Entretien avec Jim Cummings

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Nous avons eu la chance de nous entretenir longuement avec Jim Cummings lors de la sortie en salles de Thunder Road. Véritable homme-orchestre cinématographique, il a réussi à monter son premier long-métrage pour moins de 500 000 $ et obtenir de nombreux prix à Deauville, Cannes ou encore au SXSW.

Thunder Road est sorti le 8 février dernier en Blu-ray et DVD et raconte l’histoire de Jimmy Arnaud, un policier texan qui essaie tant bien que mal d’élever sa fille. Le portrait tragi-comique d’une figure d’une Amérique vacillante.

Pour Thunder Road, vous étiez réalisateur, scénariste, acteur, monteur… L’avez-vous fait par contrainte ou était-ce un choix artistique ? Et surtout, y avez-vous pris du plaisir ou était-ce trop de travail ?

C’était en partie une nécessité, jamais pour une question d’ego ou parce que je pensais devoir tout faire moi-même. Mais comme nous n’avions pas d’argent, il a fallu que je fasse toutes tâches moi-même. C’était donc accidentellement un travail d’auteur très étrange, mais j’ai vraiment apprécié. J’avais réalisé dix autres court-métrages avant Thunder Road où j’étais dans la même situation. C’est comme j’étais devenu une sorte de studio à moi tout seul ! Tout cela m’a donné l’expérience nécessaire donc lorsque personne ne pouvait monter Thunder Road par manque d’argent, je m’y suis attelé. Cela m’ait un peu tombé dessus. Mais j’ai adoré. Cela m’a évité que quelqu’un fasse ce travail en espérant qu’il en prenne soin autant que moi. J’ai réalisé que c’était moi qui avais le plus d’amour pour ce projet et pour cette raison ce travail me revenait naturellement.

En général, lorsqu’un film porte le nom d’un morceau de musique, on peut entendre le morceau en question dans le film. Mais pas sur Thunder Road ! Pourquoi ce choix, alors que la musique était présente dans le court-métrage ?

Eh bien… Nous avons tourné la scène des funérailles à neuf reprises avec la chanson, puis neuf autres fois sans la chanson. On ne savait pas si on allait la mettre. On a été en contact avec Bruce Springsteen qui a été très sympa, et qui a aimé le court-métrage. Il nous a donc laissé utiliser sa chanson dedans. Et puis, lors du montage du film, la dernière prise sans la chanson était meilleure. Ma performance, le son, la caméra… tout était mieux dans cette prise. Donc lors du montage, j’ai réalisé qu’on n’avait pas besoin de la chanson dans le film. Et mon producteur était d’accord car cela nous éviterait de demander les droits de la chanson à Bruce Springsteen ! Donc très vite, le choix a été fait. Mais quand j’étais enfant et que j’ai fait le court-métrage, je ne savais pas qu’on ne pouvait pas mettre la chanson juste comme ça ! Donc je l’ai présenté à des festivals en pensant que cela irait ! Puis j’ai compris que je n’avais pas les droits de la chanson et que personne ne pourrait voir mon film ! Donc je me suis adressé à Springsteen et son entourage via Twitter. Cela a pris environ deux mois, mais il a finalement accepté !

Vous avez été présenté au Acid Festival (Cannes) Est-ce que cela a été un tremplin pour la promotion du film ? Notamment en France, où le film a eu un grand succès ?

C’était dingue ! Le programme de l’Acid a été d’une grande aide. C’était seulement quelques personnes, mais elles étaient adorables et ont contribué au film presque les yeux fermés ! Il y a quatre « chapitres » à Cannes et celui-ci est en quelque sorte le plus petit. On a présenté le film, il a été accepté, nous étions déjà pris pour d’autres festivals. Et l’équipe a vraiment été géniale, ils aiment vraiment aider le cinéma indépendant. Tout est fait par des cinéastes, pour les cinéastes. Je me souviens de ce moment où j’étais sur la piste de danse lors d’une soirée organisée par l’ACid et l’un des programmeurs écoutait Rihanna, Diamonds in the sky. Il était deux ou trois heures du matin et il s’éclatait ! Je me suis dit : « ça c’est mon équipe ! ». Encore une fois, ils ont vraiment été d’une grande aide pour la distribution du film en France. Et je pense qu’un tel soutien est vraiment unique et ne se retrouve pas dans les autres branches de Cannes, où c’est toute une organisation marketing qui prend tout cela en charge. Alors qu’ici, c’était aussi se lier d’amitié avec les gens qui ont aimé le film. On a vraiment été chanceux. De même avec notre distributeur « Paname » qui est une toute petite équipe mais qui sont de superbes danseurs !

Lorsque vous étiez à Cannes durant le festival, avez-vous eu l’occasion d’aller voir quelques films ?

Oui, j’ai vu Nous, les coyotes  qui était aussi dans la programmation ACid. J’ai aussi rattrapé Blackkklansman une fois de retour aux USA. C’est vraiment dur d’avoir des tickets à Cannes ! Surtout quand on est réalisateur et qu’on enchaîne les interviews, on manque de temps.

Pour terminer, Thunder Road sort aux USA dans 10 jours (au moment de l’interview, le film est désormais sorti). Après les excellentes critiques obtenues en France, est-ce que cela vous rend confiant pour la suite ?

En fait c’est assez bizarre ! Je suis un peu les traces de gens comme John Cassavetes ou Vincent Gallo, Harmony Korine, Woody Allen… qui font des films puis les sortent presque exclusivement en France avant une sortie mondiale. Mais venir en France, présenter le film de ma carrière et voir que les français l’ont vraiment apprécié… Le film est arrivé 4ème dans la liste des films les mieux notés à Cannes, ce qui est dingue ! De penser que j’ai réalisé ce film dans mon jardin avec mes amis et maintenant il marche et est apprécié… C’est fou ! Maintenant j’ai envie de remettre ça ! Je parle un peu français, j’adore la culture française et son cinéma. Et j’ai pu rencontrer des gens à Deauville comme Sandrine Kiberlain, Vincent Lindon et plein d’acteurs très talentueux que j’admire. Et je les retrouve en tant que membre d’un jury en face de moi, c’est marrant ! Actuellement je discute avec des boîtes de co-production pour faire un film spécialement pour la France l’année prochaine. C’est mon rêve ! Je ne veux pas seulement m’imaginer que les américains aimeront. Ce sera vraiment un film pensé pour la France, une comédie burlesque et dramatique. Une sorte de mélange entre Chaplin et les Pixar ! La France a besoin de ça ! En ce moment, le cinéma français est très comique ou très dramatique, sans juste milieu.


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