


16. Le Mans 66

Porté par un duo de légendes, Le Mans 66 aligne toutes les cartes de la fresque automobile classique pour s’en détacher et prendre son envol. La réalisation de James Mangold nous cloue à notre fauteuil dans ce qui s’apparente aux plus belles courses filmées au cinéma. Toujours sur la corde raide du sensationnalisme, Mangold joue l’équilibriste pour exploser en émotion dans un final grandiose, grand film.


15. The Irishman

Scorsese posant ses valises chez Netflix le temps d’un nouveau long-métrage, c’est bien l’excursion la plus inattendue de cette année 2019. Pourtant, le résultat n’en est pas moins bluffant : ce film testamentaire est une nouvelle fois une immense réussite, notamment grâce à un casting impeccable et une mise en scène toujours aussi soignée. Du grand Scorsese.

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14. El Reino

Si le cinéma de 2018 était politique dans sa manière d’aborder les thèmes sociaux et les crises qui le traversait : 2019 est beaucoup plus frontal dans son approche. Avec El Reino, Rodrigo Sorogoyen nous offre son meilleur thriller politique jusqu’à sa joute verbale finale à travers la dernière scène la plus marquante de l’année.


13. L’heure de la sortie

Portrait d’une jeunesse sans espoirs, L’heure de la sortie transpire de vérité, tant dans son propos que dans la représentation de la jeunesse d’aujourd’hui. Une mise en scène originale et un jeune casting prometteur fait du nouveau film de Sébastien Marnier la bonne surprise de cette année 2019.


12. Le chant du loup

S’il fallait une preuve que l’ambition n’a jamais quitté le cinéma français, Le chant du Loup en est la figure de proue. Premier film à la tension maîtrisée de bout en bout, le film d’Antonin Baudry profite d’un casting magistral qui se déploie dans un sublime drame en eaux troubles.


11. Marriage story

Marriage Story, c’est le choc de fin d’année. Un drame simple, à la réalisation modeste, racontant la crédible histoire d’un divorce ni spécialement simple, ni spécialement compliqué, juste… réel. Un divorce qui semble vrai. Le film est surtout porté par les performances à fleur de peau d’Adam Driver et de Scarlet Johanson qui font exploser le texte humain, réel et bouillonnant d’émotion. C’est une pire expérience humaine et un moment déchirant. 


10. Joker

Malgré sa paradoxale sagesse dans les sujets qu’il aborde, et ses influences à peine cachées : le Joker de Todd Phillips prend progressivement son envol pour établir sa propre mythologie. Loin de toutes les préoccupations des habituelles franchises, le film devient son meilleur argument. Porté par un Joaquin Phoenix magistral, Joker est une vraie proposition de cinéma : brute, sombre et violente.

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9. Ne coupez pas !

L’amour du cinéma artisanal, de sa création, de son sens quasiment primal. Sa portée universelle et paradoxalement personnelle. Sa fédération autour de thèmes pourtant si éloignés. Un sentiment qui se dégage des plus grands films de l’année : de The Irishman à Once upon a time… in Hollywood, mais si l’en est un qui l’incarne plus que tous les autres c’est Ne coupez pas !. Ovni venu directement du pays du Soleil-Levant et dont sa simple description lui ferait du tort. Le film à ne pas manquer.


8. Rocketman

Résumer Rocketman au plus grand film musical de l’année ne lui ferait pas honneur tant il déborde de générosité de tous les instants. Sublime fresque d’une vie mouvementé, Taron Egerton incarne un Elton John plus humain que jamais dans ses plus grands échecs comme dans sa gloire.

Retrouvez notre critique complète à voir ici


7. Vice

Les parallèles avec l’Amérique de Trump vont de bon train au cinéma depuis son arrivée au pouvoir. Cela n’aura jamais été aussi justifié qu’avec Vice d’Adam McKay, déjà connu pour sa formidable satire de la crise des subprimes, The Big Short. Dans un style toujours plus rythmé et dévastateur, le cinéaste dépeint comment les ambitions d’un homme peuvent faire sombrer un pays avec l’aide de ses institutions. Christian Bale aurait mérité un oscar.


6. J’ai perdu mon corps

Pour sa première réalisation, Jérémy Clapin frappe fort dans le monde de l’animation : primé à Cannes et à Annecy, le drame fantastique s’offre le luxe d’une sortie en salle française et d’un rachat par Netflix à l’international. Il faut dire que la quête de la main de Naoufel, séparée par un tragique accident du corps de son propriétaire, est d’une maturité rarement admise pour l’animation française, encore cantonnée à un public très jeune. La mise en scène exceptionnelle et la bande originale en font un film poignant et juste.

Retrouvez notre critique complète à lire ici et notre interview du réalisateur ici.


5. Ad Astra

Quête rappelant l’Odyssée ou encore Apocalyspe Now, Ad astra mène un homme jusqu’aux confins du système solaire pour retrouver son père. Emprunt de symbolisme tragique, le dernier film de James Gray dépeint également l’espace d’une grande beauté. Mais aussi, comme une terre d’une solitude absolue et d’une folie latente. Une épopée terrible sur une relation père/fils déjà échouée, dont la photographie exceptionnelle n’a d’égale que le lyrisme puissant de l’œuvre.


4. Once upon a time… in Hollywood

S’il est parfois trop élogieusement loué, Tarantino demeure incontestablement un grand réalisateur américain qui a encore une fois démontré sa maîtrise avec Once Upon a Time… in Hollywood. C’est un conte mélancolique dans un Hollywood fabulesque, traversé d’icônes, d’inventions et d’images familières qui envoûtent et impressionnent. Tarantino fantasme une autre histoire du cinéma américain, jamais sorti de l’âge d’or, et il le fait dans une déclaration d’hommage au cinéma d’exploitation, à la télévision et aux petits hommes qui les ont construit. Son plus beau film.


3. Les Misérables

Ladj Ly prend de court et au col avec un drame violent qui le mènera peut-être jusqu’aux Oscars et c’est ce qu’on lui souhaite. Présenté à Cannes, Les Misérables maîtrise son sujet avec une justesse exemplaire, sans oublier une mise en scène à la fois soignée et fiévreuse avant une nouvelle plongée dans des cadres immenses de la banlieue parisienne. Une virtuosité telle, qu’on en oublie qu’il s’agit d’une fiction. Aubaine pour le film, triste constat pour la réalité.

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2. The Lighthouse

Sur toutes les lèvres à Cannes, The Lighthouse est un atypique bijou de cinéma fantastique poussant l’étrangeté encore plus loin que son prédécesseur The VVitch. Un noir et blanc Bergmanien, une langue Hemingway-esque, un format qui rappelle Murnau, c’est un film muet parlant vraiment fascinant. On plonge avec les personnages dans une démence folklorique vertigineuse et poisseuse dans ce film terrible, sensoriel et épuisant dont on ne sort pas indemne.


1. Parasite

C’est indéniablement le hold-up de l’année ! 7ème film et 7ème chef d’oeuvre consécutif pour Bong Joon-ho, le petit génie de la nouvelle vague coréenne, Parasite est un pavé dans la marre. Un film politique qui fait l’effet d’une déflagration, traitant de la lutte des classe avec force et habileté. Bondissant toujours habilement entre les registres, passant du rire aux larmes à un insoutenable suspens avec une maestria narrative et visuelle inégalée, Bong Joon-ho prouve encore une fois qu’il est parmi les meilleurs en vie et qu’il changera l’histoire.

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Le top de Quentin Le Gohic (Rédacteur en chef)

19. Another day of life

En mêlant habilement documentaire, film historique et d’aventure Another Day of Life nous ouvre sur le monde qui nous entoure avec des images dures mais nécessaires et un propos de fond fort mais surtout cohérent avec sa mise en scène. En poussant au maximum les limites de l’animation, les deux réalisateurs nous offrent un film visuellement sublime et profondément humain…

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18. I Am Mother

Passé assez inaperçu dans le flot continu des sorties Netflix, I am Mother est pourtant l’une des plus grosses surprises de l’année. Profitant d’un scénario malin et ingénieux, le film joue constamment avec les codes du genre pour en tirer le meilleur et considérer son spectateur.


17. Joker

Malgré sa paradoxale sagesse dans les sujets qu’il aborde, et ses influences à peine cachées : le Joker de Todd Phillips prend progressivement son envol pour établir sa propre mythologie. Loin de toutes les préoccupations des habituelles franchises, le film devient son meilleur argument. Porté par un Joaquin Phoenix magistral, Joker est une vraie proposition de cinéma : brute, sombre et violente.

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16. Ad Astra

Si 2019 est incontestablement l’année de la consécration pour Adam Driver, Brad Pitt y livre ses meilleures performances. Dans un Ad Astra somptueux, il part à la recherche de son père disparu aux confins du système solaire. Si le long-métrage de James Gray peut paraître froid et distant il n’en regorge pas moins une des œuvres les plus riches de l’année, symboliquement et formellement.


15. L’Heure de la sortie

Souvent caricaturé, le cinéma francais a toujours su garder sa part d’oeuvres inclassables. Et c’est Sébastien Marnier qui incarne à merveille ce cinéma de l’étrange avec L’Heure de la sortie, hybride assumé entre thriller, drame, film catastrophe et même horrifique. Un voyage qui en vaut la peine, si bien qu’on accepte de s’y laisser conduire.


14. Child’s Play : La Poupée du mal

Premier surpris de retrouver cet énième reboot de franchise horrifique dans ce classement, il faut avouer que ce Chucky version 2019 a de nombreux arguments pour plaire. Sa force tient dans son honnêteté à ne chercher, ni plus ni moins, qu’à proposer le meilleur à partir de son matériau de base. La comédie horrifique de l’année, assurément.


13. Once Upon a Time… in Hollywood

Si Tarantino s’est fait un nom auprès du grand public pour ses films aux dialogues aussi aiguisés que ses lames, le point commun de sa filmographie est, et restera, son amour inconditionnel du cinéma. Il lui aura fallu 9 films pour l’exprimer pleinement, mais cela en valait l’attente : Once Upon a Time… in Hollywood est un véritable poème nostalgique aux élans lyriques. Une déclaration d’amour ultime pour le septième des arts.


12. Le Chant du loup

S’il fallait une preuve que l’ambition n’a jamais quitté le cinéma français, Le chant du Loup en est la figure de proue. Premier film à la tension maîtrisée de bout en bout, le film d’Antonin Baudry profite d’un casting magistral qui se déploie dans un sublime drame en eaux troubles.


11. The Lighthouse

Si le nouveau film de Robert Eggers a connu un certains succès de niche auprès du public c’est avant tout grâce à son duo de tête. Willem Dafoe et Robert Pattinson offrent les plus belles performances de leurs carrière dans cette longue chute aux enfers, désespérément belle et qui, comme A Ghost story et The VVitch, se ressent avant toute forme d’intellectualisation.


10. Vice

Après son Oscar du meilleur scénario adapté pour The Big Short, Adam McKay est de retour derrière la caméra pour attaquer encore plus frontalement. Toujours plus cynique et grinçant, Vice est un véritable brûlot politique qui ne se réfugie pas derrière quelconques effets dramatiques : Christian Bale y est méconnaissable et Sam Rockwell, comme à son habitude, exceptionnel.


9. Rocketman

Résumer Rocketman au plus grand film musical de l’année ne lui ferait pas honneur tant il déborde de générosité de tous les instants. Sublime fresque d’une vie mouvementé, Taron Egerton incarne un Elton John plus humain que jamais dans ses plus grands échecs comme dans sa gloire.

Retrouvez notre critique complète à voir ici


8. J’ai perdu mon corps

En utilisant le concept de la main coupée à la recherche de son propriétaire, Jérémy Clapin ne pouvait nous offrir une oeuvre plus riche et marquante que J’ai perdu mon corps. Véritable film métaphorique à la portée universelle, il est est avant tout touchant quand il aborde les émotions les plus complexes avec une étonnante sincérité. Accompagné d’une bande-originale enivrante aux sonorités électroniques, le film se pare d’une animation et de cadres léchés rendant l’oeuvre aussi belle que profonde.

Retrouvez notre critique complète à lire ici et notre interview du réalisateur ici.


7. Toy Story 4

Toy Story 4 n’est pas le film de trop. Construit comme un long dernier acte en forme de conclusion personnel pour Woody, il complète à merveille le troisième opus et sa fin parfaite. Magistral dans son propos comme dans son forme. Intelligent et bouleversant.


6. Ne coupez pas !

L’amour du cinéma artisanal, de sa création, de son sens quasiment primal. Sa portée universelle et paradoxalement personnelle. Sa fédération autour de thèmes pourtant si éloignés. Un sentiment qui se dégage des plus grands films de l’année : de The Irishman à Once upon a time… in Hollywood, mais si l’en est un qui l’incarne plus que tous les autres c’est Ne coupez pas !. Ovni venu directement du pays du Soleil-Levant et dont sa simple description lui ferait du tort. Le film à ne pas manquer.


5. El Reino

Si le cinéma de 2018 était politique dans sa manière d’aborder les thèmes sociaux et les crises qui le traversait : 2019 est beaucoup plus frontal dans son approche. Avec El Reino, Rodrigo Sorogoyen nous offre son meilleur thriller politique jusqu’à sa joute verbale finale à travers la dernière scène la plus marquante de l’année.


4. Le Mans 66

Porté par un duo de légendes, Le Mans 66 aligne toutes les cartes de la fresque automobile classique pour s’en détacher et prendre son envol. La réalisation de James Mangold nous cloue à notre fauteuil dans ce qui s’apparente aux plus belles courses filmées au cinéma. Toujours sur la corde raide du sensationnalisme, Mangold joue l’équilibriste pour exploser en émotion dans un final grandiose, grand film.


3. Les Misérables

Véritable révélation du dernier Festival de Cannes, Les Misérables se retrouve propulsé sur le devant de la scène par ceux qui les ignorent depuis des dizaines d’années. Un paradoxe qui donne une force encore plus symbolique à un film qui gagne en puissance à ne jamais montrer autre chose qu’une violence aveugle, d’un camp comme de l’autre, dans un rapport de force en puissance dévastant de sincérité.

Retrouvez notre critique complète à lire ici.


2. Parasite

Le miracle de l’année est coréen. Le dernier film de Bong Joon-ho a attiré tous les projecteurs sur un cinéma encore trop inconnu du grand public. Véritable incarnation de l’ensemble de son œuvre, Parasite est sans aucun doute la plus dense de toutes. Comme à son habitude, il navigue d’un genre à l’autre avec une aisance et une maîtrise absolument renversante.

Retrouvez notre critique complète à lire ici.


1. Marriage Story

Dans l’ombre de The Irishman se cachait le plus grand film de l’année. Véritable leçon de cinéma : Marriage Story touche en plein cœur avec son histoire à la portée universelle et à l’écriture hallucinante et humble. Noah Baumbach s’ouvre avec sincérité sur son milieu et ne tombe jamais dans le piège d’une élite déconnectée de la réalité. Peut être la meilleure œuvre de son auteur, interprétée à la perfection par un duo d’acteur au sommet de leur art. Le tout sublimé par la bande-originale de Randy Newman.


Le top de Baptiste Duminil (Éditeur)

19. Lord of Chaos

Lord of Chaos est un terrible biopic narrant la naissance du death metal norvégien avec le groupe Mayhem et la vague de crimes qui a suivi. Un vrai film underground plongeant dans un milieu étrange peuplé de personnages malsains tous plus hallucinés les uns que les autres et parfaitement joués par de délirants jeunes acteurs. On eût souhaité le film plus musical, mais son humour noir, ses scènes impressionnantes et son rythme terrible maintiennent en haleine et font véritablement souffrir alors qu’on assiste à cette inévitable descente aux enfers collective.


18. Face à la Nuit

Face à la Nuit est un magnifique film semi-expérimental qui joue avec le temps, racontant une histoire à rebours, jouant génialement avec le mystère et les personnages et révélant des perspectives narratives inédites et terriblement fascinantes. Le cinéma taïwanais est incroyablement émergent et Face à la Nuit est un témoignage de sa liberté, de son élégance et des talents qui l’anime. Un film splendide, novateur, bondissant d’une ambiance à l’autre avec virtuosité… Bref, l’avenir est taïwanais.

Retrouvez notre critique complète à lire ici.


17. Marriage Story

Marriage Story, c’est le choc de fin d’année. Un drame simple, à la réalisation modeste, racontant la crédible histoire d’un divorce ni spécialement simple, ni spécialement compliqué, juste… réel. Un divorce qui semble vrai. Le film est surtout porté par les performances à fleur de peau d’Adam Driver et de Scarlet Johanson qui font exploser le texte humain, réel et bouillonnant d’émotion. C’est une terrible expérience humaine et un moment déchirant. 


16. A Couteaux Tirés

Rian Johnson est de retour avec un grand divertissement à la Agatha Christie prouvant par l’exploit son génie et sa minutie en tant que scénariste. C’est un film très excitant avec ses multiples retournements, qui se transforme constamment et redistribue plusieurs fois tous les enjeux. Un rythme haletant, un casting luxueux, une réalisation efficace et un tacle social assez amusant… En somme c’est un grand plaisir !


15. Les Étendues imaginaires

Les Étendues imaginaires est un polar singapourien exposant l’exploitation des travailleurs immigrés construisant les îles artificielles servant d’extension à la ville. Et le film fonctionne aussi bien en tant que polar noir onirique et lugubre qu’en tant que critique sociale alarmiste et brutale. Sublimement filmé et surtout photographié, Les Étendues imaginaires ne perd pas, dans son onirisme, son réalisme révoltant et son romantisme pervers. C’est le portrait lugubre d’une société frustrée, voleuse, perverse et profondément misérable. 


14. Un grand voyage vers la nuit

Un film véritablement unique. Immense polar romantique chinois, Un long voyage dans la nuit, c’est presque deux films en un. D’abord un film conventionnel, mais déjà magnifique, montrant la quête d’un homme de son amante perdue, presque plus sur les traces d’un passé rêvé que d’une véritable personne. C’est ensuite une gigantesque et spectaculaire déambulation en plan séquence dans un monde absurde, au croisement du rêve et du cinéma. C’est un film de toute beauté, difficile à aborder mais qui s’approche plus que n’importe qui d’autre avant de la mise sur pellicule d’un ravissant rêve éveillé, à la recherche d’un bonheur qu’on ne touche que du bout des doigts.


15. Douleur et Gloire

Dernière réalisation en date de Pedro Almodóvar, l’enfant terrible du cinéma espagnol, dans lequel il fait son introspection, revenant splendidement sur tous ses thèmes et motifs, sur leur sens et leurs origines dans son art et son histoire. Plutôt que la plainte d’une diva se lamentant sur sa riche condition (comme Ma Vie avec John F. Donovan), Douleur et Gloire est le témoignage d’une légende qui assume ses caprices, reconnaît ses failles et nous offre un délicieux moment d’intimité, en plus d’un bel objet d’art.

Retrouvez notre critique complète à lire ici.


12. Sorry we Missed You

On ne présente plus Ken Loach, le maître incontesté du cinéma social britannique contemporain. Dans son nouveau film, il s’attaque au monde du travail moderne, à l’uberisation, à la surveillance des travailleurs, aux nouvelles cadences et aux pressions absurdes qu’elles mettent sur les travailleurs et les familles. Toujours renforcé par son solide sens de la réalité, ce tableau social kafkayen est épuisant, traumatisant, révoltant et surtout semble sans espoir… Un film radical, destructeur et indispensable. 

Retrouvez notre critique complète à voir ici.


11. Les Misérables

Il faut toujours être prêt à se laisser surprendre, notamment par le cinéma français. On peut parfois être lassé par le cinéma social misérabiliste mais, contrairement à ce que peut induire le titre, Les Misérables n’est pas de ce bois-là. C’est une attaque concrète, un regard d’insider et une prise de position claire sur la difficile vie en banlieue, ses causes et ses coupables. D’un réalisme saisissant qui ne prive pas d’une magnifique réalisation, Les Misérables est un film puissant et tout simplement révoltant.

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10. The Last Black Man in San Francisco

Dans le même courant que Sorry To Bother You ou Blindspotting, The Last Black Man in San Francisco est un film indépendant traitant avec poésie et émotion des problèmes sociaux américains comme les discrimination raciales, les violences policières, la gentrification et les violences de classe. Ce sont ses magnifiques performances, sa fantaisie innocente et enfantine et ses personnages incroyablement attachants qui en font un petit bijou exceptionnellement touchant.


9. The Lighthouse

Sur toutes les lèvres à Cannes, The Lighthouse est un atypique bijou de cinéma fantastique poussant l’étrangeté encore plus loin que son prédécesseur The VVitch. Un noir et blanc Bergmanien, une langue Hemingway-esque, un format qui rappelle Murnau, c’est un film muet parlant vraiment fascinant. On plonge avec les personnages dans une démence folklorique vertigineuse et poisseuse dans ce film terrible, sensoriel et épuisant dont on ne sort pas indemne.


8. Les Eternels

Jia Zhangke est parmi les réalisateurs les plus marquants du XXIème siècle avec évidement son incontournable chef-d’oeuvre Touch of Sin. Mais Les Éternels n’est pas en reste. Vendant un film de gangster mais dérivant très vite sur un mélodrame social, Jia Zangke continue son entreprise de réappropriation des canons du cinéma chinois avec cette splendide fresque. Son sens politique est diffus pour qui n’est pas familier avec l’histoire récente chinoise mais c’est la lutte des femmes pour le pouvoir et la justice qui se déploie sous nos yeux dans une belle histoire magnifiquement mise en image. 

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7. Boy Erased

Joel Edgerton, bien connu du grand public en tant qu’acteur, s’est imposé cette année en tant que réalisateur et surtout scénariste à suivre à l’avenir. Et Boy Erased est le parangon de sa réincarnation. Plongeant dans une institution de reconversion, il suit la vie compliquée de jeunes homosexuels persécutés, en lutte avec le monde et eux-même. C’est un drame dur, sobrement réalisé mais splendidement écrit, habité de personnages profondément humains et fragiles parfaitement interprétés par un casting luxueux, avec Lucas Hedges, espoir d’avenir, en tête d’affiche.


6. Sorry To Bother You

Brûlot comique absurde ultra provocateur de Boots Riley, Sorry to Bother you est pour le moins déroutant. Incarnant, avec Blindspotting, Fruitvale Station ou The Last Black Man in San Francisco, le nouveau cinéma noir indépendant américain, c’est un film politique complètement barré, parfaitement maîtrisé visuellement, nous emportant dans une plongée profonde dans l’absurde et le burlesque du monde du travail, de l’aliénation et de l’éveil des volontés révolutionnaires. Motivants, excitant, brûlant.


5. Another Day of Life

Un film à la sortie discrète et pourtant quelle merveille ! D’après un véritable reportage en Angola, ce film d’animation est une exploration riche et choquante de ce conflit, aux milles idées visuelles et à la force écrasante. Ses séquences documentaires se mêlant aux séquences animées lui donnent une force hybride, une intelligence manifeste. C’est également le meilleur film sur les reporters de guerre depuis Salvador d’Oliver Stone.

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4. Once Upon a Time in… Hollywood

Si il est parfois trop élogieusement loué, Tarantino demeure incontestablement un grand réalisateur américain qui a encore une fois démontré sa maîtrise avec Once Upon a Time… in Hollywood. C’est un conte mélancolique dans un Hollywood fabulesque, traversé d’icônes, d’inventions et d’images familières qui envoûtent et impressionnent. Tarantino fantasme une autre histoire du cinéma américain, jamais sorti de l’âge d’or, et il le fait dans une déclaration d’hommage au cinéma d’exploitation, à la télévision et aux petits hommes qui les ont construit. Son plus beau film.


3. Ad Astra

James Gray n’a plus vraiment à faire ses preuves, ayant enchaîné les formidables fresques purement hollywoodiennes, explorant les problématiques liées à la famille dans de magnifiques histoires. Ad Astra complète The Lost City of Z dans l’arc lié au père et aux explorateurs et le surpasse en tous points. Si beau qu’il semble d’un autre monde, à la fois d’un gigantisme dantesque et d’une intimité profonde, c’est une énième relecture d’Au cœur des Ténèbres véritablement magnétique, envoûtante et fascinante dans sa recherche de la nature humaine elle-même.


2. Ne coupez pas !

Voilà une success story à la japonaise. Un petit film de fin d’étude à la production modeste devenu un succès mondial à la seule force de son hilarant concept et de son exécution sans faille. Un plan séquence désopilant et une deuxième partie qui n’est pas en reste, Ne coupez pas ! est un film unique, véritablement révolutionnaire qui a catapulté Shin’ichiro Ueda au sommet des réalisateurs à surveiller, l’adoubant clairement comme le prochain Sono Sion. La comédie de l’année, sans conteste.


1. Parasite

C’est indéniablement le hold-up de l’année ! 7ème film et 7ème chef d’oeuvre consécutif pour Bong Joon-ho, le petit génie de la nouvelle vague coréenne, Parasite est un pavé dans la marre. Un film politique qui fait l’effet d’une déflagration, traitant de la lutte des classe avec force et habileté. Bondissant toujours habilement entre les registres, passant du rire aux larmes à un insoutenable suspens avec une maestria narrative et visuelle inégalée, Bong Joon-ho prouve encore une fois qu’il est parmi les meilleurs en vie et qu’il changera l’histoire.

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Le top d’Azucena Lozano Denis (Éditrice)

19. La vie invisible d’Euridice Gusmao

Deux sœurs se retrouvent séparés par une injustice et vont passer leur vie à se chercher alors qu’elles ne vivent qu’à quelques rues de Rio l’une de l’autre. Révélation cannoise récompensée en catégorie un certain regard, ce drame brésilien se laisse suivre avec mélancolie, dépeignant deux destins radicalement différents, celui de deux femmes du XXème siècle. A la fois remarquable visuellement et bouleversant.


18. Proxima

Être un cosmonaute est très complexe. L’être en étant une femme, une mère, d’autant plus. Proxima traite avec justesse d’un thème rarement abordé hors du cadre du foyer : la charge mentale des femmes. Mais aussi la violence sinueuse, presque invisible, du sexisme au travail. Porté par ses acteurs et surtout Eva Green, qui joue pour la première fois en français, le film est une vraie leçon d’écriture.


17. Ne coupez pas !

Phénomène imprévu venu du Japon, Ne coupez pas ne peut être trop analysé sans entrer rapidement dans les spoilers. Tout ce qui peut être dit, c’est de faire confiance au film, le regarder de bout en bout et apprécier sa tendresse, son amour du cinéma. Une certaine nostalgie étudiante s’en dégage, tout en montrant la réalité bien complexe de ce qu’est qu’un tournage, entre ce qui est prévu et ce qu’il advient.


16. Funan

Prix du festival d’Annecy 2018, le film n’a rejoint les salles que cette année. Premier long-métrage de son réalisateur Denis Do, partiellement autobiographique, Funan évoque la quête d’une mère pour retrouver son fils pendant le régime des Khmers rouges. Se concentrant sur l’impact du contexte sur ses personnages plutôt que de faire un film historique, Funan est un bijou visuel et émotionnel.

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15. Midsommar

Réalisateur du chef d’œuvre Hérédité (numéro 1 du top de votre rédactrice en 2018), Ari Aster devait relever un nouveau défi cette année. Il confirme ses talents de metteur en scène d’exception, mais également de sa capacité brillante à établir un contexte crédible et riche pour filmer la chute de ses personnages. Si l’aspect horrifique est moins présent sur ce dernier long-métrage, le travail sur l’atmosphère et l’enfermement psychologique sont toujours de mise, dans un environnement digne des meilleures œuvres de folk horror. Midsommar marque également la révélation de Florence Pugh, à la fois victime et vengeresse terrifiante.


14. Marriage Story

Portrait intimiste de la séparation d’un couple, Marriage Story frappe par son écriture, sublimée par le jeu d’acteur de ses deux interprètes principaux (Adam Driver y confirme si ce n’est pas déjà fait son immense talent). La mise en scène sobre accompagne l’authenticité de l’intrigue, alors que des personnages secondaires plus excentriques apporte une touche d’humour bienvenue et tendre. Le film le plus abouti du cinéaste Noah Baumbach.


13. A couteaux tirés

Un écrivain fortuné est assassiné. Entre la bataille pour l’héritage et les faux-semblants, sa famille est soupçonnée. Avec un casting prestigieux au top de sa forme et un Rian Johnson à la tête du scénario et de la réalisation, À couteaux tirés est un vrai plaisir de cinéma. Rythmé, coloré, drôle, le film ne se détache pas d’un fond très bien construit sur l’immigration et les privilèges des plus riches. Tout comme Parasite, si ce genre de thématique n’est pas nouvelle elles sont traitées d’une façon inédite, ludique et à la fois dramatique.


12. L’heure de la sortie

Surprise française de cette année 2019, L’Heure de la sortie joue sur la corde raide du suspens jusqu’au bout, ne tombe jamais dans l’excès tout en restant inquiétant. Deuxième long-métrage de Sébastien Marnier, ce dernier expose déjà une esthétique propre et mature qui fait sortir le film du lot visuellement. A cela s’ajoute une performance toujours très juste de Laurent Lafitte entourée d’une bande d’adolescents terrifiants. A la fois thriller, huis-clos psychologique et drame, L’Heure de la sortie mérite d’être retenu, alors que la production du genre en France et sa distribution et toujours plus difficile.


11. Le Traître

Loin des mythes de la mafia américaine dépeint dans les films de Scorsese, Le Traître montre une mafia italienne amorale, pathétique et d’une violence gratuite inouïe. Basée sur une histoire vraie, celle de Tommaso Buscetta interprété par Pierfrancesco Favino qui a décidé de rompre l’omerta, le film est à la fois exceptionnel par son travail de retranscription mais également pour son gigantisme (le segment du procès en tête). Présenté à Cannes mais reparti bredouille, il s’agit pourtant d’une brillante épopée sanglante sur un repenti.


10. Joker

Joaquin Phoenix prouve encore une fois être l’un des meilleurs acteurs de sa génération. Habité par ce Joker, fidèle ennemi de Batman revisité, loin de ce qui avait pu être présenté à l’écran, il livre une performance sans égale. Fortement emprunt de drame social, le film se veut juge d’une société qui laisse ses marginaux de côté quitte à se mettre elle-même en danger. Accompagné de la formidable bande originale de la compositrice Hildur Ingveldardóttir Guðnadóttir.

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9. Le Chant du Loup

Antonin Baudry, diplomate français mais également auteur de bande-dessinée livre ici son premier long-métrage, imprégné de ces deux univers : à la fois savamment documenté et enrichi de plans clé, Le chant du loup marque une ambition certaine dans le cinéma français. Thriller politique et drame humain, le film peut se vanter d’un casting riche (François Civil et Mathieu Kassovitz en tête) et de marquer le cinéma français par sa justesse et son suspens.


8. Ad Astra

Quête rappelant l’Odyssée ou encore Apocalyspe Now, Ad astra mène un homme jusqu’aux confins du système solaire pour retrouver son père. Emprunt de symbolisme tragique, le dernier film de James Gray dépeint également l’espace d’une grande beauté. Mais aussi, comme une terre d’une solitude absolue et d’une folie latente. Une épopée terrible sur une relation père/fils déjà échouée, dont la photographie exceptionnelle n’a d’égale que le lyrisme puissant de l’œuvre.


7. Once Upon a Time… in Hollywood

Quentin Tarantino devrait selon ses dires bientôt terminer sa carrière de réalisation. Once Upon a Time… in Hollywood en est déjà une forme de testament. Si le cinéaste s’est illustré pour ses long-métrages hommage au cinéma, le traitement de la thématique ici est différente. Loin de la fulgurance, il s’agit ici d’un œil mélancolique, poétique sur ce que le cinéma peut apporter, à la fois le rêve et la catharsis, mais dans tous les cas une évasion face à la violence de la réalité. Brad Pitt atteint l’un des points les plus brillants de sa carrière.


6. J’ai perdu mon corps

Pour sa première réalisation, Jérémy Clapin frappe fort dans le monde de l’animation : primé à Cannes et à Annecy, le drame fantastique s’offre le luxe d’une sortie en salle française et d’un rachat par Netflix à l’international. Il faut dire que la quête de la main de Naoufel, séparée par un tragique accident du corps de son propriétaire, est d’une maturité rarement admise pour l’animation française, encore cantonnée à un public très jeune. La mise en scène exceptionnelle et la bande originale en font un film poignant et juste.

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5. Parasite

Si Parasite n’est pas le meilleur film de Bong Joon-ho, c’est bien que sa filmographie demeure exceptionnelle. Palme d’Or cannoise, le film a réussi à faire l’unanimité auprès du public comme de la critique, tout en battant des records internationaux en salle. Si l’on parle beaucoup de cela, c’est également qu’il faut très peu évoquer l’intrigue du film pour le savourer. Avec l’acteur fétiche du cinéaste, Song Kang-ho et la révélation Park So-dam, Parasite est un film d’autant plus cruel qu’il joue savamment sur les registres. Brillant.

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4. Rocketman

Appelé pour conclure en catastrophe le projet Bohemian Rhapsody, Dexter Fletcher n’a pourtant pu déployer ses talents de réalisateur et metteur en scène de music hall qu’avec ce biopic sur Elton John. Évoquant de front la vie parfois tragique et la personnalité difficile de la star de la pop, le film est à l’image de ce dernier et surtout à sa hauteur. Regorgeant de créativité, chaque scène musicale est à couper le souffle. C’est d’autant plus appréciable que Taron Egerton interprète Elton John avec passion et justesse. Une réussite de bout en bout. 

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3. Vice

Les parallèles avec l’Amérique de Trump vont de bon train au cinéma depuis son arrivée au pouvoir. Cela n’aura jamais été aussi justifié qu’avec Vice d’Adam McKay, déjà connu pour sa formidable satire de la crise des subprimes, The Big Short. Dans un style toujours plus rythmé et dévastateur, le cinéaste dépeint comment les ambitions d’un homme peuvent faire sombrer un pays avec l’aide de ses institutions. Christian Bale aurait mérité un oscar.


2. Les Misérables

Ladj Ly prend de court et au col avec un drame violent qui le mènera peut-être jusqu’aux Oscars et c’est ce qu’on lui souhaite. Présenté à Cannes, Les Misérables maîtrise son sujet avec une justesse exemplaire, sans oublier une mise en scène à la fois soignée et fiévreuse avant une nouvelle plongée dans des cadres immenses de la banlieue parisienne. Une virtuosité telle, qu’on en oublie qu’il s’agit d’une fiction. Aubaine pour le film, triste constat pour la réalité.

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1. The Lighthouse

Huis-clos mettant en scène deux hommes perdus sur un bout de terre abritant un phare, The Lighthouse hante bien après la fin de projection. Plus qu’un simple exercice de style (format et caméra du début du siècle dernier) le film sait créer un malaise redoutable et une peur saisissante en maîtrisant son medium : la réalisation est splendide, l’écriture riche et les deux acteurs délivrent l’une de leurs plus grandes performances. Chaque élément supporte l’autre et remplit sa copie avec brio. Du grand art.


Le top de Lucas Coustillas (Rédacteur)

19. 90’s

Pour son premier long-métrage, Jonah Hill nous offre un beau petit moment de cinéma, d’une grande sincérité et d’un réalisme troublant. Ce petit voyage dans les années 90, bien que simpliste dans sa forme, reste tout de même une belle proposition de cinéma. En espérant le début d’une nouvelle vocation pour l’ami Jonah.


18. Le Chant du Loup

Prenez un sous-marin, mettez-y un casting cinq étoiles, saupoudrez d’une réalisation et d’une mise en scène crispante de bout en bout, et vous obtenez l’ovni français de cette année 2019. Rendez-vous aux Césars.


17. La Belle Epoque

Nicolas Bedos est définitivement le futur du cinéma français. Après le petit bijou qu’était Monsieur et Madame Adelman, il revient une nouvelle fois nous parler du temps qui passe et de son impact sur les générations. Et encore une fois, Bedos touche juste, notamment grâce à des répliques cinglantes et jouissives.


16. Le Mans 66

Peu de films se sont risqués à essayer de traiter le thème des courses automobiles. Pourtant, quand on voit à quel point ce Le Mans 66 est une réussite, on a bien envie d’en voir pulluler sur nos écrans. Tout en filmant magistralement la tension des courses, James Mangold nous dresse avant tout un magnifique portrait des hommes derrière toute cette industrie, tout cela au rouage près.


15. Une vie vachée

Comme toujours chez Malick, Une Vie Cachée divisera. Mais passé l’appréhension d’un film tirant sur la longueur, on en découvre une œuvre puissante, poétique et dramatique à souhait. Mention spéciale à James Newton Howard qui nous propose une splendide bande originale.


14. L’heure de la sortie

Portrait d’une jeunesse sans espoirs, L’heure de la sortie transpire de vérité, tant dans son propos que dans la représentation de la jeunesse d’aujourd’hui. Une mise en scène originale et un jeune casting prometteur fait du nouveau film de Sébastien Marnier la bonne surprise de cette année 2019.


13. Grâce à Dieu

Pour son nouveau long-métrage, François Ozon a décidé de « remuer la merde ». Et pour cause, la pédophilie dans le milieu catholique est encore un sujet tabou qu’on essaie d’éviter. Poignant et insoutenable par moment, Grâce à Dieu est tout simplement un portrait réaliste, sans artifice, d’une institution troublée par le pêché. Bluffant.


12. Douleur et Gloire

Présenté au Festival de Cannes, le nouveau film de Pedro Almodóvar est une réussite, notamment grâce à son casting (Antonio Banderas survole le métrage à la perfection) mais aussi grâce à sa photographie toujours aussi soignée. Douleur et Gloire est un petit plaisir qu’on aimerait revivre chaque jour.

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11. Portrait de la jeune fille en feu

A travers une œuvre atypique où le regard prend plus de sens que la simple parole, Céline Sciamma nous prouve à quel point son cinéma est riche, notamment dans ses inspirations qui cette fois-ci, se tourneront vers le domaine de la peinture. Le duo Haenel/Merlant fonctionnant à merveille, nous ne pouvons donc qu’être en admiration devant un film maîtrisé de bout en bout.

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10. Hors-Normes

Le duo Toledano/Nakache revient sur le devant de la scène avec un film social orchestré à la perfection. Porté par un excellent Vincent Cassel, Hors Normes est bien plus qu’un film solidaire en faveur des personnes en difficultés : c’est un cri d’alarme venant du cœur et des tripes.


9. Funan

Il est évident qu’après visionnage, Funan est un film d’une grande maturité traitant d’un sujet difficile (la révolution Khmère rouge au Cambodge). Bien loin d’une œuvre gentille et inoffensive, Funan nous pousse dans nos retranchements jusqu’à la dernière seconde. Marquant.

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8. The Irishman

Scorsese posant ses valises chez Netflix le temps d’un nouveau long-métrage, c’est bien l’excursion la plus inattendue de cette année 2019. Pourtant, le résultat n’en est pas moins bluffant : ce film testamentaire est une nouvelle fois une immense réussite, notamment grâce à un casting impeccable et une mise en scène toujours aussi soignée. Du grand Scorsese.

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7. Once Upon a Time… in Hollywood

Tout comme son confrère Martin Scorsese, c’est au tour de Quentin Tarantino de réaliser ce qui pourrait être son œuvre testamentaire. Et tout comme The Irishman, Once Upon a Time… in Hollywood possède un immense casting et des scènes déjà cultes. Vous l’avez compris, son (soi-disant) avant-dernier film, est monstrueux.


6. El Reino

Après Que Dios nos perdone, Rodrigo Sorogoyen revient avec du lourd, du très lourd. Avec une tension digne d’un western, El Reino renouvelle le genre du film politique et de ses engrenages par une mise en scène captivante.


5. The Lighthouse

A24 est décidément une belle mine d’or et The Lighthouse en est sûrement une des plus belles pépites. Porté par l’impressionnant duo Pattinson/Dafoe, le film est surtout bluffant par sa photographie d’un noir et blanc hypnotisant. Terrifiant sans pour autant tomber dans les clichés du genre, Robert Eggers montre une nouvelle fois qu’il est bien l’un des futurs maîtres de l’horreur.


4. J’ai perdu mon corps

Avec un concept clairement atypique, Jérémy Clapin nous offre un unique moment de cinéma. Une animation maîtrisée, des idées novatrices et sûrement la meilleure bande-originale de cette année, tout cela contribue à la réussite de J’ai perdu mon corps.

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3. Joker

Qui aurait pu deviner le destin de ce Joker en début d’année ? Qui aurait pu croire qu’un film sur le plus grand vilain de l’univers DC puisse être le grand favori dans la courses aux récompenses de cette année 2019. A priori personne. Mais quand votre acteur principal s’appelle Joaquin Phoenix, et que celui-ci a décidé de montrer l’immensité de son talent à tout Hollywood, les choses deviennent alors plus faciles.

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2. Les Misérables

Comme chaque année, j’attends ma claque made in France (Jusqu’à la garde en 2018). J’ai finalement dû attendre la fin d’année pour découvrir, non pas la claque, mais l’énorme coup de poing qu’est Les Misérables, de Ladj Ly. Film unificateur mais qui va forcément diviser, le meilleur film français de cette année 2019 est made in banlieues, n’en déplaise à certains.

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1. Parasite

Il y aurait tant à dire sur le nouveau film de Bong-Joon Ho : Palme d’or au dernier Festival de Cannes, sûrement un de ses plus grands films, favori pour l’Oscar, etc. Parasite est une œuvre indescriptible qui s’amuse à jouer avec tous les genres possibles et inimaginables, se permettant même d’être une des œuvres les plus abordables du réalisateur, tout en étant aussi riche visuellement qu’intellectuellement.

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Le top d’Adrien Lassau (Rédacteur)

19. Travis Scott : Look Mom I Can Fly

Documentaire retraçant la production du dernier album de Travis Scott et la tournée qui a suivi. Look Mom I can fly est assez dynamique et intense pour tenir le spectateur. A réserver aux fans de l’artiste. 


18. The King

Quand Netflix décide de s’aventurer dans le film historique, il ne le fait pas à moitié ! Malgré les approximations, The King est prenant et violent, avec un Timothée Chalamet très inspiré !

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17. Nous finirons ensemble

Guillaume Canet réussit le pari de donner une suite satisfaisante à son plus grand succès. Pas exempt de défauts, elle fonctionne malgré tout grâce aux bons sentiments qu’elle dégage ainsi que l’alchimie des acteurs, véritable bande de potes dans le film comme dans la vraie vie.


16. Les éternels

Une plongée au cœur de la Chine, de la pègre et l’aventure d’une femme qui se bat pour sa liberté. Un must-see.

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15. Roxanne

Une comédie française sans prétention, néanmoins centrée sur un sujet trop ignoré : le monde agricole et les difficultés rencontrées par les petits producteurs. Un joli conte familial, avec un message important. 


14. La Mule

Clint Eastwood n’a pas produit son meilleur film cette année, mais le papy en a encore sous la pédale. Sous une intrigue relativement simple, La Mule aborde des questions telles que les regrets, la vieillesse et les sacrifices. 


13. La Favorite

Trois actrices immensément talentueuses. Des décors somptueux et une direction artistique aux petits oignons. Voilà la recette que constitue la Favorite. Une joute verbale (mais pas que) qui ne laisse pas de répit au spectateur! 


12. Parasite

Thriller, fable sociale, comédie dramatique… Parasite est tout ça la fois et bien plus encore. Une œuvre totale qui va au bout de son propos, toujours avec grande minutie et pertinence. 

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11. Rocketman

Une vraie comédie musicale. Inventive et rythmée, elle fait honneur à l’artiste qu’elle dépeint sans pour autant dresser un portrait immaculé. Un vrai régal.

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10. Yesterday

Le feel-good movie de l’année. Sans prétention mais plein de bons sentiments, et doté d’un agréable second degré anglais sur l’industrie musicale. 


9. Ad Astra

Rares sont les films qui traitent du futur de la conquête spatiale avec autant de réalisme et pertinence. Le tout dans une quête symbolique du père, porté par un Brad Pitt au top de sa forme, pour ne rien gâcher.


8. The Irishman

Scorsese reprend sa troupe favorite pour nous conter une histoire de mafieux. La recette est maîtrisée. On regrettera simplement un dernier tiers du film qui s’étire en longueur. 

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7. The Lighthouse

Un film au parti pris radical. Prenant, angoissant, parfois terrifiant, et surtout deux performances magistrales de la part de Willem Dafoe et Robert Pattinson.


6. Vice

Une plongée dans la politique américaine et l’un des mandats les plus controversés du pays : Bush Jr. Casting XXL et rythme effréné, Vice est un tourbillon d’informations efficace et plein de pep’s.


5. Mon inconnue

Quand le cinéma français intègre de la nouveauté dans un genre qu’il maîtrise, on obtient une bonne surprise comme Mon Inconnue. Une comédie romantique rafraîchissante !


4. Ma vie avec John F. Donovan

Dolan s’essaye au cinéma américain. Tout n’est pas parfait dans ce premier essai mais on retrouve sans peine les thématiques de son auteur. A noter aussi de belles performances de Thandie Newton et Jacob Tremblay !


3. The Edge of Democracy

Excellent documentaire retraçant les 20 dernières années de la politique brésilienne et les conditions qui ont amené Bolsonaro au pouvoir. 


2. Un jour de pluie à New York

Woody Allen de retour à son meilleur niveau, avec de jeunes acteurs qui viennent amener le vent de nouveauté qui avait pu manquer au réalisateur américain. 


1. Le Daim

Quentin Dupieux revient avec une comédie à l’humour absurde portée par des acteurs investis et une liberté d’action délicieuse. 

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Critique de Star Wars : l’Ascension de Skywalker, l’échec interdit https://erreur42.fr/critique-star-wars-ascension-skywalker/ https://erreur42.fr/critique-star-wars-ascension-skywalker/#respond Sat, 21 Dec 2019 15:41:28 +0000 https://erreur42.fr/?p=13808 La saga Skywalker se referme, entre attentes et déceptions, mais cette nouvelle trilogie marque-t-elle vraiment la fin d'une ère ?

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La magie va-t-elle fonctionner une toute dernière fois ? C’est le cœur lourd, mélange non dissimulé d’impatience et de crainte, que l’on s’apprête à dire au revoir (cette fois-ci pour de bon ?) à la plus longue des histoires de famille du cinéma avec Star Wars : l’Ascension de Skywalker.

On aimerait garder cet éclat enfantin qui, dès les premières notes de John Williams, fait battre notre cœur à toute vitesse. Plongé dans la conclusion de plus de 40 ans de mythes, tiraillé entre attentes et propositions. Mais il nous est difficile d’imaginer comment J.J. Abrams peut satisfaire un public si vaste, des enfants émerveillés aux adultes les plus virulents, et c’est peut-être ce qui l’amène à sa perte….

La conclusion de la saga Skywalker. De nouvelles légendes vont naître dans cette bataille épique pour la liberté.

Je regarde mes amis, une dernière fois

Nous sommes le 30 octobre 2012, The Walt Disney Company annonce le rachat de Lucasfilm pour 4,05 milliards de dollars. Sept ans plus tard, la saga prend fin. Comprenez la saga Skywalker, car Disney n’en a pas fini avec Star Wars. Après deux spin-off aux résultats contrastés, le futur s’est assombri pour la firme aux grandes oreilles. Et le projet d’une nouvelle trilogie originale portée par Rian Johnson semble compromis. Le succès de cet épisode IX est donc primordial.

Mais n’y a-t-il pas un problème de taille à l’origine même de cette postlogie ? En faisant le choix de continuer l’histoire déjà bien remplie de la famille Skywalker, Disney a voulu rassurer. Utiliser des personnages iconiques pour propulser une nouvelle génération, un passage de flambeau. Un choix de facilité qui s’est avéré plus complexe et dense qu’on pouvait s’y attendre avec un épisode VIII aux allures de nouveau monde, laissant présager le meilleur pour la saga. Mais en essayant d’appliquer la même recette magique qu’ils utilisent pour Marvel, Disney s’est saboté. On est en droit de se demander s’il ne s’agit pas là d’une grosse erreur stratégique plutôt que narrative.

Les thématiques de cette nouvelle saga, initiée dans Le Réveil de la Force, étaient pourtant louables. C’est à travers les erreurs de nos ancêtres que nous existons mais c’est à nous de nous en libérer et d’écrire notre propre histoire. Une philosophie au double sens à peine caché, qui traverse l’entièreté de Les Derniers Jedi jusqu’à son final splendide. Mais le public était-il vraiment prêt à lâcher prise ? Après deux films qui réintroduisaient, petit à petit, les personnages de leur enfance ? Comment réussir ce tour de force ? Conclure simultanément 42 ans de films et leur mythologie ainsi qu’une nouvelle trilogie, ses personnages et ses thématiques ?

C’est avec ce poids sur les épaules que J.J. Abrams se lance dans L’Ascension de Skywalker. Sans perdre de temps, il débute par une étrange séquence d’exposition qui se prolonge sur la première heure du film. Entraîné dans la quête d’un nouvel objet jamais présenté auparavant, le film recrée son propre univers. Enchaînant séquence sur séquence, sans jamais prendre le temps de développer ses personnages, il ose même en introduire de nouveaux.

L’ensemble se rapproche de la trilogie originale, à l’aspect plus sériel et rythmé. Passant d’une situation à l’autre sans laisser le moindre répit au spectateur. Et si les séquences s’enchaînent dans une fluidité relative, l’héritage des deux films précédents semble se réduire au fur à mesure. Jusqu’à questionner leur utilité dans une séquence d’une méchanceté rare envers le film de Rian Johnson, Les Derniers Jedi. La couleur est clairement annoncée et J.J. Abrams semble tout mettre en oeuvre pour rassurer le plus grand nombre. Quitte à détruire ce qu’il avait lui même amorcé dans l’épisode VII.

Une fois cette nouvelle introduction passée, le film respire enfin. Il se stabilise et laisse la place au véritable moteur de cette postlogie : la relation entre Rey et Kylo Ren. J.J. Abrams met toutes ses forces dans la bataille, essayant de rendre chacune de leurs apparitions iconique.

C’est finalement dans la deuxième partie du film et dans son final, au gigantisme démesuré, qu’on retrouve la vraie liberté des débuts. C’est dans ces moments héroïques qu’il arrive à déployer toute sa puissance de conteur, toute sa dramaturgie. Mais il est déjà trop tard : les duels au sabre laser sont confus, les batailles spatiales sans enjeux et la bravoure pourtant si bien retranscrite dans Le Réveil de la Force semble, elle aussi, amère.

La Force sera avec toi. Toujours.

En cherchant à tout prix à rassurer, à faire le bon choix, J.J Abrams camoufle comme il peut sa dépendance au volet précédent. Lui qui exprime pourtant son « immense gratitude » en interview et affirme que « [L’ascension de Skywalker] n’aurait pas été ce qu’il est sans les choix que Rian Johnson a fait » se retrouve dans une position des plus inconfortables. Comment prolonger un arc intrinsèquement lié aux films précédents tout en s’efforçant d’effacer leur importance et leurs conséquences ?

L’Ascension de Skywalker n’est pourtant pas radin en séquences émotions, mais son rythme effréné ne permet même pas au spectateur de prendre conscience de ce qui arrive, ce n’est qu’au dernier souffle, quand tout espoir semble anéanti, que le film prend un dernier envol avec un habile tour de passe passe qui montre, une fois pour toute, que Kylo Ren incarne le meilleur de cette trilogie.

En dépit de son attrait pour le fan service bas de plafond, J.J. Abrams place son film dans la lignée directe des précédents : les thématiques abordées n’en sont qu’amplifiées. Et malgré un choix purement cynique sur la descendance de Rey, L’Ascension de Skywalker persiste et signe : peu importe nos origines, notre passé, l’avenir se construit par nos choix, comme toujours dans l’univers Star Wars : tiraillé entre le bien et le mal.

Cela serait mentir que d’affirmer que ce baroud d’honneur final ne procure pas des frissons, dans sa portée épique qui se télescope avec l’intimité de Rey. Mais même ici le film ne laisse pas le temps aux protagonistes de s’installer. Finn et Poe sont tout simplement transparents dans ce dernier tiers, enchaînant les actes sans conséquences. Et quand l’apothéose finale se dessine, on s’interroge : c’est fini, déjà ?

En reste une magnifique image de fin, portée par la bande-originale de John Williams, pourtant très absent de ce dernier volet. Et cet étrange sentiment que malgré sa cohérence, elle ne semble pas à sa place, dans un film qui reste, à l’inverse de ses personnages, beaucoup trop superficiel.

L’histoire vit pour toujours

Que restera-t-il de la saga Skywalker ? Un pan entier de cinéma, pour sûr. Des histoires qui vivront pour milles générations. Des petits et grands, émerveillés, portés par la puissance d’une histoire intemporelle.

Ce qui nous vient à nous demander : Disney nous a-t-il rendu cyniques ? Fans et critiques se sont déchirés sur une trilogie en qui chacun voit pourtant ce qui l’arrange. L’Ascension de Skywalker ne cristallise-t-elle pas finalement l’exact opposé de Les Derniers Jedi chez ceux qui y voyait l’un des chefs d’oeuvre de la saga ? J.J. Abrams n’a fait, d’une certaine manière, que répéter l’histoire : il n’est pas allé dans notre direction, notre conclusion rêvée. Comme le dit Rian Johnson : « chercher à contenter les fans plutôt que les surprendre est une erreur ».

Mais la nuance entre les deux démarches n’est pas à prendre à la légère : Les Derniers Jedi s’inscrivait dans la continuité logique et totale de Le Réveil de la Force. Là où ce neuvième volet, en ne suivant aucune autre logique que celle commerciale, se met volontairement une partie du public à dos pour récupérer la sympathie de l’autre, qu’il considère comme « la masse ». Personne n’est dupe : s’il est sain de se questionner sur notre âme d’enfant, prétendument disparue, cela ne doit pas être au prix d’une baisse de nos exigences.

Cette même âme d’enfant qui semble arranger une politique plus commerciale que narrative, et dont on aimerait y enfermer nos réticences. Star Wars est, et restera, la plus grande saga familiale de l’histoire du cinéma. Il ne tient qu’à nous d’y prendre soin le plus sincèrement possible.

En surface, le plus gros problème de l’Ascension de Skywalker s’illustre par son rapport de force bête et méchant avec Les Derniers Jedi. Mais le grand public s’en soucie-t-il vraiment ? Rien n’est moins sûr. Les promesses sont ailleurs : conclure 42 ans de films, l’histoire des Skywalker, dans un final épique, pas plus, pas moins. Et si l’on parle beaucoup (trop) du contexte c’est malheureusement pour cacher une plus triste réalité : un manque cruel d’imagination. Le film déborde pourtant de générosité, cherchant constamment à construire scène iconique sur scène iconique. Mais le résultat n’est pas là : la créativité est absente. Les scènes d’actions sont interchangeables et les dialogues sans substances alignent les banalités.

Et si la plus grosse déception était en fait là ? Un film ni mauvais, ni bon : simplement passable. Comment imaginer d’un Star Wars qu’il lance une forme de routine ? Comment accepter, après un épisode VII aux ambitions évidentes et un épisode VIII clivant mais aux qualités visuelles et narratives certaines, que la conclusion ultime soit tout simplement « sympathique » ? Et même si, au final, le film tient ses promesses et apporte les réponses et conclusions aux questions que l’on ne se posaient pas. On quitte la salle le cœur tout aussi lourd, avec une certaine amertume envers un film qui n’a pas su embrasser son héritage et nous offrir une conclusion à la hauteur du voyage.

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Critique de The Irishman, le poids du temps https://erreur42.fr/critique-the-irishman/ https://erreur42.fr/critique-the-irishman/#respond Thu, 28 Nov 2019 15:00:26 +0000 https://erreur42.fr/?p=13724 Nouvelle entrée dans la filmographie du grand Martin Scorsese. Que vaut The Irishman, ce massif témoignage de gangster ?

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Cette fin d’année 2019 aura été chargée pour le légendaire Martin Scorsese. le réalisateur de 76 ans aura coup sur coup lancé un débat stérile sur les films Marvel, été associé au film événement Joker qu’il a très clairement inspiré, et sorti un nouveau film. Un film massif, longuement attendu et longuement repoussé : The Irishman, produit par Netflix et disponible directement sur la plateforme (ce qui ne manquera sans doute pas de générer son lot de débats, eux aussi, stériles).

Martin Scorsese est à un moment clé de sa carrière. Ayant enchaîné, avec ses deux précédents films, un de ses plus gros succès (Le Loup de Wall Street) et un échec notoire (Silence). Il n’a plus rien à prouver mais doit tout de même montrer qu’il n’a rien perdu de son panache. Comment se place The Irishman dans tous ces enjeux ? Le retour du maître aux films de mafieux est-il réussi ?

Cette saga sur le crime organisé dans l’Amérique de l’après-guerre est racontée du point de vue de Frank Sheeran, un ancien soldat de la Seconde Guerre mondiale devenu escroc et tueur à gages ayant travaillé aux côtés de quelques-unes des plus grandes figures du 20e siècle. Couvrant plusieurs décennies, le film relate l’un des mystères insondables de l’histoire des États-Unis : la disparition du légendaire dirigeant syndicaliste Jimmy Hoffa.

Il parait que tu peins des maisons

The Irishman est une longue fresque retraçant une grand portion de la vie d’un mafieux, second couteau de grande influence. C’est un film effectivement très long : 210 minutes au compteur, ce qui n’est définitivement pas anodin. Cette durée est à la fois une force et une faiblesse pour l’oeuvre. Une force car elle lui donne sa grandeur et façonne l’expérience du spectateur. Une faiblesse car elle contraint le réalisateur à distiller ses originalités visuelles et à souvent se reposer sur un traditionalisme certain. Ce n’est cependant pas critique pour la réalisation, qui demeure exemplaire dans son classicisme.

The Irishman est un film élégant, s’appuyant sur les images et le environnements iconiques de la vie de gangster grâce à une maîtrise complète du genre et à de splendides décors riches en détails. L’ambiance et les couleurs changent du tout au tout dans les différentes temporalités, se ternissant avec les années, la caméra devenant de plus en plus fixe et le montage moins rapide. À mesure que le film avance, Scorsese expose également son talent pour faire monter la tension, étirant certaines scènes jusqu’à l’agonie avant de les faire exploser dans un jet de violence crasseuse. La violence est bien présente dans The Irishman, mais elle n’est jamais glorieuse. Elle est un bazar sans nom, fastidieux et épuisant. Elle pèse sur les personnages et ne cherche jamais à réjouir les spectateurs.

The Irishman brille également par son beau scénario et surtout les incroyable performances d’acteurs du trio de tête. Robert de Niro incarne un personnage difficile à cerner, bien qu’on soit témoins de toute sa vie, représentant peut être les zones d’ombres persistantes dans la compréhension du monde de la pègre par le grand public malgré les innombrables représentations. Sa performance se bonifie à mesure que le personnage vieillit, qu’il gagne en sagesse et en stature et se rapproche de l’aura de l’acteur, avant de retomber dans l’image terrifiante d’un homme autrefois puissant qui n’est plus que l’ombre de lui même. Joe Pesci incarne un puissant ponte dont il se dégage un incroyable danger sans qu’il n’ait rien à faire. Lui aussi mise énormément sur son aura, avec un succès certain. Il profite même des dialogues les mieux écrits. Mais c’est Al Pacino en Jimmy Hoffa qui vole la vedette à tout le monde. Grandiloquent comme il faut, se réinventant constamment dans ce personnage aux multiples facettes, il est l’interprète parfait que ce soit pour exhiber la confiance et le pouvoir, ou la plus absolue des faiblesses. Son alchimie avec De Niro permet le magnifique portrait d’une amitié tragique vraiment touchante

Veux-tu entrer dans l’histoire ?

Pourtant The Irishman cache, derrière sa puissance évidente, un vrai défaut technique. Une grosse partie du film se repose sur le rajeunissement artificiel des acteurs, notamment de Robert de Niro et Joe Pesci. Nous avons vu cette technologie faire d’incroyables progrès depuis ses débuts. Cependant la masse de plans nécessitant des rajeunissements dans ce gigantesque métrage est trop importante. Le résultat est donc rarement formidable et balance plutôt entre le correct et le désastreux. Le jeune De Niro ressemble plutôt à John Wayne et Joe Pesci semble parfois s’être échappé du Pôle Express. De plus il est souvent difficile de vraiment saisir quel âge les personnages sont censés avoir. C’est la connexion avec les personnages qui en souffre le plus, entamant en partie les performances d’acteurs que nous avons déjà vantées.

The Irishman excite tout de même indéniablement parce-que c’est un film de Martin Scorsese, mais il est justement intéressant de se demander ce que ce film représente dans l’oeuvre dudit réalisateur. Face à cette immense fresque mafieuse, il est impossible de ne pas le comparer à Les Affranchis. La super production Netflix peut sembler redondante dans la filmographie de Scorsese, n’ayant pas vraiment de distinction très forte avec la masse des films du genre, mais elle brille par rapport à Les Affranchis et à d’autres par son arc final. Absolument écrasant, examinant la vieillesse, la foi, la famille, le poids des secrets et le dur silence de celui qui est le dernier de son clan. Des questions et des angoisses dont on comprend l’emprise sur un Scorsese vieillissant et qui, si elles se font attendre, donnent au métrage presque toute sa force et beaucoup de sa saisissante humanité. Le corps du film montre aussi un aspect intéressant de la vie mafieuse à travers leur influence dans les mondes syndicaux et politiques. Il exhibe leur influence dans l’histoire américaine et leur place chez les notables et personnes historiques qui ne doit pas être négligée, sous prétexte qu’elle n’est pas prise légalement.

Indéniablement, The Irishman est un film magistral que seul Martin Scorsese pouvait nous offrir. Il sait faire ressentir le poids des années, de la culpabilité et des interdits. Sa longueur en fait une expérience de visionnage éprouvante et riche, donnant le sentiment d’avoir vécu toute une vie.

Cependant cette longueur n’est pas forcément adaptée. Le film est un exclusif Netflix et ne pourra pas être vu dans les salles françaises. Les utilisateurs seront-ils capables de se soumettre au film dans des conditions optimales ? Sauront-ils, dans leur foyer plein de distractions, lui donner 3h30 d’entières dévotion nécessaire à sa parfaite appréhension ? Comme pour Roma, il semblerait que les conditions de visionnage majoritairement télévisuelles risquent de desservir ce puissant film. Il n’en reste que pour celles et ceux qui lui donneront l’attention qu’il mérite, The Irishman offrira une expérience marquante, comme une autre vie.

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Critique de Le Roi, guerre-épée https://erreur42.fr/critique-le-roi/ https://erreur42.fr/critique-le-roi/#respond Thu, 07 Nov 2019 15:00:11 +0000 https://erreur42.fr/?p=13751 Le Roi, comme toute les productions Netflix, est attendu avec espoir et méfiance. Qu'a à offrir cette énorme production ?

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Nouveau film Netflix, mêmes appréhensions. Car si le géant du streaming a su convaincre par la qualité de ses nombreuses séries à succès, il peine encore à produire un film marquant. Netflix a-t-il trouvé la recette miracle avec la sortie de Le Roi (The King) réalisé par David Michôd (Animal Kingdom) ?

Le film nous raconte l’histoire de Hal, héritier du trône d’Angleterre et fils d’Henry IV, dans le contexte des guerres incessantes et des rivalités du début du XVème siècle. Hal est interprété par Timothée Chalamet, qui continue son ascension et commence à se positionner comme vraie tête d’affiche pour blockbuster.

Hal, jeune prince rebelle, tourne le dos à la royauté pour vivre auprès du peuple. Mais à la mort de son père, le tyrannique Henri IV d’Angleterre, Hal ne peut plus échapper au destin qu’il tentait de fuir et est couronné roi à son tour. Le jeune Henri V doit désormais affronter le désordre politique et la guerre que son père a laissés derrière lui, mais aussi le passé qui resurgit, notamment sa relation avec son ami et mentor John Falstaff, un chevalier alcoolique.

Le poids de la couronne

Tout au long de l’histoire, Hal est amené à douter de son combat. S’engageant dans une guerre contre la France, le jeune roi est confronté à son absurdité ; en particulier au Moyen-âge où des affrontements pouvaient exploser pour presque n’importe quel prétexte. C’est dans cette thématique que David Michôd et Joel Edgerton (scénariste et acteur sur le film) vont puiser leur inspiration et donner une profondeur au film. Le personnage de Sir John (Joel Edgerton) sert alors de miroir pour le spectateur. Il représente le petit peuple emporté dans une guerre vide de sens, du moins pour les premiers concernés : les soldats. Tués, affamés, fait prisonniers… Le Roi nous rappelle que la guerre est un jeu d’échecs où les pions sont les premiers à tomber.

Le film aborde également la thématique de l’héritage ; un fils devant porter le poids des fautes de son père. Le personnage de Hal est justement présent pour tenter de briser cette roue qui broie sur son chemin le petit peuple et permet à la guerre de perdurer. Une guerre qui en plus d’être assez abstraite, semble fonctionner comme un commerce, ce que montre le personnage de l’archevêque de Canterbury qui rappelle que ses intérêts financiers sont en jeu, l’Eglise étant la banque qui finance la guerre.

Timothée Chalamet est tout à fait convaincant dans sa prestation de jeune roi d’Angleterre. Capable de beaucoup de sobriété dans son jeu, on le découvre dans un autre registre lorsqu’il harangue ses troupes avant la grande bataille. Le film doit donc beaucoup a son tandem formé avec Edgerton. Leur complicité est naturelle et le rapport père de substitution/fils et sujet/roi crée un paradoxe intéressant. La plupart des seconds rôles donnent une partition correcte, que ce soit Ben Mendelsohn, Sean Harris ou Lily-Rose Depp.

Cependant, il faut aborder le cas de Robert Pattinson. Acteur de talent, il s’investit véritablement dans son rôle de Dauphin français et réussit à reproduire un accent plus que correct. Hélas, son personnage extravagant, presque fou, dénote trop avec l’ambiance sérieuse et pesante du récit. On se retrouve avec un Pattinson qui cabotine et une situation assez surréaliste qui frise le ridicule. D’un côté Timothée Chalamet, acteur français, parlant français avec un accent anglais, de l’autre Robert Pattinson, acteur britannique parlant anglais avec un accent français. A ce jeu, on sent bien que Chalamet a bien plus de facilité.

Le regard du roi

Notons d’abord la réussite de la photographie du film, variant entre les scènes éclairées à la bougie et les batailles sous le ciel gris, permettant de créer une atmosphère pesante. Jouant intelligemment avec les ombres, la lumière vient accentuer la stature de Chalamet pour en faire un roi crédible aux yeux du spectateur.

Pour ce qui est de la mise en scène, il est appréciable de voir que Michôd sait prendre son temps, faisant durer les plans lorsqu’il le faut, créant de ce fait une tension efficace jusqu’à la grande bataille finale. Une bataille qui rappelle d’ailleurs que Game of Thrones est passé par là, en disant d’ailleurs peut-être plus sur la série que sur le film dont elle est issue. La série d’HBO a créé un standard tellement élevé avec sa « bataille des bâtards » qu’il est difficile de filmer une scène de combat sans souffrir de la comparaison. Dans le cas présent, la grande bataille est très bien filmée, l’action est claire et on ressent le chaos du combat. Cependant, certains plans sont très proches de la série et on se demande même s’il n’y a pas eu une inspiration trop visible. La boue, le plan zénithal sur un guerrier au milieu du chaos, les combats désordonnés… Les parallèles sont trop nombreux et on peut regretter qu’il n’y ait pas plus d’idées originales. La musique, elle, retranscrit bien l’ambiance médiévale du film, jouant des chœurs et des tambours de guerre.

Dans l’ensemble, Le Roi est loin d’être raté. Il est même bien supérieur à la majorité de ses homologues estampillés Netflix. Sans être révolutionnaire ou incroyablement marquant, le film est bien raconté et se paye le luxe d’une esthétique soignée, porté par un beau casting et une direction d’acteurs intelligente, à l’exception du rôle du Dauphin. Si vous êtes attiré par les récits médiévaux, les batailles épiques ou tout simplement que vous êtes fan de Timothée Chalamet, Le Roi saura vous satisfaire, jusqu’à sa fin douce-amère qui résume très bien l’essence du film. On peut alors espérer que Netflix tirera des leçons de ce succès et s’aventurera dans des genres cinématographiques nouveaux et plus variés.

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Critique de Doctor Sleep, réparer les vivants https://erreur42.fr/critique-doctor-sleep/ https://erreur42.fr/critique-doctor-sleep/#respond Sat, 02 Nov 2019 17:16:29 +0000 https://erreur42.fr/?p=13727 Quarante ans après la sortie du livre et du film Shining, Mike Flanagan doit jongler entre ces héritages avec sa suite : Doctor Sleep.

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Tâche difficile pour un réalisateur que de réussir à créer une œuvre cinématographique ne serait-ce que réussie, lorsqu’on met bout à bout les nombreux paramètres qui peuvent tendre vers un échec. Réussir une adaptation ajoute un tout autre challenge : celui de reprendre certains pans de l’œuvre d’origine tout en justifiant sa transcription sur un médium différent et laissant sa place pleine et entière au film qu’elle devient. Si Stanley Kubrick a complété avec brio ces deux grands défis dans son adaptation de Shining de Stephen King aujourd’hui culte, c’est tout en réussissant à s’attirer les foudres de l’écrivain du Maine.

Et quasiment quarante ans plus tard vient se greffer Mike Flanagan qui, lui, propose un défi inédit au cinéma : conjuguer l’héritage de l’œuvre originale et de son adaptation aux portées radicalement différentes. Un enjeu de taille.

Encore profondément marqué par le traumatisme qu’il a vécu, enfant, à l’Overlook Hotel, Dan Torrance a dû se battre pour tenter de trouver un semblant de sérénité. Mais quand il rencontre Abra, courageuse adolescente aux dons extrasensoriels, ses vieux démons resurgissent. Car la jeune fille, consciente que Dan a les mêmes pouvoirs qu’elle, a besoin de son aide : elle cherche à lutter contre la redoutable Rose Claque et sa tribu du Nœud Vrai qui se nourrissent des dons d’innocents comme elle pour conquérir l’immortalité. Formant une alliance inattendue, Dan et Abra s’engagent dans un combat sans merci contre Rose. Face à l’innocence de la jeune fille et à sa manière d’accepter son don, Dan n’a d’autre choix que de mobiliser ses propres pouvoirs, même s’il doit affronter ses peurs et réveiller les fantômes du passé…

A travers le labyrinthe

Qui de mieux que le créateur de The Hauting of Hill House, Mike Flanagan, pour porter un drame aux relents fantastiques, un mastodonte de plus de 800 pages sur grand écran ? Si le cinéaste a marqué par l’excellence et la justesse de la série Netflix et de sa réalisation soignée, il a lui-même avoué être grandement influencé par King dans son travail, ce qu’on peut facilement lui reconnaître. La tâche était cependant ardue, le projet-même bancal tant l’adaptation de Kubrick et ce dernier sont érigés au panthéon du cinéma. C’est par un savant dosage, probablement dû par un travail à la fois de scénariste et de réalisateur, que le film parvient à trouver l’équilibre.

En tant que scénariste, dans le traitement du personnage de Danny Torrance (interprété très justement par Ewan McGregor bien qu’un peu effacé face au reste du casting) ainsi que dans le reste de la narration, il se concentre sur l’essence du roman : la résilience, la reconstruction. Mais aussi des thématiques chères à King : que ce soit le combat entre le bien et le mal mais également la solidarité dans l’adversité.

De l’autre côté, comme réalisateur, il s’amuse à reprendre certains codes de Kubrick sans entrer dans la pâle copie ou l’hommage maladroit tout en se permettant des métaphores visuelles soignées et spectaculaires à d’autres moments. Et au milieu de cela, la performance captivante de Rebecca Ferguson dans un Doctor Sleep qui ne se repose pas seulement sur la technique mais aussi ses acteurs, bien que certaines reconstitution du Shining de 1980 peuvent en surprendre plus d’un…

Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras

Flanagan s’est également attitré la tâche de monteur, le rendant à la fois juge et partie de son œuvre, ce qui a pu la mettre en danger : le premier acte souffre en effet de longueurs et d’un découpage parfois lourd qui semble faire apparaître les séquences de manière listée, prévisibles. Certes, le décor a besoin d’être planté et la trinité de personnages centraux que constituent Danny, Abra et Rose doit être établie, mais les points plus éloignés du trio de tête pouvaient facilement subir le courroux de la coupure sans problème pour la suite. Ou du moins être raccourcis, le segment d’Andi en tête, relativement mal écrit en soi. Si cela ne retire rien à la réussite globale de la suite de Shining, c’était un point évitable qui, espérons-le, ne va pas décourager les spectateurs. Car c’est dans son second acte que Doctor Sleep reprend son souffle, lance enfin l’intrigue qui connaîtra son apothéose dans sa troisième partie, qui clôt le chemin de croix de Danny. La reconstitution de l’Overlook et les retrouvailles marquent le point émotionnellement fort du récit qui pouvait au contraire s’en trouver fragilisé. On y retrouve alors toute la maîtrise de Flanagan sur son sujet.

Doctor Sleep réussit son pari là où on ne l’attend pas. Jouant à la fois sur l’hommage mais surtout sur les émotions de ses personnages. Il est porté par un trio de tête formidable et particulièrement ses deux grands rôles féminins et fait ainsi passer Shining du registre horrifique au drame fantastique. Il parvient donc à créer un lien entre l’oeuvre de King et celle de Kubrick sans chercher à les concurrencer. Un travail d’une grande maîtrise qui, s’il est imparfait dans sa première partie, constitue un long-métrage saisissant.

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Critique de Joker, le regard des autres https://erreur42.fr/critique-joker/ https://erreur42.fr/critique-joker/#respond Wed, 09 Oct 2019 12:00:12 +0000 https://erreur42.fr/?p=13667 Le retour du Clown Prince du Crime en terrorise plus d'un, une attente si mérité pour un comique raté méprisé de tous ?

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Décrié et adulé avant même sa sortie : rarement une adaptation de comic-book aura été aussi attendue par les fans et les détracteurs du genre. Initialement produit par Martin Scorsese (l’actualité est comique), cette nouvelle version du Clown Prince du Crime par Todd Phillips démarre très fort outre-Atlantique : avec déjà plus de 93,5 millions de dollars engrangés en trois jours, un record pour un mois d’octobre.

Plus qu’un simple phénomène de mode, ce Joker scorsesien est symptomatique d’un univers cinématographique DC qui n’a toujours pas trouvé sa place : et si cette fois-ci c’était la bonne ?

Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société.

Pince-sans-rire

Depuis son annonce, le film est au centre d’un tourbillon de questions : sur sa morale, son message et même ce qu’il entreprend… Un débat qui n’est pas nouveau dans l’histoire du cinéma et dont le parallèle avec Taxi Driver peut amuser. Mais si la question de la moralité d’une oeuvre a toujours occupée l’espace médiatique, cette fois-ci c’est différent.
C’est différent car pour la première fois, un film à la morale objectivement complexe se retrouve projeté dans une foule assez grand public (le film est interdit aux moins de 12 ans en France).

Un choix marketing risqué, qui intervient après la victoire du film à la Mostra de Venise, qui laissait pourtant présager une ambition plus restreinte. Mais alors, pourquoi le film de Todd Philipps fait-il si peur ? Sans doute parce que, comme c’est le cas ici, il nous parait impossible d’évoquer Joker sans mentionner son contexte et sa dangerosité supposée. Et s’il est certain que le film estime grandement son public, l’approche générale des médias et les différents propos de son réalisateur ont participé à la création d’une ambiance quasi-paranoïaque sur Joker qui, au final, ne l’est pas tant que cela.

En choisissant le début des années 1980 comme cadre pour son histoire de comique désabusé, Todd Philipps joue habilement avec le spectateur en empêchant la moindre connexion avec les héros DC déjà introduits dans les précédents films de l’univers. Joker est construit comme un film unique, et dans le monde des productions super-héroïques en série ça fait du bien. Libéré de son obligation d’inclusion dans une histoire plus globale, le film déploie sa longue descente aux enfers sur deux heures à taille humaine. C’est en partie pour cela qu’il inquiète autant : un homme, d’apparence spécial mais plutôt ordinaire, est-il capable de telles folies ?

En extirpant complètement le mythe du Joker de sa rivalité avec Batman, Todd Phillips ancre son histoire dans une réalité au bord de la crise : une société inégalitaire aux tensions sociales fortes, au bord de l’implosion. Et au milieu de tout ça : un homme qui sombre, à la manière de Michael Douglas dans Chute Libre. Si cette nouvelle version du Joker fonctionne tant c’est qu’elle a beau prendre place dans les années 1980 elle n’a jamais été aussi actuelle. Quand la version d’Heath Ledger représentait la peur du terrorisme radicale, celle de Joaquin Phoenix cristallise des craintes plus personnelles et donc, immanquablement plus fortes. D’autant plus qu’il n’est que le fer de lance d’un mouvement qu’il n’incarne même pas. Un miroir de la société qui s’est bâti autour de lui : il n’y a pas un joker, seulement des clowns.

Folie normale

Un homme brisé par une société qui l’est tout autant, un rêve américain qui s’effondre dans un pays vacillant. Si tout semblait indiquer un brûlot engagé et cynique : le film reste paradoxalement assez sage, semblant cocher toutes les cases du « film manifeste » sans le revendiquer. Car rarement une oeuvre de divertissement aussi grand public n’aura été traversée par des sujets abordés si frontalement, avec plus ou moins de réussite. N’en déplaise à la communication qu’essaye de mettre en place son réalisateur, le film est profondément politique et prend parti sur la responsabilité de l’Etat dans une société de laissés-pour-compte, que cela soit dans une logique de lutte des classes assez simplifiée (les riches contre les pauvres) qu’avec des sujets plus pointus comme la prise en charge des malades mentaux et leur insertion dans une société où rien n’est fait pour les aider à s’intégrer. Sans marginaliser caricaturalement les personnes souffrant de ces troubles, Joker n’apporte pour autant qu’une vision très convenue sur l’origine même de la folie d’un personnage qui se réinvente à travers son contexte plus que son histoire. Et sans la performance magistrale de Joaquin Phoenix, rien de tout cela n’aurait été possible.

Un plan : il suffit d’un seul plan pour comprendre toute la puissance que va déployer Phoenix dans son personnage. Seul avec son miroir, détruit, face à lui-même. Toute l’étendue de ce qu’il va apporter à son rôle est déjà là. Le tout, emporté par ce rire, entre pleurs et folie pure, qui trouve une nouvelle justification, un nouveau sens, dans ce récit de « déconstruction ». Les sommets atteints par Joker sont sans conteste dus à son interprétation qui transcende une histoire convenue pour en faire une des œuvres les plus marquantes de ces dernières années. Et si l’on pouvait craindre que la performance de Joaquin Phoenix soit étouffée derrière des éléments bien précis comme son rire ou sa danse : il n’en est rien, et c’est même dans ses moments les plus simples qu’il est le plus renversant (on pense notamment à la scène finale ou à ses rendez-vous avec la conseillère sociale).

Les références de Todd Phillips sautent aux yeux et imprègnent son film jusqu’à créer quelque chose de nouveau, d’élégant. Sa réalisation se déploie jusqu’à atteindre de vrais moments de beauté macabre (la scène de l’escalier). Entre caméra épaule et faible profondeur de champs, Phillips affirme son style et explose les codes du cinéma de gangster des années 1970 pour créer quelque chose de nouveau, d’hybride. Le tout soutenu par la sublime bande-originale d’Hildur Guðnadóttir qui, après Chernobyl, confirme son excellente année à base d’ambiances de plus en plus glauques mais pourtant poétiques et épiques au fur et à mesure que le film exhibe sa noirceur funeste.

Enfin, c’est un aspect qu’on mentionne injustement peu : le montage de Jeff Groth, même s’il peut être assez explicatif et grossier à certains moments, magnifie le sublime travail visuel de Lawrence Sher. Il lui laisse le temps de s’installer, de s’immiscer lentement. Rares sont les blockbusters modernes capable de rester sur un seul plan fixe pendant plus d’une minute, sans coupure superflue : chaque plan a une raison d’être là.

Malgré sa paradoxale sagesse dans les sujets qu’il aborde, et ses influences à peine cachées : le Joker de Todd Phillips prend progressivement son envol pour établir sa propre mythologie. Loin de toutes les préoccupations des habituelles franchises, le film devient son meilleur argument. Porté par un Joaquin Phoenix magistral, Joker est une vraie proposition de cinéma : brute, sombre et violente.

Beau à en mourir mais pas aussi radical qu’attendu, si le film de Todd Phillips terrorise autant c’est aussi dans le pertinence de la représentation d’une société créatrice de ses propres démons. Et si les clowns c’était nous ?

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Critique de Ça : Chapitre 2, IT téléphone maison https://erreur42.fr/critique-ca-chapitre-2/ https://erreur42.fr/critique-ca-chapitre-2/#respond Fri, 13 Sep 2019 15:04:47 +0000 https://erreur42.fr/?p=13636 Le retour de Pennywise et du Club des Ratés dans Ça : Chapitre 2 est-il vraiment à la hauteur de l'excellent premier film ?

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Il y a deux ans et malgré un scepticisme de mise face aux remakes et adaptations des classiques de genre, le film Ça de Andrés Muschietti fait l’unanimité comme un très bon film d’horreur, s’appuyant sur un scénario puissant, un bon travail d’ambiance et des visuels proprement terrifiants.

En conséquence sa suite, Ça : Chapitre 2, est attendue avec bien plus de bienveillance, mais aussi d’exigence. Comme la seconde partie du livre, elle se déroule vingt-sept ans après la première : quand les héros ne sont plus des adolescents mais des quarantenaires éparpillés à travers les États-Unis qui vont devoir se rassembler pour faire face à leurs peurs les plus profondes. Le film, toujours réalisé par Andrés Muschietti atteint-il les mêmes sommets que son prédécesseur, consacrant un grand diptyque horrifique ?

27 ans après la victoire du Club des Ratés sur Grippe-Sou, le sinistre Clown est de retour pour semer la terreur dans les rues de Derry. Désormais adultes, les membres du Club ont tous quitté la petite ville pour faire leur vie. Cependant, lorsqu’on signale de nouvelles disparitions d’enfants, Mike, le seul du groupe à être demeuré sur place, demande aux autres de le rejoindre. Traumatisés par leur expérience du passé, ils doivent maîtriser leurs peurs les plus enfouies pour anéantir Grippe-Sou une bonne fois pour toutes. Mais il leur faudra d’abord affronter le Clown, devenu plus dangereux que jamais…

Le Club des Ratés Contre Attaque

Ça : Chapitre 2 est loin d’égaler son prédécesseur, mais on peut tout de même lui accorder quelques points forts. Les qualités de cet opus sont d’ailleurs toutes directement héritées du premier film. Chung Chung-hoon, responsable de la photo du Ça de 2017 ainsi que de plusieurs chefs-d’œuvre de Park Chan-wook et d’autres réalisateurs coréens est remplacé par Checco Varese, dont la carrière est bien moins remarquable. Pourtant le film marque par ses excellentes lumières. Le très beau travail sur les zones d’ombres, impénétrables dans des décors pourtant lumineux, se retrouve essentiel à la construction de certains passages horrifiques. On constate aussi des jeux intéressants sur les couleurs, qui se transforment radicalement au sein d’une même scène.

De ce bon travail d’éclairage, couplé à des choix de réalisation parfois intéressants comme de grandioses mouvements de caméra, Ça : Chapitre 2 réussit à tirer de bons moments d’ambiance et d’intensité dramatique.

A la croisée entre ses qualités et ses gros défauts, on trouve le travail des acteurs. Tous sont parfaitement choisis et ressemblent vraiment à des versions adultes des enfants du premier film. Bill Hader prend la suite de Finn Wolfhard dans le rôle de Ritchie et embrasse parfaitement l’excès et le ridicule du rôle, créant les rares moments de bonne comédie du film. Jessica Chastain, dans le rôle de Beverly, livre une performance très honnête et à fleur de peau. Mais le personnage a énormément changé depuis le premier film et semble particulièrement affaibli, créant une nette mais étrange déconnexion avec le précédent film. C’est tout de même James McAvoy qui a la vedette et il l’assume parfaitement, avec nuance et intensité.

Cependant James Ransone, en tant qu’Eddie, jure complètement avec le ton du film, apportant un humour toujours malvenu et désamorçant, avec son jeu comique, la plupart des scènes dramatiques.

Et c’est d’ailleurs le grand nombre de personnages importants qui embarrasse le plus. Le film gère cette surcharge avec deux types de scènes également dysfonctionnelles. Dans un cas, tous les personnages se retrouvent ensemble. Alors chaque acteur et actrice lutte pour avoir la vedette, tout le monde parle en même temps et il est impossible de suivre ne serait-ce qu’un seul cheminement ou conflit que subit un personnage dans tout ce capharnaüm. Dans le second cas, le film utilise des subterfuges grossiers pour isoler les personnages. S’en suivent des successions de scènes incroyablement répétitives car toutes construites sur le même modèle. Chaque héros va arriver dans un lieu familier qui va se transformer et faire face à une apparition effrayante et à un flashback. La répétition de ces scènes sur le même rythme et avec exactement les mêmes procédés horrifiques rend l’acte central terriblement ennuyeux et finalement pas effrayant du tout.

Le clown tueur venu d’ailleurs

Ça : Chapitre 2 a aussi un rapport bien moins efficace que son prédécesseur à l’horreur. Si quelque scènes initiales se fondent vraiment sur l’ambiance et la pure terreur visuelle très efficace, le film a ensuite recours à des jump scares en images de synthèse à l’apparence grotesque dont on ne sait pas toujours si on doit pleurer de peur ou de rire.

Les effets spéciaux ne sont pas tous très réussis, et sont utilisés avec bien moins de parcimonie et de soin que dans le premier chapitre. De plus, la pertinence des sources d’horreur est aussi discutable. Dans le premier opus, les apparitions incarnaient les angoisses diverses de l’enfance et de l’adolescence, se nourrissant du trouble des jeunes héros. Ici, plutôt que de capitaliser sur des peurs plus adultes et des traumatismes sociaux, le film fait revenir beaucoup de monstres du premier film. Il est bien moins pertinent qu’il n’aurait pu l’être, et surtout inutilement redondant.

Mais au delà de ces ratés dans l’horreur, c’est l’humour qui constitue le plus gros échec, faisant retomber l’effet sur énormément de scènes d’ambiance ou de moments dramatiques. Le film n’est jamais vraiment très drôle à cause de la gravité de ses thèmes, ni très effrayant, la faute à la récurrence de ses blagues.

Sa structure en miroir par rapport au premier film le rend excessivement prévisible et lui transplante immanquablement les mêmes défauts du troisième acte, orienté sur l’action et la débauche d’effets spéciaux douteux et narrativement très prévisibles. C’est aussi là qu’apparaît clairement le manque d’enjeu du film.  Les pouvoirs de Penywise semblent à la fois illimités et quasi inexistants, en fonction de ce qui arrange l’histoire. En conséquence, il ne semble plus du tout menaçant et toutes les péripéties paraissent vaines et artificielles. Certains arcs n’ont pas de conclusion et la morale finale est extrêmement discutable.

Ça : Chapitre 2 est un film d’horreur très moyen aux défauts évidents. Bien trop long, il souffre énormément de la comparaison avec le Ça de 2017. Il en garde tout de même quelques qualités ce qui garantit au diptyque une place respectable dans la mémoire collective. A l’exception de quelques longueurs, il offre même quelques moments de drame et d’horreur très respectables. Une conclusion tout de même recommandable aux amateurs de la première partie, ou même du roman dont il semble être très fidèle.

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Indés-scriptibles : Shane Carruth, le messie https://erreur42.fr/indesscriptibles-shane-carruth/ https://erreur42.fr/indesscriptibles-shane-carruth/#respond Thu, 08 Aug 2019 11:54:46 +0000 https://erreur42.fr/?p=13612 Pour ce premier numéro de la chronique dédié à celle et ceux qui font le cinéma indé, découvrons Shane Carruth, le messie du 7eme art.

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En prêtant attention aux programmations, aux recommandations sur Netflix ou aux sorties tendances, on peut parfois sentir peser une certaine fatalité. Se sentir inondé de productions à grand budget formatées, impersonnelles et à la sortie minutieusement programmée. Indé-scriptibles est la chronique de la sortie de route. Ensemble, empruntons des chemins parfois cachés ou cahoteux qui mènent invariablement vers de grandes découvertes cinématographiques. Le principe de la chronique est d’introduire l’oeuvre de réalisateurs et réalisatrices du cinéma indépendant à la carrière encore courte. C’est-à-dire des personne jeunes, tournant ou ayant tourné hors des grosses productions et dont il est possible de visionner et analyser rapidement l’intégralité de la filmographie.

Le réalisateur qui ouvre cette sélection s’est imposé comme une évidence. C’est une icône du cinéma indépendant américain ayant réussi, avec seulement deux longs-métrages de fiction, à construire autour de lui une sorte d’aura presque messianique. Il s’agit de Shane Carruth, le réalisateur de Primer et d’Upstream Color.

En étudiant Shane Carruth il est intéressant de parler de l’oeuvre et du personnage. Deux qualités l’ont fait remarquer dans la foule des cinéastes indépendants américains : d’une part l’originalité et la complexité de ses films, et de l’autre le mystère autour de sa personnalité et sa capacité à disparaître des radars. Nous nous pencherons donc sur ses deux longs-métrages de fiction, distinguant à travers eux le “personnage” Carruth et ce qui le rend si spécial. 

Primer, la soudaine consécration

En présentant son premier film, Shane Carruth est sorti d’absolument nulle part. Plongeons donc tout aussi promptement dans Primer.

En 2004 est présenté au festival de Sundance (qui reviendra souvent dans cette chronique, soyez-en sûrs) Primer, un film de science-fiction traitant de voyage dans le temps avec l’intention d’en offrir une représentation sinon réaliste, au moins la plus crédible possible. L’acteur principal, le réalisateur, le scénariste, le producteur, le monteur et le compositeur de la musique du film se nomment Shane Carruth. C’est un ancien développeur en informatique parfaitement inconnu dans le monde du cinéma. Primer n’a été produit qu’avec 7 000 $, filmé en 5 semaines avec une équipe de 5 personnes et avec une quantité limitée de pellicule. C’est un véritable prodige inattendu qui remportera le Grand Prix du festival. 

Le film raconte l’histoire de deux ingénieurs qui, alors qu’ils travaillent sur un projet personnel, découvrent par accident un moyen de remonter le temps. Il fabriquent des boîtes qu’on peut activer, puis pénétrer plusieurs heures plus tard pour attendre, passant le temps à reculons, et ressortir dans le passé juste après l’activation de la boîte. Passée l’extase de la découverte, la situation va vite se compliquer quand l’un découvrira d’autres boîtes, activées par l’autre depuis le premier jour. Qui attend dans ces boîtes ? Combien de doubles y a-t-il dans la nature ? Que manigancent-ils ? Qui triche et qui vit vraiment ces journées pour la première fois ? Quel est le plan derrière tout ça ?

Primer est un monument de complexité. Shane Carruth, diplômé de mathématiques, crée une histoire qui se déroule sur plusieurs boucles sans vraiment l’admettre. Le film joue mais ne triche pas. L’intrigue est millimétrée, tous les éléments pour la comprendre son rigoureusement disposés. Si le film ne triche pas, il est tout de même évident qu’il joue contre le spectateur. L’histoire de Primer est un puzzle à reconstituer, une énigme dont je ne veux surtout pas vous donner les clés. C’est là beaucoup du plaisir et de l’originalité de l’oeuvre. Ce n’est pas un film traditionnel mais un défi intellectuel. Le visionnage est frustrant mais l’heure, ou les heures, passées ensuite à y réfléchir, à recoller les morceaux et à saisir les duperies sont incroyablement gratifiantes. Enfin, le sentiment triomphant d’avoir enfin réorganisé toute l’intrigue est un plaisir indescriptible. 

Au delà de cette attitude particulière, Primer peut être jugé excellent même en suivant les critères plus communs. L’image est lourdement traitée pour atteindre une apparence au cachet bien particulier, naturaliste, au grain épais et ultra saturé. L’ambiance sombre, chargée en gris et en vert est pesante et renforce la paranoïa ambiante. Le montage est incroyablement précis et la musique souligne l’intensité dramatique. Les acteurs donnent une performance particulièrement réaliste autour de dialogues alimentés par les connaissances de Carruth en physique et en ingénierie. En plus d’être un drame humain sur l’égo, la trahison et le pouvoir, Primer traite de la science. S’attachant à représenter de la manière la plus réelle possible le travail scientifique et le processus de découverte et de développement. Sur cet aspect, c’est un vent de fraîcheur. 

Primer est un film profond, complexe et véritablement unique, handicapé seulement par des effets douteux induit par le maigre budget. Il a su séduire et impressionner presque tout le monde et promettait à Shane Carruth une grande carrière parmi les plus grands d’Hollywood. Il n’en fut rien. Ayant collecté les fruits de son succès, il disparut.

Upstream Color, créer le mystère et ne pas décevoir

Shane Carruth n’est pas sur les réseaux sociaux. Il donne peu d’interviews, il ne fait pas de crowdfunding. Aucune trace de l’enfant prodige. L’acteur de Primer et Rian Johnson annoncent cependant en 2009 qu’il travaille sur A Topiary, un film de science-fiction. A Topiary ne verra jamais le jour, on devine à cause d’une pré-production trop compliquée dont il parle durement. Si on sait l’abandon du projet, nul ne sait à l’époque sur quoi Carruth travaille. 

C’est en 2014, comme une seconde venue du messie, que Shane Carruth présente à Sundance son second long-métrage : Upstream Color,

Upstream Color raconte l’histoire de Kris, une femme affectée par un parasite cultivé et utilisé par un mystérieux arnaqueur pour l’hypnotiser et la dépouiller. Le parasite est retiré par un autre personnage inconnu et transfusé à un cochon, l’expérience laisse un lourd traumatisme en Kris qui perd ses souvenirs, ses repères et sa vie sociale. Elle fait la connaissance de Jeff, qui a vécu la même agression. Tous deux sont encore liés à leurs parasites et vivent des vies parallèles. Ensemble ils vont se reconstruire et remonter les traces du parasite pour retrouver leurs propres personnalités.

Upstream Color a l’ambition d’être un film expérimental. Il est indéniablement moins terre à terre que Primer. Son propos, son fond et la finalité de l’expérience qu’il propose sont aussi beaucoup moins évidents. Upstream Color traite des cycles. Des cycles de la nature, avec la vie fictive du parasite aidée par des exécutants répétant encore et toujours les mêmes procédures, mais aussi les cycles de la psychologie des personnages qui luttent pour retrouver une vie normale après une épreuve, et les cycles de relations : la rencontre, la découverte, le partage, la séparation, les éventuelles retrouvailles, etc. Il y a aussi ce qui rompt les cycles. La mort, l’incapacité d’enfanter, l’influence d’autres cycles.

Upstream Color montre autant la force de ces répétitions qui s’imposent à nous que leur absurdité par la manière dont elles s’imbriquent dans la vie des parasites. Les mêmes événements seraient émouvants chez les humains mais banal, voir répugnants chez d’autre forme de vie ?

C’est un film difficile à décrire et à exposer car l’expérience est surtout sensorielle. Cette fois-ci, les couleurs sont délavées mais Shane Carruth se permet plus d’esthétisme dans la réalisation, et surtout énormément de symbolisme. Il y a une importance toute particulière aux gestes, à la chair, aux matériaux, aux textures. En somme à tout ce qui est matériel et ressenti, comme un test de sensations à travers l’écran. Enfin, le travail du son est exceptionnel : angoissant, atmosphérique et surpuissant.

Upstream Color reste une expérience déroutante sur laquelle on dispose de bien peu de clés, à part nos tripes. 

Comme après Primer, Shane Carruth s’est fait bien rare après cela. Il a joué dans quelques films et séries et a produit et réalisé un peu pour la télévision, mais il ne s’exprime presque jamais sur son oeuvre et ses projets. Et c’est cela qui définit son personnage. Un homme orchestre qui livre, à la force de son intelligence et de sa détermination, des films uniques et passionnants et qu’on pourrait croire destiné au nirvana du cinéma de studio. Mais il trouve toujours le moyen de disparaître pour revenir une fois par décennie, à Sundance, avec un modeste chef-d’oeuvre qui déchaîne les passions.

Shane Carruth ne sur-explique pas son oeuvre et les internautes s’en chargent bien à sa place. Il ne fait pas d’effet d’annonce et sa simple aura suffira toujours à créer une formidable anticipation. Sa filmographie se parcourt en moins de 3h et les vaut infiniment.

A part quelque bribes de casting et un titre, The Modern Ocean, tout ce qu’on sait de son prochain projet c’est qu’il n’est pas pour bientôt. Ce qui est sûr c’est que le retour du messie de l’indé est déjà très anticipé.

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Critique de Face à la nuit, rattraper le passé https://erreur42.fr/critique-face-a-la-nuit/ https://erreur42.fr/critique-face-a-la-nuit/#respond Fri, 19 Jul 2019 13:00:23 +0000 https://erreur42.fr/?p=13584 Film d'amour esthétique aux élégantes notes de science-fiction, Face à la Nuit incarne-t-il une nouvelle vague de cinéma asiatique ?

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Un nouveau cinéma semble émerger en Europe, et il vient directement de Taïwan. Outre les excellents films présents sur le catalogue d’Outbuster comme le génial The Great Buddha+, la rédaction a été époustouflée par Nina Wu de Midi Z, présenté à Cannes dans la sélection Un Certain Regard. Une autre marque de cette émergence est le succès au Festival du film policier de Beaune de Face à la Nuit, coproduction Taiwano-sino-française par le réalisateur malaisien Ho Wi-ding.

Promettant un film d’amour esthétique aux élégantes notes de science-fiction, Face à la Nuit fait beaucoup parler de lui. Peut-il se faire annonciateur de la naissance de nouveaux pôles cinématographiques en Asie du sud-est ?

Trois moments de la vie d’un homme nommé Zhang Dong Ling, qui a subi un traumatisme dans son enfance. Ayant vécu des trahisons qu’il ne réussit pas à oublier, il décide de disparaître après avoir réglé ses comptes, à travers la vengeance. Les événements se déroulent lors d’une nuit de l’année 2000 – Zhang Dong Lingest alors adolescent -, lors d’une nuit de l’année 2016 – Zhang Dong Ling est une jeune adulte marié et qui exerce le métier de policier -, et lors d’une une nuit de l’année 2049 – Zhang Dong Ling est alors un homme d’âge mûr survivant tant bien que mal dans une société déshumanisée qui soumet les citoyens à un contrôle absolu.

Un monde à reculons

S’il n’est pas exempt de défauts, Face à la Nuit interpelle vite par sa construction originale et ses visuels, quitte à trop s’appuyer dessus pour masquer des simplicités d’intrigue. Ainsi, le film est divisé en trois segments, séparés par des effets de montages bruts, représentant trois moments de la vie d’un homme. Chacun d’entre-eux est linéaire et plus ou moins en temps réel, mais ils sont agencés de manière à raconter l’histoire à reculons. Cette structure tient véritablement en haleine. En effet, le premier segment soulève énormément de questions. On se retrouve avec un personnage marqué, au passé manifestement chargé qui le hante et auquel il est souvent fait référence. On a donc une histoire à trous. Les effets, mais sans les causes, et cela construit un véritable mystère qui se distille et se résout au fil du long-métrage.

Dans chacun des segments, le personnage dont on suit la vie arrive comme secondaire dans des scènes où il n’est pas le héros avant de, petit à petit, recentrer l’histoire autour de lui. Ce petit gimmick de narration est assez original et renforce à la fois le réalisme, mais aussi la désorientation du spectateur à chaque voyage temporel.

Cependant, cette structure révèle ses limites dès la fin du second acte, le plus long et le mieux fait. En effet, les deux premières parties suffisent. A la fin du deuxième acte, tous les éléments introduits dans le premier ont été expliqués. La troisième partie semble ajoutée au dernier moment et, si elle est assez émouvante et renforce l’empathie envers le héros, est inutile puisqu’elle conclut le film. Le premier acte est également critiquable : sa dimension « science-fiction » est indispensable et appréciable mais assez mal exécutée, développant son univers de façon anecdotique et trop chargée pour sa durée.

Dans la froideur de la nuit

De plus, cette structure semble servir de cache misère à une histoire assez commune autour d’un personnage au développement convenu. Un vieil homme aigri et abusif dans un mariage désincarné à la recherche d’un amour perdu qui sombre dans la violence. Un jeune flic brillant trahit par sa hiérarchie qui fuit ses ennuis dans une relation romantique absurde. Un petit voyou arrogant qui rencontre celle qui le fera rentrer dans le droit chemin.

Mais c’est bien là le seul défaut de cet excellent film qui, visuellement, est immédiatement convaincant. Face à la Nuit est très esthétique, penchant vers le cinéma d’ambiance. Chaque partie se démarque par son style, rendant hommage à trois moments du cinéma sino-hongkongais. La première partie est la plus onirique et stylisée. Pleine de symbolisme et remarquable par sa photographie contrastée. Elle est caractérisée par  des abstractions métaphoriques et des éléments de science-fiction parfois très proches de l’Asie contemporaine ou du cyberpunk. C’est la partie la plus riche thématiquement, traitant de la pression technologique et sociale et du suicide dans une perspective presque Wébérienne. Elle rappelle le récent succès d’Un grand voyage vers la nuit ou le plus ancien 2046 de Wong Kar-wai. Le second acte, lui, est un polar hongkongais des années 2000 comme PTU ou Mad Detective de Johnnie To. Solidement urbain, nocturne, violent et réaliste, le rythme y est plus effréné et la réalisation plus brute, malgré une photographie toujours très élégante. Enfin, la dernière partie rappelle les drames chinois des années 90, lumineux, exubérants, mélodramatiques et romantiques.

À cette esthétique Face à la Nuit apporte un cachet particulier à l’image. Très vite on remarque un fort bruit numérique, plutôt caractéristique du grain des vieux caméscopes que des caméras de cinéma. S’il est perturbant, voire dérangeant au début, force est de constater qu’il rend les visuels de Face à la Nuit bien plus forts en caractères : bruts, dynamiques et vivants.

Avec ses effets et ses choix narratifs et visuels très voyants et affirmés, Face à la Nuit en devient un film presque expérimental qui ne manquera pas de fasciner les amateurs d’expériences originales. On peut lui reprocher d’utiliser ces effets claquants pour dissimuler une histoire simpliste qui fait effectivement défaut. De plus, des effets spéciaux franchement laids viennent parfois ternir le tableau. Mais Face à la Nuit est une proposition de cinéma généreuse et originale à ne pas sous-estimer. 

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